Accueil > monde | Par Karine Gantin | 1er septembre 2006

Europe de l’Est. En attente d’une troisième voie

L’antilibéralisme de gauche peine à trouver son champ dans les pays de l’Europe de l’Est. Le traditionnel positionnement gauche-droite est marqué par une méfiance née de l’histoire à l’égard du communisme et de la social-démocratie.

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Parler de recherche d’un camp antilibéral en Europe revient le plus souvent implicitement à parler de l’Europe occidentale. Au Parlement européen, ainsi, le groupe confédéral de la Gauche unitaire européenne : Gauche verte nordique (GUE-NGL) compte parmi ses partis membres représentés un seul qui soit issu des nouveaux pays entrants de l’Europe centrale et orientale, à savoir le Parti communiste tchèque. De même, l’opposition au traité constitutionnel européen, notoirement marquée en France par la force des positions antilibérales de gauche, fut davantage portée à l’Est par la droite ultralibérale, comme en République tchèque, ou par l’extrême droite, comme en Pologne... Et pendant ce temps, dans le champ altermondialiste, l’Europe de l’Est représente une région en soi avec sa propre culture, ainsi que l’a prouvé une fois de plus le Forum social européen d’Athènes au printemps 2006, mais avec des difficultés récurrentes de représentation : et de représentativité : à l’intérieur de l’ensemble du mouvement. Or, cette culture en propre spécifique à l’Europe de l’Est est aussi diverse en interne. Dans le cas de l’altermondialisme, elle n’est pas forcément synonyme d’antilibéralisme, a fortiori n’en est pas le doublon exact à l’intérieur des champs politiques nationaux, loin s’en faut. D’autant moins que les scènes politiques nationales demeurent elles-mêmes encore très mouvantes, de même que le jeu des alliances politiques proprement dites, comme en Slovaquie dernièrement, où s’est formé un gouvernement rouge-brun...

Les raisons de la faiblesse de cet antilibéralisme de gauche à l’Est sont connues. Le communisme et partiellement aussi, dans son sillage, la social-démocratie (souvent apparentée au communisme dans une certaine imagerie collective), ont fait les frais du discrédit historique des régimes pro-soviétiques d’avant 1989. A l’inverse, la conquête des libertés démocratiques au tournant des années 1980-1990 a été identifiée par les populations d’alors, notamment chez les plus jeunes, avec la revendication des libertés économiques. Parallèlement, la droite libérale, comme le grand parti de droite ODS en République tchèque, a réussi à offrir une image de « pragmatisme » et de « réalisme » en rupture avec le passé socialiste, image positive qui persiste largement, en promettant notamment sur le plan économique une sortie du communisme qui ne soit pas pour autant une recherche de « troisième voie » inventive entre modèles occidentaux libéraux et régimes passés communistes, bref en promettant au contraire purement et simplement une « standardisation », une « normalisation » alignée sur la donne occidentale, à laquelle beaucoup aspiraient et aspirent encore... Le complexe d’infériorité n’ayant pas disparu, et légitimant au contraire une sympathie évidente pour les accents nationalistes. Complexité supplémentaire : en Pologne, par exemple, le mouvement de privatisations dans les années 1990, par-delà les conflits publiquement exprimés, s’est fait dans un relatif consensus entre droite libérale et camp des post-communistes. Dans le cas polonais, les réticences les plus fortes sont venues paradoxalement de la population. En effet, vite désenchantée par les impasses de l’impossible rattrapage du niveau de vie, elle fut souvent ambiguë, voire franchement réticente à l’égard d’un processus de privatisations qu’elle considérait souvent, non sans raisons, comme entaché de fraudes multiples destinées à enrichir les élites anciennes, reconverties ou non. Ainsi que le prouvent les exemples polonais et slovaque, l’antilibéralisme s’exprime donc volontiers aujourd’hui du côté de l’extrême droite, tandis que les mouvements de gauche, dispersés, en peine de légitimité souvent, manquant enfin d’une base sociale renouvelée et dynamique, se montrent lents à structurer une offre politique ambitieuse, rassembleuse et cohérente.

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