Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 15 juillet 2010

Fair-play, l’illusion des puissants ?

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Puisque les bleus servent de victimes expiatoires (ils l’ont bien cherché certes) en ces temps de crise et surtout de parfait bouc-émissaire pour aider la droite à diffuser ses idées (sur l’autorité, l’immigration, les racailles de banlieues etc.. ou Nicolas Anelka, l’idiot utile du sarkozysme), essayons de revenir nous aussi aux fondamentaux. Sans hypocrisie. Et commençons par le fair-play.

De fait, le fair-play, dans le sport comme dans le monde des affaires, constitue l’archétype de la doxa bourgeoise telle qu’elle s’est cristallisée dans le capitalisme de la fin du 19ème siècle, précisemment quand furent crée le football et le sport en général. Son ADN est simple comme une leçon de choses dans un College britannique. Seulement le capitalisme tout comme le sport professionnel se révèlent désormais à des années lumières de cet idéal angélique de ceux qui savent respecter les codes de bonnes conduites (celui du MEDEF méritant la palme d’or).

En retour la triche s’est toujours avérée un authentique art populaire. Dans le flot des commentaires, d’analyses footballistiques, éthiques, politiques voire techniques du geste de Thierry Henri, aucun n’a osé parler de l’essentiel : la faute est indispensable au football. Si ce sport désire rester universel bref toucher et concerner tout à chacun et surtout se démocratiser parmi les classes populaires, il a (eu) justement besoin d’autres modes de fonctionnement que le très hypocrite fair-play bourgeois.

Dans le sport, la règle délimite (donc exclue) l’identité noble de la discipline, pendant que la fraude en fonde la culture populaire. Sans le sens de l’entour-loupe, de la « carotte » des blousons noirs au « cevi » des cités, les grandes légendes du football n’imprimeraient dans la mémoire collective qu’une horripilante platitude professionnelle, sans accroche possible pour l’identification chez les bon gars d’en bas (et cela rapporte beaucoup au final). Diego Maradona sera pour toujours l’homme béni de la main de dieu, l’enfant des quartiers pauvres argentins qui refusent de suivre les règles de ces salauds de gentlemen britanniques impérialistes du Nord, autant que le génie qui joue « by the book » au ballon, le prouvant par la suite en effaçant leur défense dans une démarche fort éloignée du kick and rush originel. Le football populaire c’est aussi cela, ainsi que malheureusement les tacles verbaux des Louis Nicolin et autres partisans du « droit d’être con puisque je sais si bien l’être. » Certes, Thierry Henry a surtout réagi en pro qui essaie de sauver son équipe d’un accident industriel. Qui finalement finit par exploser à la figure de la sélection de Raymond Domenech. On est loin du compte et la mythologie se décline surtout désormais en plan marketing. Quel dommage, Thierry Henry aurez pu méditer ce vieux proverbe des faubourgs au temps des apaches : les voyous heureux vivent toujours cachés.

 [1]

Notes

[1A lire : Ollivier Pourriol, « Eloge du mauvais geste » (Nil)

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