Accueil > idées/culture | Par Marie Nossereau | 1er mai 2007

Eagle Academy, la pédagogie de la pompe

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Les « Academy » sont décidément très à la mode. En France, on connaissait la « Star Academy », ses cours de chant, ses prime times, ses chorégraphies spectaculaires et parfois, comment dire, vaseuses. L’émission Envoyé Spécial, sur France 2, nous a récemment permis d’entrer dans une « Academy » d’un tout autre genre : la « Eagle Academy ». L’établissement est situé dans le comté de Palm Beach, en Floride. Il reçoit chaque année plusieurs centaines d’adolescents, pas encore en déroute mais dont on estime que c’est pour bientôt.

Pas de casting pour intégrer cette « Academy »-là, même si les caméras (de vidéosurveillance) sont partout (sauf dans les douches). Le « château » est nettement moins luxueux. Les profs beaucoup moins amènes. Peu importe, finalement, votre « univers artistique » et vos performances vocales. Quand on vous demande de pousser la chansonnette à la « Eagle Academy », le jeu de scène est fort simple : main sur le cœur, garde-à-vous face au drapeau. Un rituel quotidien, au petit matin. Cet établissement est une sorte de camp de redressement moderne, géré par l’armée américaine. Si vous avez été attentifs au débat présidentiel français, ça devrait vous rappeler quelque chose.

Jeunes filles de 14 ans, dont les pères divorcés angoissent à l’idée de se retrouver intempestivement grands-pères, galopins de 13 ans, au sens de la répartie si acéré qu’on pourrait les croire insolents, gros balèzes en rupture de ban d’avoir grandi trop vite : voilà pour les « académiciens ». Leurs parents les inscrivent pour des stages de six mois renouvelables. « Il faut bien apprendre à suivre les règles et à supporter l’autorité », justifie une maman.

Première phase du dressage : la « désadaptation ». Les gamins sont accueillis, dès la sortie du bus, par les hurlements ou les aboiements de la charmante équipe « d’animateurs sociaux », qui les prendra en charge pendant les six prochains mois. Gare à celui qui ne baisse pas les yeux, ne se met pas au garde-à-vous, qui manifeste le moindre signe, pas même de rébellion, non, mais juste d’incompréhension. La sanction est immédiate : des pompes, des pompes, encore des pompes, corvée de pompes ! Après cette séance de cauchemar en plein cagnard, nos académiciens filent doux : ils sont crevés. Et le téléspectateur stupéfait de s’interroger : mais que fait donc notre PJJ (1) nationale, quand il s’agit ici de quelques pompes pour lutter contre la délinquance des mineurs ? !

A la « Eagle Academy », l’armée américaine met en œuvre une méthode d’éducation « originale », qui balaie, d’un coup de rangers, le fameux débat prévention/répression : la pédagogie de la pompe. Ton lit est mal fait ? Vingt pompes ! Tes affaires mal rangées ? Dix pompes ! Tu te conduis mal envers un éducateur ? Cinquante pompes ! Tu rechignes à faire tes pompes ? Cent pompes ! Les académiciens, rencontrés par l’équipe des journalistes de France 2 après cinq mois et demi de ce régime, sont littéralement... robotisés. Les vêtements sont pliés au cordeau et le temps imparti pour les repas (deux minutes, oui, oui) est respecté à la seconde. A noter : le traitement médical chimique que reçoivent 20 % des enfants pris en charge par la « Eagle Academy » y est certainement aussi pour quelque chose.

La fin du stage est marquée par un événement très attendu par tous : « the Quest », la quête, une sorte de parcours du combattant décliné par les Marines pour ces jeunes désormais bien dressés. Cette « quête » dure

huit heures non-stop. Les ados peuvent abandonner à n’importe quel moment, mais abandonner, c’est abandonner son équipe et subir une nouvelle fois (mais peut-être la dernière ?) l’humiliation des militaires. Alors ils tentent de tenir jusqu’au bout de la nuit. Immobiles mais tremblotants dans la baignoire remplie de glaçons. Sautillant sur place dans une flaque d’eau boueuse. Ramper dans la terre, escalader les palissades. Et les pompes, toujours les pompes, encore les pompes. A l’américaine.

Le lendemain, les parents viennent assister à la remise des diplômes et récupérer leur rejeton. Bien calmé, le rejeton. Même si les militaires reconnaissent eux-mêmes qu’il est difficile d’évaluer le succès de ce genre de stages, les demandes d’inscriptions à la « Eagle Academy » explosent et viennent du pays tout entier. Un peu comme à la Star Ac’.

Marie Nossereau

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