Accueil > actu | Éditorial par Clémentine Autain | 7 avril 2010

Du social au politique

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Curieuse période. Nous sommes comme au milieu du gué, dans une sorte d’entre-deux : les raisons de la colère explosent mais la formulation d’une vision de l’alternative politique, largement partagée et tangible, n’arrive pas à amplifier le mouvement, lui permettre de gagner et lui donner de réelles capacités à transformer durablement le réel.

La « crise » du capitalisme, l’indécence des puissants, le mal-vivre des catégories populaires... Les bases sont là, ou de la désespérance et de la combine individuelle, ou de la lutte collective. D’ores et déjà, de la lutte, il y en a. Les journées d’action s’enchaînent, dans tous les secteurs : publics et privés. Les salariés de l’industrie en proie à des « restructurations », le monde de la santé, les profs, les travailleurs sans-papiers, les magistrats, les mal-logés, les personnels de crèches ou ceux d’Ikea... Chaque jour apporte son lot de révoltes et de mobilisations. En France, quiconque est inscrit dans un réseau social, un syndicat, un parti politique, une association engagée peut constater sur son mail et dans sa boîte aux lettres l’appel permanent à des rendez-vous militants. Et cette colère n’a pas de frontière. En Grèce, les grèves et manifestations témoignent du rejet profond d’un pouvoir politique qui veut faire payer la crise à ceux qui la subissent. En Islande, le « non » au référendum pour rembourser les déficits du pays signifie le même ras-le-bol : pourquoi le plus grand nombre devrait-il subir les conséquences sociales de choix économiques et politiques qui profitent à une minorité de privilégiés ?

Les ingrédients existent donc bien, pour du mouvement critique, et du puissant ! Et pourtant, quelque chose, dans l’espace politique, nous dit que le compte n’y est pas. Oh, bien sûr, les signaux ne manquent pas, parfois spectaculaires, comme ceux que les régionales ont envoyés à Nicolas Sarkozy. Mais ils sont loin d’être univoques. La gauche va mieux que la droite, c’est sûr. Mais, dans la gauche, ce n’est pas la gauche radicale qui est à la fête. Sans parler d’une abstention qui est bien, d’abord, l’expression du rejet de la droite au pouvoir. Elle traduit essentiellement le manque d’adhésion, de confiance, à l’égard des institutions, comme si aucune force en compétition ne pouvait répondre au désir de voir émerger une autre façon de dire et de faire de la politique.

N’en restons pas au signal électoral. De 1995 à 2006, nous avons vécu une décennie de recherches tâtonnantes pour permettre une articulation de la conflictualité sociale et de la construction politique. Au plus haut de cette quête, la formidable bataille pour le « non » au référendum constitutionnel européen, cette bataille où associatifs, syndicalistes et politiques ont conjugué leurs forces contre l’extraordinaire libéralisme du texte européen. Depuis la joie de 2005, on a l’impression que le mouvement inverse domine, que chacun se replie sur son pré carré et que les sensibilités, au lieu de converger, s’observent avec méfiance. Au moment où tout va si mal pour les humbles, ce recul est une calamité.

Il faut retrouver le cercle vertueux d’une réinvention des rapports nécessaires et complexes du social et du politique. Aujourd’hui, nous voyons bien que l’éclatement des luttes exige de nouvelles convergences et que le manque de perspective proprement politique est un grave handicap structurel. Il faut remettre l’ouvrage sur le métier. Tout ne se mélange pas ; associations, syndicats et partis ont leur partition spécifique à jouer. Mais tous peuvent, ensemble, penser projet, pistes d’alternative, très concrètes ou plus globales. Toutes et tous, nous avons besoin de redire, avec les mots et les signes d’aujourd’hui, ce que sont les repères partagés possibles d’une vraie culture moderne de la transformation sociale. En France, en Grèce, en Islande et ailleurs, nous avons à réinventer. A réapprendre, ensemble, à conjuguer fidélité et novation.

C.A.

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