Accueil > monde | Par Charlotte Noblet | 1er mars 2008

Die Linke : la gauche prodige allemande

Alors que les grands partis lui reprochent encore une filiation directe avec le parti d’Etat de la RDA, le parti de gauche die Linke bouscule l’échiquier politique allemand et fait émerger de nouvelles alternatives de société.

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Une véritable conquête de l’Ouest ! Avec 5,1 % en Hesse et 7,1 % en Basse-Saxe, le parti de gauche die Linke est présent dans deux parlements régionaux supplémentaires, qui plus est à l’ouest du pays. « Nous avons causé un déplacement du curseur du paysage politique », déclarait Lothar Bisky, coprésident du parti au lendemain de ces succès électoraux, fin janvier. « Si l’on considère le nombre total des mandats, nous sommes la troisième force politique en Allemagne. »

Le quatrième parti du parlement

A observer les débuts prometteurs du jeune parti, il semblerait que les forces de gauche allemandes aient su se ressaisir au bon moment, à un moment où elles étaient plutôt mal en point : après les régionales de Rhénanie-Westphalie, en 2003. Le Linkspartei-PDS, bastion de la gauche à l’est de l’Allemagne (qui ne comptait alors plus que deux députés au Bundestag), obtenait avec 0,9 % des suffrages la confirmation criante de son incapacité à s’implanter à l’Ouest. La WASG (1), nouvelle formation de gauche lancée par des déçu(e)s de la social-démocratie à la Schröder, marquait un score plus honorable mais également en deçà de la barre des 5 %. Quant au SPD, il était sévèrement sanctionné et perdait un de ses fiefs. De là, la chute du gouvernement Schröder, puis la dissolution du Bundestag. Telles étaient les forces en présence à la veille des législatives 2005. Linkspartei-PDS et WASG devaient choisir : soit se présenter séparément avec la quasi-certitude de mauvais résultats, soit se présenter ensemble. Rapidement, les deux formations ont décidé d’établir un programme électoral commun et de faire campagne ensemble. Des efforts récompensés par une bonne surprise : avec 8,7 % des voix et 54 députés, cette alliance devenait le quatrième parti du Parlement allemand. « La volonté de construire un nouveau parti de gauche en Allemagne était là », se rappelle Bodo Ramelow, chargé de la fusion des deux composantes en un même parti politique. Les dirigeants des deux formations se donnèrent deux ans. Le temps de répondre à des questions essentielles comme celle du choix entre l’adaptation raisonnée au capitalisme ou le refus catégorique de toute participation parlementaire compromettante.

Les élections berlinoises de 2006 furent certainement le plus douloureux tour de force du processus de fusion. La WASG-Berlin refusait alors de faire liste commune avec le Linkspartei-PDS, celui-ci ayant mené depuis 2001 une politique de démontage social aux côtés du SPD. La direction fédérale de la WASG désavoua les positions de la WASG-Berlin et l’incident fut clos. D’autres échéances se révèlèrent plus encourageantes, telles les élections de Brême, en mai 2007 : 8,6 % des suffrages revinrent à la liste Linkspartei-PDS-WASG. Pour la première fois, une liste à gauche du parti social-démocrate entrait dans un parlement régional de l’Ouest de l’Allemagne. Une vraie victoire peu avant le congrès fondateur du parti de gauche, die Linke, le 16 juin 2007 (2).

Imposer des alternatives

Avant même d’avoir soufflé sa première bougie, die Linke fait jouer les rouages de la démocratie parlementaire et émerger ses alternatives de société. La revendication de la mise en place d’un salaire minimum est reprise par le SPD et discutée au sein de la coalition gouvernementale ; l’exigence de supprimer la pauvreté infantile se retrouve dans les débats sur les allocations familiales ; la demande du retrait des troupes allemandes d’Afghanistan invite à reconsidérer l’usage de moyens militaires, etc. Le parti de gauche allemand impose certains thèmes à l’agenda politique.

« Vous autres Allemands, champions de l’exportation, comment voulez-vous exporter cette bonne expérience pour que d’autres partis de gauche européens en profitent ? » lançait au printemps dernier l’eurodéputé grec Dimitrios Papadimoulis lors d’une réunion de la gauche européenne à Berlin. Depuis, Lothar Bisky a été élu à la tête du Parti de la gauche européenne. Sa recette en vue des européennes 2009 : « Ce serait un grand progrès si nous avions trois ou quatre grands points sur lesquels nous puissions mener campagne ensemble. Pour apporter de la visibilité à la gauche européenne. L’Europe existe. L’UE existe. Nous avons besoin d’une gauche visible sur le plan européen. » Charlotte Noblet

1. La WASG, Alternative électorale pour le travail et la justice sociale, est lancée sur l’initiative de sociaux-démocrates, syndicalistes et altermondialistes déçus par la politique de Schröder (Agenda 2010, Hartz IV, etc.)

2. 72 000 militants des deux formations se sont prononcés en faveur de la fusion. 49,8 % des membres de la WASG ont participé au vote, parmi eux 83,9 % ont donné leur feu vert à l’accord de fusion contre 15,1 % de refus. Côté Linkspartei-PDS, 96,9 % des membres sont favorables à la fusion et 3,1 % sont contre, avec un taux de participation de 82,6 %.

Paru dans Regards n°49, mars 2008

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