Accueil > politique | Par Rémi Douat | 1er février 2007

En 2007 on s’éclate !

Et de trois ! José Bové, Marie-George Buffet et Olivier Besancenot sont, sauf coup de théâtre, tous candidats à la présidentielle. Tableau de groupe en ordre dispersé.

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S i vous avez envie d’y aller, moi aussi j’ai envie d’y aller », lançait José Bové devant les 600 représentants des collectifs unitaires antilibéraux réunis à Montreuil les 20 et 21 janvier. Ce week-end-là, le leader altermondialiste répondait présent à l’appel formulé par les déçus de la dynamique unitaire, échouée avec la décision de Marie-George Buffet d’entrer en campagne (voir article Antoine Châtelain). Avant même l’annonce officielle de son entrée en campagne, fixée au 1er février, José Bové encourageait déjà ses partisans à se mettre en recherche des 500 parrainages d’élus nécessaires. Confiant, il a même invité à aller jusqu’à 1000 signatures : « Ce sera un signe que la campagne est portée sur tout le territoire », a-t-il insisté.

A l’origine de ce retournement, une pétition sur Internet. La pétition en faveur de sa candidature a en effet circulé de blogs en boîtes mail pour finir sur le site unisavecbove.org, qui revendiquait fin janvier plus de 27 000 signatures. Cette spécificité ne renseigne pas seulement sur les modes d’exercice du politique mais, au- delà, sur le fond. José Bové est une figure de l’altermondialisme, ce n’est pas un scoop. Mais la vitesse à laquelle a gonflé la pétition éclaire un réseau qui ne peut pas être seulement celui des collectifs. Selon le chercheur Guilhem Fouetillou, « la communauté altermondialiste est la plus puissante du web français ». Les premiers mails seraient partis fin novembre sans l’avis du principal intéressé. Mais le leader paysan a vite vu le moyen de renouer avec la « votation citoyenne », l’une de ses marottes durant tout le processus de désignation du candidat unitaire. Au fur et à mesure de leur afflux, les signatures ont constitué le baromètre de sa popularité. Jusqu’à provoquer, comme il en témoignait à Montreuil, des « picotements dans le ventre » et une forte envie « d’y aller ».

Irruption

Qu’incarne réellement José Bové et de quoi sa candidature est-elle le signe ? Elle semble d’abord s’inscrire dans l’air du temps. De gauche à droite de l’échiquier politique, ce n’est pas le personnel politique traditionnel qui s’exprime. A l’UMP, c’est le défenseur de la « rupture » qui remporte la mise. Au PS, l’ascension de Ségolène Royal s’est construite sur l’affichage, peu importe l’artifice, d’une démarcation d’avec ses collègues masculins, éléphants et énarques. Le succès révélé par les sondages de la presque-candidature de Nicolas Hulot, un profil singulièrement atypique se revendiquant au dessus des partis, montre une dynamique similaire de rupture. François Bayrou glisse sur cette tendance en gommant les repères qui opposent les deux pôles traditionnels. Bové, lui aussi, semble remplir ce rôle à la gauche de la gauche, que ni Besancenot, ni Buffet ne peuvent structurellement remplir. En subliminal, José Bové appelait bien à Montreuil les dégoûtés de la politique à le rejoindre : « Il faut mettre en mouvement les collectifs, précisait-il. Mettre en mouvement les pétitionnaires, qui sont pour l’instant invisibles mais qui ont autant le droit à la parole que ceux qui font de la politique depuis longtemps. » Issu du mouvement altermondialiste et des luttes syndicales, José Bové incarne, volontairement ou non, la défiance à l’égard des partis. Son entourage relaye le propos. Pour le chercheur Raoul Marc Jennar, récemment rallié à la cause de Bové, « l’unité a été piégée par les appareils ». Pour Yannis Youlountas, à l’origine de la pétition pro-Bové, les signataires sont des gens « invisibles », « populaires et protestataires ». Le mot du week-end des 20 et 21 janvier sera « irruption », là encore, on n’est pas loin de « rupture ». Pour Francine Bavay, Verte partisane de Bové, les collectifs vivent une « irruption citoyenne : la pétition reprend le succès d’une dynamique antilibérale qui existe depuis une douzaine d’années ». Le député communiste Patrick Braouezec utilisera lui aussi le terme dans son intervention : « la pétition a fait irruption dans le monde politique ». Toujours cette idée sous-jacente de l’extériorité, des marges des partis qui feraient leur entrée dans la vie politique, au bénéfice des exclus de la politique.

Jouer perso

Sauf que la dynamique populaire est aussi une affaire de partis, puisqu’il s’agit de la culture d’une frange non négligeable de ses partisans. José Bové ne peut l’ignorer et leur a donné des signes. « Les militants communistes ne sont pas nos adversaires, a-t-il expliqué à Montreuil, même ceux qui ont signé en toute bonne foi pour la candidature de Marie-George Buffet. » Il a également tenu à souligner le « courage » des communistes, nommant notamment Jacques Perreux, Patrick Braouezec ou Jean Brafman (1), ou encore les « minoritaires » de la LCR, favorables à la candidature unitaire... Tout en tapant de l’autre main sur la LCR majoritaire et le PCF : « Notre projet n’est pas compatible avec le projet socialiste, a-t-il martelé. Si Besancenot n’a pas entendu ce qu’on disait, c’est qu’il n’a pas voulu l’entendre. » « Marie-George Buffet et la direction du Parti communiste ont fait semblant de jouer le jeu unitaire, a-t-il poursuivi, en construisant depuis le début un enfermement des collectifs, en retournant la logique du double consensus à son avantage pour faire croire que c’était au nom de la démocratie qu’elle se présentait... »

Depuis le départ du processus unitaire, José Bové se voit reprocher de la jouer trop « perso ». « Si l’outil collectif n’avait pas existé, on ne serait pas en train de lancer la campagne », a-t-il tenté de corriger, le 21 janvier, appelant dans la foulée Patrick Braouezec, Clémentine Autain, Yves Salesse et Claude Debons, du collectif national, à devenir ses porte-parole. Les quatre, avec moins d’entrain pour les deux derniers, ont quitté Montreuil avec un regard plutôt favorable à la candidature Bové. « Si sa candidature ne fait évidemment pas l’unanimité, écrivait Clémentine Autain le jour même sur son blog, cette perspective suscite vraiment de l’enthousiasme. (...) Différentes interventions ont bien sûr mis en garde contre les risques d’une candidature supplémentaire, pouvant générer encore plus d’éparpillement. Il n’en reste pas moins qu’en l’occurrence, les candidatures de divisions sont celles déjà en lice. Elles contribuent à fossoyer la dynamique unitaire... Encore bien vivace pourtant ! »

Sur les questions de programme, le leader paysan ne fait pas non plus l’unanimité, y compris dans les collectifs. Les plus circonspects doutent de sa capacité à sortir de ses thèmes de prédilection. On lui reproche, c’est même devenu une boutade dans le petit univers de la candidature unitaire, d’être rivé sur les question d’OGM et d’OMC et d’en avoir fait son seul axe d’intervention publique. Les délégués lui ont d’ailleurs demandé de se caler sur les 125 propositions issues des collectifs, supposées incarner la diversité des revendications antilibérales. Il semblait, à Montreuil, vouloir corriger cette image qui lui colle aux moustaches. Lors de son intervention de dimanche matin, il a insisté sur la nécessité d’insuffler une envie de politique dans les quartiers populaires et sur les droits des travailleurs. Pour Rémy Jean, à l’origine avec Yannis Youlountas de l’appel qui a circulé sur Internet, « il était effectivement centré sur des questions bien spécifiques mais cela devrait changer dès lors qu’il sera dans la peau d’un candidat ».

Si pour certains, José Bové apparaît comme l’homme providentiel, le départ vers la présidentielle de trois candidats à la gauche du PS (cinq, en ajoutant Lutte ouvrière et le Parti des travailleurs) peut malgré tout apparaître comme un cuisant échec. Des trois B (Buffet, Bové, Besancenot) du « non » au référendum et d’une volonté affichée de se réunir sous la bannière antilibérale, il reste trois candidatures distinctes. Buffet et Besancenot ont d’ailleurs fait savoir qu’ils n’avaient pas l’intention de se désister pour Bové. Pour le PCF, la candidature de l’altermondialiste ajoute « de la division et de la confusion » là où celle de Marie-George Buffet a « pour ambition de rassembler ». Du côté de la LCR, l’un et l’autre sont renvoyés dos à dos. L’annonce de cette candidature « n’a pas plus de légitimité que l’autoproclamation de Marie-George Buffet, précise le parti de Besancenot. Ni vis-à-vis de tous ceux et celles qui se sont engagés dans la bataille du « non »de gauche, ni vis-à-vis de la plupart des collectifs antilibéraux qui, au cours des derniers mois, n’ont jamais voté sur cette nouvelle candidature, ce qui va les diviser davantage. José Bové, militant écologiste radical, n’est dès lors qu’un candidat de plus, celui d’un des courants politiques du « non »de gauche ». José Bové, feignant pour l’heure d’ignorer les attaques de ses anciens camarades d’estrade, reste l’œil rivé sur les sondages, attendant beaucoup d’un plébiscite populaire pour continuer.

(1)Respectivement vice-président du Conseil général du Val-de-Marne, député communiste et conseiller régional Ile-de-France.

Repères

par Léo Huisman

29 Mai 2005

Rejet du traité constitutionnel européen, le Collectif national du 29 mai issu du Collectif national pour un « non » de gauche, voit le jour.

Objectif : construire une alternative au libéralisme.

10 mai 2006

Un appel est lancé « pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes ». Naissance du Collectif national d’initiative pour un rassemblement antilibéral de gauche et des candidatures communes.

13 mai

Adoption, de la Charte antilibérale.

25 juin

Olivier Besancenot est candidat à la présidentielle, « faute de mieux ». « Arlette [Laguiller] est candidate depuis des mois, José [Bové] depuis deux semaines. Buffet répète que le candidat antilibéral sera issu des rangs communistes. Certains se voient capitaines, nous n’avons pas la vocation d’être les remplaçants de service ».

10 septembre

A Saint-Denis, Clémentine Autain estime qu’un « profil comme le (sien) peut nous sortir de l’impasse ».

6 novembre

Premier grand meeting national au Mans, tous les candidats déclarés, José Bové, Marie-George Buffet (PCF), Clémentine Autain (apparentée PCF), Patrick Braouezec (député PCF de Saint-Denis), Yves Salesse (Fondation Copernic) croient en une candidature unitaire. Marie-George Buffet est enthousiaste : « Nous sommes en train de faire quelque chose de formidable : faire émerger une gauche populaire. » Tous sont là sauf Olivier Besancenot.

24 novembre

Accusant le PCF et la LCR de vouloir imposer leurs candidats respectifs, José Bové se retire du jeu.

20 décembre

Marie-George Buffet est candidate.

Les 20 et 21 janvier 2007

A Montreuil. Fort de 25 000 signatures à la pétition appelant à sa candidature, José Bové est quasi-candidat.

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