Accueil > Culture | Par Guillaume Chérel | 1er juillet 1997

Entretien avec Ron Querry

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La cinquantaine alerte, les yeux bleu acier, Ron Query arbore une longue queue de cheval, grise comme son épaisse moustache. Descendant du clan Sixton de la nation choctaw (Oklahoneli, région d’Oklahoma), par la famille de sa mère, il n’a pourtant jamais vécu dans une réserve : " Les Choctows sont des forcenés de l’assimilation ", explique-t-il. Après avoir fait ses classes dans les Marines, amoureux des chevaux, il a notamment travaillé comme cow-boy, entraîneur, soigneur, maréchal-ferrant, avant de devenir professeur d’Université, puis assistant du responsable de l’éducation au pénitencier du Nouveau-Mexique et, enfin, journaliste free- lance (il a dirigé une revue hippique). Il vit actuellement à Tucson (Arizona).

L’histoire que vous racontez est dramatique, mais l’humour y est malgré tout très présent, comme dans l’univers de votre ami " Thomas King " (Medecine River, Albin Michel). Est-ce une caractéristique de la littérature amérindienne ?

Ron Querry : Les gens imaginent généralement les Indiens comme étant des gens perpétuellement sérieux, graves, voire carrément inquiétants. Or, la plupart des Indiens font beaucoup de " jokes " (blagues) et rient beaucoup sur eux-mêmes. L’humour noir est très courant chez nous... Il est naturel d’user d’ironie, à propos des autres tribus notamment, des " Blancs ", du gouvernement, du BAI (Bureau des Affaires indiennes), etc.

On a l’impression d’assister à l’explosion de la littérature indienne, avec l’émergence de nouveaux auteurs d’une trentaine d’années...

Ron Querry : C’est vrai, depuis six ou sept ans environ, de nombreux romans écrits par des Indiens ont été publiés. Autant qu’en vingt ans auparavant. Je pense que c’est un phénomène de mode dû au film Danse avec les loups. J’ai horreur de dire ça, mais c’est vrai que Hollywood y a beaucoup fait... Ce phénomène a aidé à publier de nombreux auteurs, qui ne sont pas si jeunes que ça, en fait.

Nombreux sont professeurs d’Université, assez mûrs...comme moi, Louis Owens et Joseph Marshall III. Il y a aussi de jeunes auteurs, notamment des femmes, qui apparaissent depuis quelque temps. Avant, les écrivains qui écrivaient sur les Indiens n’étaient pas indiens. Leurs romans étaient truffés de stéréotypes, ou romantiques. Aujourd’hui, le public lit de vraies histoires, plus réalistes. Je crois qu’en finissant mon livre les gens en savent davantage sur le peuple Navajo. On peut nous croire. Nous savons de quoi nous parlons.

Vous dressez un portrait dur des conditions de vie dans les réserves indiennes. La situation s’est-elle améliorée ?

Ron Querry : Mon roman parle de la situation actuelle... Malheureusement, elle n’a pas beaucoup évolué, à ma connaissance. Je n’écris pas des romans politiques ! Je me contente de raconter une histoire. Au lecteur d’en tirer les conclusions. J’ai mis quatre ans à écrire un livre que le lecteur mettra quatre heures à lire... Mon rôle n’est pas de militer. J’aimerais qu’on me considère comme un écrivain. Pas en tant qu’Indien écrivant des livres... Personnellement, il n’est pas dit que j’écrive toujours sur les Indiens. On se fait beaucoup d’idées sur les réserves en Europe. La ségrégation existe, mais elle est autant sociale que raciale. Comme en France, j’imagine... Aujourd’hui, certains jeunes reviennent vivre dans les réserves parce qu’ils y trouvent du travail, dans le domaine du jeu, par exemple. Ils choisissent de (re)découvrir leur culture. J’ai une fille, mais je n’ai pas fait l’effort de lui inculquer nos traditions. Elle vit en Californie, où elle est " US Marshall " (policier, NDLR). Sa mère est d’origine écossaise... La soeur de ma mère ne disait pas qu’elle était indienne. C’était mal vu à l’époque. Aujourd’hui, c’est le contraire : on voit beaucoup d’artistes, comme Johnny Depp, revendiquer leur hypothétique sang indien. Les " sang-mêlé " se sentent américains...et indiens.

Ron Querry le Dernier Pow Wow, traduit de l’américain par Danièle Laruelle, éditions du Rocher (collection Nuage Rouge, dirigée par Olivier Dalavault), 259 p, 129 F.

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