Accueil > actu | Par Clémentine Autain | 1er septembre 2006

En France. Les antilibéraux : rassemblés ou éclatés ?

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Neuf mois. Le temps d’une gestation nous sépare de la présidentielle de 2007. Au cours de l’été, le paysage semble s’être sinon installé, du moins précisé. Quelle année électorale se profile ? La gauche antilibérale, pour l’instant peu audible, réussira-t-elle à se rassembler pour susciter l’espoir, peser dans le débat et mobiliser dans les urnes ? Autrement dit, accouchera-t-elle d’une candidature commune ?

Du côté droit, Nicolas Sarkozy creuse inlassablement son sillon. Pendant que les jeunes UMP faisaient la tournée des plages en offrant des tongs imprimant sur le sable le logo du parti, leur président dédicaçait dans toutes les (mauvaises) librairies Témoignage, vite devenu un best-seller. Pas de trêve estivale donc pour semer ses idées libérales-populistes, qu’il développe dans un style toujours aussi agité... Son ascension n’est pour autant pas exempte d’embûches. En juin, Sarkozy ne s’attendait probablement pas à un tel mouvement populaire en faveur des élèves sans-papiers menacés d’expulsion. Jeunes, enseignants et parents d’élèves, notamment grâce à RESF (réseau éducation sans frontières), se sont impliqués pour dénoncer l’arbitraire de sa loi sur l’immigration : la deuxième de la législature. Plus récente, l’expulsion en plein mois d’août du squat de Cachan, particulièrement emblématique, contribue à marquer son orientation répressive et sécuritaire. De propos au kärcher aux actes sans humanité, Nicolas Sarkozy cristallise de plus en plus contre lui. S’il séduit des franges importantes à droite, l’effet repoussoir ailleurs s’ancre en profondeur. Son appartenance gouvernementale pourrait finir également par lui coûter, au-delà de sa propre action en tant que ministre. Certes, Dominique de Villepin et son équipe ont surfé cet été, pour freiner quelque peu leur impopularité, sur une légère remontée de la croissance française et des premières interventions consensuelles (trop ?) à l’occasion de la guerre au Liban (voir dossier). Mais la rentrée sociale pourrait leur être plus coûteuse, surtout si le mouvement social se remet en marche : ce qui n’est pas exclu ! La mobilisation en soutien aux sans-papiers ou les grèves dans le monde enseignant pourraient donner de l’écho aux mécontentements et enclencher une série de manifestations. Les raisons de défiler ne manquent malheureusement pas...

PS, Parfum de résignation

A gauche, l’été a surtout apporté son lot de plébiscites à Ségolène Royal. Sa cote dans les sondages ne cesse de grimper. La candidate à la candidature est inlassablement placée en tête pour battre Nicolas Sarkozy, loin devant Lionel Jospin, Jack Lang, Dominique Strauss-Kahn ou Laurent Fabius qui, chaque jour un peu plus rangés au rayon des éléphants, font bien pâle figure à côté d’elle... Etre une femme et n’avoir assumé aucune fonction de premier plan se retourne en atout auprès de l’opinion publique, avide de rompre avec un personnel politique « veilli et usé ». Plus elle est attaquée, plus sa stature est mise en cause, et plus elle marque des points. Il faut dire que le soutien médiatique est massif, les articles ressemblant parfois à du publireportage. Sans compter ces photos volées de la candidate en maillot de bain parues dans Closer, avec ce commentaire enthousiaste : « et dire qu’elle a 53 ans ! » Bref ! Les ralliements de responsables et d’élus socialistes tombent comme des mouches. Plus étonnant, le soutien d’Arnaud Montebourg, qui représentait plutôt l’aile gauche du parti avec son courant Rénover maintenant : ce qui n’a pas manqué de susciter des remous chez les militants. Toujours est-il que ce sont près de 5 000 personnes : du jamais vu : qui ont accueilli pour la traditionnelle Fête de la rose à Frangy-en-Bresse Ségolène Royal, prononçant son discours politique de rentrée. « C’est creux », commentait dès le lendemain Jean-Luc Mélenchon. Sur le fond, la tenante de « l’ordre juste » articule blairisme et familialisme, tout en enfourchant avec aisance le cheval sécuritaire (pour mémoire, elle a proposé d’envoyer les mineurs délinquants dans des camps militaires). Son programme, a-t-elle promis, sera socialiste. Traduction contemporaine : en cas d’élection, sa politique sera sociale-libérale. En réalité, la bataille interne au PS ne repose pas sur des clivages de contenu. Nul doute que, qui que soit le ou la candidate, la politique menée sera grosso modo la même. Le rejet de la droite, voilà bien le programme ! Le PS compte plus que jamais sur un effet 21 avril pour mobiliser l’électorat de gauche. La rupture avec le libéralisme et autres transformations sociales ne sont pas d’actualité : n’ayant pas réussi à changer la vie, le PS s’est désormais résigné à ne plus promettre de la changer : au lieu de revisiter les moyens et les objectifs pour y parvenir. Comment ne pas ressentir ce parfum fade de la résignation et ce conformisme rampant d’un parti par ailleurs toujours plus éloigné des classes populaires ?

L’effet vote utile

Pendant que le duel Sarkozy-Royal s’installe et monopolise l’attention de tous les médias, l’extrême droite s’enracine sournoisement. Comme d’habitude, moins on entend Jean-Marie Le Pen, plus il grimpe dans les sondages, ranimant la peur de le voir de nouveau apparaître au second tour de la présidentielle. Lors de leur tournée de « caravanes propagandistes », les militants de LO ont constaté que le discours anti-FN ne passe pas facilement : « Il y a des bleds ouvriers où Le Pen a fait 25 %. On ne peut pas engueuler un passant sur quatre. » En revanche, alors qu’en 2002 le rejet de Jospin était fort, l’effet vote utile en faveur du PS leur semble aujourd’hui très présent... Si même le moral des troupes d’Arlette est atteint...

Dans ce paysage politique de rentrée peu réjouissant, c’est vrai qu’il nous tarde de voir la gauche antilibérale, enfin unie et décidée à jouer la gagne, faire irruption et imposer d’autres thématiques au cœur de la campagne : répartition des richesses, construction européenne, marges de manœuvre des politiques face à l’emploi, consolidation des droits individuels, égalité entre les territoires, réforme fiscale. Car nul doute qu’une autre voie à gauche doit s’imposer. Et le plus vite sera le mieux. En Europe, le poids des échecs des expériences dites socialistes, d’une part, et les errements actuels de la social-démocratie européenne, d’autre part, donnent progressivement naissance à des recompositions à gauche, dans des configurations propres à l’histoire sociale et politique de chaque pays. Le Linkspartei en Allemagne ou le mouvement Respect en Angleterre montrent, par exemple, que des résistances à gauche se structurent (voir articles pages suivantes). L’enjeu en France est de savoir si la gauche non sociale-démocrate continue sa lente décomposition ou si elle entame enfin sa recomposition. Continue-t-on à sombrer, en jouant au concours du meilleur second rôle à côté du PS et en laissant ainsi le champ libre à la social-démocratie, avec toutes les impasses dont elle est porteuse, ou nous mettons-nous en situation de façonner et de rendre crédible dans le pays une alternative antilibérale, féministe et écologiste ?

La charte antilibérale

Pour l’heure, l’unité et la dynamique de la campagne du « non » au référendum ont quelque peu cédé le pas à des débuts de division et de cacophonie. Rien d’irréversible fort heureusement mais quelques éléments potentiellement démoralisants... L’annonce en juin de la candidature d’Olivier Besancenot (certes soumise à un préalable de taille : si le rassemblement antilibéral échouait) fut perçue par beaucoup comme contrariant l’idéal unitaire. Les déclarations médiatiques de José Bové ont suscité à la fois adhésion et espoirs mais aussi des commentaires acerbes, nourrissant les dissensions. Les attitudes du PCF, parfois contradictoires, et l’entrée en précampagne de Marie-George Buffet sont interprétées par certains comme une prise de distance avec la démarche d’union des forces anti-libérales. La bonne nouvelle ? C’est que toutes les composantes du rassemblement : Les Alternatifs, Collectif pour l’éco-développement, Convergence citoyenne, Gauche républicaine, Mars, le PCF, différentes personnalités et citoyens engagés, et la LCR en tant qu’observatrice : continuent de participer au cadre commun : le Collectif national pour des candidatures unitaires de la gauche antilibérale. Or celui-ci poursuit son travail et s’est doté d’un échéancier. La Charte antilibérale adoptée en mai dernier par les Collectifs du

29 mai (cahier détachable joint à ce numéro de Regards) fournit une première base de contenu substantielle. Beaucoup n’aurait pas parié un kopeck sur notre capacité à nous mettre d’accord sur un document qui donne les grandes lignes d’une alternative antilibérale. La preuve par le contenu est donc bien engagée : ce qui nous rassemble est supérieur à ce qui nous divise. Sur la stratégie, l’essentiel est posé : l’objectif est d’être majoritaire à gauche ; la participation à un gouvernement sous domination sociale-libérale est exclue ; le désistement de deuxième tour est prévu entre les forces de gauche pour les législatives. Tout le monde s’accorde enfin sur l’idée d’une campagne très collégiale, permettant à toutes les sensibilités de s’y retrouver. Ces éléments n’épuisent évidemment pas tous les débats de fond ni l’ensemble des configurations stratégiques mais ils n’en forment pas moins une feuille de route de campagne significative. A tel point que l’on se demande maintenant sur quels éléments tangibles et sérieux les forces en présence pourraient fonder des candidatures séparées en 2007... Le Collectif entend donc maintenant se doter d’une méthode pour désigner celui ou celle qui portera les couleurs de l’anti-libéralisme à la présidentielle ainsi que ses candidats à la législative. Sa réunion nationale du 10 septembre sera décisive. Si nous sommes d’accord sur le contenu et la stratégie, serions-nous assez stupides pour ne pas trouver le ou la candidate ?

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