Accueil > politique | Par Catherine Tricot | 7 novembre 2010

Europe Ecologie (2) - La "métamorphose" d’un parti

A Lyon, les 13 et 14 novembre, se tiennent les Assises nationales du rassemblement des écologistes, étape finale du processus de fusion des Verts et d’Europe Ecologie. Ou va se situer, politiquement, la formation qui en sera issue ? C’est la question que s’est posée Regards

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

.

Les Verts et Europe Ecologie fusionnent, aboutissement d’un processus inité au printemps. La « métamorphose » annoncée conserve la culture politique des origines. Loin d’un simple relookage technique, un nouvel acteur politique doit naître .

La première originalité d’Europe Ecologie - II tient à sa forme. Deux cercles s’articuleront. D’une part, un parti au fonctionnement « traditionnel » : adhérents, dirigeants, organes représentatifs des différentes sensibilités... D’autre part, une coopérative dans laquelle se retrouvera la myriade de mouvements et structures composant Europe Ecologie. Ces « coopérateurs » seront associés à la définition du projet et au choix du candidat à l’élection présidentielle. Le seront-ils au choix des candidats locaux ? La question n’est pas tranchée.

L’invention de cette forme hybride n’est pas étrangère à l’histoire du mouvement écolo. La création des Verts, seul parti réellement nouveau de la fin du XXe siècle, était déjà originale. Fondés en 1984, les Verts sont issus de la convergence d’associations antinucléaires, du combat antimilitariste, de la lutte en faveur de la défense de l’environnement et du reflux de l’extrême gauche libertaire et maoïste. Cette matrice les marque profondément. Longtemps, les Verts furent un parti à part : mi-parti, mi-association.

On les a dit « bordéliques » et, de fait, ils étaient moins structurés que les partis traditionnels, conçus pour la conquête du pouvoir d’Etat. Mais les Verts ont la conviction que l’enjeu écologique dépasse cette question.

La double structuration d’Europe Ecologie est un saut organisationnel rendu possible par cette intimité avec les mouvements, leurs formes changeantes, leur structuration parfois fluide. Cette mobilité s’était vue dans la capacité à s’adresser aux acteurs de la vie sociale lors de la constitution des listes européennes et régionales : la non-appartenance aux Verts ne faisait pas de difficulté. Pari doublement gagnant : toutes ces personnalités sont aujourd’hui engagées dans le mouvement Europe Ecologie. Quand les partis traditionnels s’épuisent à faire vivre une forme d’organisation inventée au début du XXe siècle, Europe Ecologie, dans la foulée des Verts, invente un mouvement politique « new wave ».

Ancrés dans leur époque

De leur héritage « mouvementiste », les écologistes gardent aussi une empathie avec les questions nouvelles. Les Verts sont nés du bain féministe, autogestionnaire, écologique. Dans leur « Manifeste pour un nouveau cours écologique et social », base politique du processus de fusion, on trouvera des sujets et des formulations qui continuent de les distinguer par leur modernité. Ils placent le contenu du travail et sa revalorisation au coeur même de leurs objectifs économiques et sociaux : «  Les écologistes préfèrent agir pour engager des mutations économiques et requalifier la place du travail plutôt que d’attendre le retour illusoire d’une croissance économique infinie . » Il ne s’agit plus seulement de demander la réduction du temps de travail et sa nouvelle répartition.

On retrouve une même modernité et une capacité à articuler différents registres du social dans l’énoncé de la crise actuelle : «  Ce bouleversement majeur épuise les ressources aussi bien qu’il creuse les inégalités et déprime les consciences, dressant la biosphère contre les êtres humains et les êtres humains entre eux . » On relève enfin une capacité à se poser de difficiles questions : «  Comment s’émanciper d’un système dont les aliénations sont plébiscitées  ? »

Ecologique  ?

Il est loin le temps où l’écologie se confondait avec la lutte pour l’environnement. Depuis des années, les Verts ont cherché à élargir le spectre de leurs interventions. Alors même que l’environnement devenait une préoccupation hégémonique, ils ont travaillé à la formulation d’une pensée globale qui prend l’écologie pour fondement d’un nouveau projet.

Déjà en 2002, la candidature de Noël Mamère ancrait la campagne dans la lutte pour les droits humains. La recherche d’un repositionnement des Verts a connu des hauts et des bas : la candidature de Dominique Voynet en 2007 les replaçait sur le terrain environnemental des débuts. Avec un résultat très mitigé. Il semble que la leçon ait été retenue.

Tout l’effort est désormais d’articuler en permanence écologie et enjeux de société. Il est question, par exemple, en matière économique, de promouvoir les relocalisations de productions industrielles et agricoles. Cécile Duflot justifie son soutien à la retraite à 60 ans par une approche globale en termes de coûts, qui fait écho à l’approche « macro » des Verts. Elle l’étaye d’une réflexion sur les temps de la vie. «  On évalue toujours le coût des retraités, mais jamais ce qu’ils rapportent à la société. Ils sont pourtant une contribution énorme à la garde des enfants, à l’animation des associations sportives, culturelles... Il faut réfléchir à la transition temps de travail, temps de retraite . »

La mise à jour va aller plus loin encore. Il s’agit d’ajouter au vert d’autres couleurs plus classiques. Du bleu ? Cécile Duflot a fait une tribune remarquée pour affirmer le républicanisme des Verts. Mais l’entrée en scène de Daniel Cohn- Bendit, et derrière lui d’Eva Joly, constitue pourtant un tournant.

La justice au coeur du projet

L’ère libertaire se clôt avec l’OPA du leader de mai-68. Cela fait longtemps que sa mue est faite. Les Grünen allemands, dont il fut une figure marquante, n’hésitent pas à frayer avec les Libéraux. En France, cet été, au plus fort de la politique sécuritaire, il affirme : «  Notre réponse devra être sociale, éducative et répressive . » (1)

Depuis, les écologistes, en particulier par la voix d’Eva Joly, ont marqué leur empreinte, moins sur les enjeux « écolos » ou sociaux (qui marquent tout autant l’actualité), que sur les « affaires ». Ils ont pris de fermes positions aussi bien sur l’affaire Woerth-Bettencourt, que sur l’accord intervenu entre la Mairie de Paris et Jacques Chirac. Europe Ecologie a obtenu que les financements publics en Ile-de-France n’arrivent plus aux entreprises ayant des filiales dans les paradis fiscaux. Quand la collusion entre le pouvoir et le monde de l’argent éclate au grand jour, Eva Joly annonce vouloir «  introduire l’éthique en politique et être beaucoup plus sévère sur le pantouflage  ». Pour Pascal Durand, délégué national d’Europe Ecologie : «  Elle est capable de porter cet humanisme cher tant aux chrétiens qu’aux francs-maçons, à cette population qui place la morale au coeur de sa pensée . » (2)

De fait, le manifeste apporte une riche critique de la crise et de ses effets, mais reste laconique sur l’explication des mécanismes profonds qui conduisent à cette situation. Leur réponse semble largement contenue dans cette volonté de justice, d’égalité devant la loi. La lutte contre la corruption semble devoir être leur nouvelle identité. Est-elle vraiment aux coeurs des dysfonctionnements de la société ?

La conviction domine d’une transformation négociable car raisonnable. «  Ni parti du Grand soir, ni négociatrice des petits matins frileux, (l’écologie politique) choisit la longue marche de la réforme tolérante, les compromis de la régulation librement consentie, la convergence démocratique des convictions réunies, le tissage patient des imaginations et des rêves . »

Centriste ou alternatif  ?

Le rapport à la gauche et à la droite est reformulé dans une volonté affirmée de rompre avec toute filiation et même avec un ancrage dans la gauche. «  Les deux grands courants idéologiques engendrés par la révolution industrielle, accompagnant l’un l’essor du capitalisme et l’autre l’espérance socialiste, sont désormais à bout de souffle , affirme le manifeste. Malgré leurs différences, fondées sur un enracinement social historiquement opposé et des valeurs souvent contradictoires, ils se montrent pareillement désorientés sur l’essentiel, saisis d’impuissance face à l’effondrement du credo productiviste qu’ils partagent . »

Il y a là, c’est certain, une justification de l’autonomie politique des écologistes. Les enjeux strictement politiques ne sont pas absents avec la volonté que les écologistes pèsent davantage. Mais l’affirmation autonomiste est plus fondamentale : «  L’écologie politique n’a pas vocation à devenir la branche supplémentaire d’un arbre déjà constitué, aussi vénérable fut-il, elle est à elle seule cet arbre, autonome, alternatif, un arbre qui entend faire forêt ", affirme le manifeste. Depuis des années, les Verts avaient affirmé leur ancrage à gauche. Ce fut même l’objet de la rupture avec Antoine Waechter en 1992.

Le passage des Verts à Europe Ecologie constitue bien un moment important d’un vaste processus et d’un aggiornamento dont une partie espère qu’il conduira l’écologie sur les chemins d’une hégémonie radicalement transformatrice... Même si à ce jour, les indications semblent davantage porter l’évolution vers un parti plus démocrate qu’écologique ; plus centriste qu’alternatif.

Catherine Tricot

 [1](2) « Eva Joly, la nouvelle égérie écolo », Le Monde du 14 août.

Notes

[1(1) « « Stupidité et malveillance » : le sarkozysme selon Cohn-Bendit », Le Monde du 16 août.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?