Accueil > Culture | Par Juliette Cerf | 1er avril 2006

Diderot et Rousseau, Lumières d’avril

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Intrigant premier film d’Axelle Ropert sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs lors du dernier festival de Cannes, Etoile violette met en scène le quotidien solitaire et silencieux d’un tailleur. Le personnage campé par Serge Bozon partage son temps entre son atelier de confection hérité de son père et les cours du soir qu’il a choisi de suivre : dans une salle de classe enfantine, trop petite, un professeur de lettres lunaire parle à ses élèves adultes, trentenaires et quadragénaires, de la solitude de Jean-Jacques Rousseau en leur faisant d’abord observer le ciel étoilé... Hiératique, le film prend vie dans la très forte aimantation qu’il invente entre le terne et l’éclatant, le silence et la parole, le caché et le dévoilé, symbolisé par cette fleur mystérieuse, l’étoile violette, que recherche Rousseau (Lou Castel) dans les bois et qui ne s’épanouit qu’à la nuit tombée. Un soir, sur l’estrade, s’improvise une rencontre imaginaire entre Rousseau et Diderot jouée par deux élèves. Celle-là même que nous évoque en filigrane la sortie conjointe de ce film français très personnel et du Fataliste du Portugais Joao Botelho, adaptation contemporaine et déjantée de Jacques le Fataliste de Diderot (publié en 1796). Axelle Ropert remarque que Jean-Jacques Rousseau, malgré les « réactions très contrastées qu’il suscite, de l’adoration à l’exaspération », malgré son magnétisme « qui attire et "excite"à distance ses admirateurs et ses contempteurs », a pourtant été très peu mis en scène au cinéma. L’œuvre de Denis Diderot a pour sa part donné corps à deux chefs-d’œuvre cinématographiques : La Religieuse de Jacques Rivette (1955) et Les Dames du Bois de Boulogne de Robert Bresson (1944), dialogué par Jean Cocteau et inspiré par l’histoire narrée par Madame de la Pommeraye enchâssée dans Jacques le Fataliste dont on retrouve une version dans le film fantasque de Joao Botelho. Comment vivre sous le regard des autres ?, comment ne pas être seul ici et maintenant ?, interroge Etoile violette quand Le Fataliste donne à comprendre comment se transforment les rapports de force et comment ce qui est « écrit là-haut » se déroule toujours ici-bas. Les Lumières n’auront jamais été aussi actuelles.

"Le Fataliste" de Joao Botelho, sortie le 5 avril

Etoile violette d’Axelle Ropert, sortie le 19 avril

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