Accueil > actu | Par Yann Fournier | 1er mars 2007

FN, le casse-tête des médias

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Les médias ont-ils une responsabilité dans la montée de Jean-Marie Le Pen et de son parti ? Pour un journaliste, couvrir le FN n’est pas de tout repos. Même si l’extrême droite n’a pas le monopole de l’agressivité à l’encontre des médias, il existe un certain passif entre le FN et les journalistes. Dans les années 1980, un tract circulait dans les meetings, invitant les lecteurs à gifler les journalistes.

C’est souvent le dernier arrivé dans la rédaction qui récupère le dossier FN, « quand ce n’est pas quelqu’un qu’on cherche à placardiser » selon le politologue Jean-Yves Camus.

Une fois sur le terrain, le journaliste doit faire face à la tension et au climat de violence qui règne autour des meetings. « A Dreux, en 1984, on n’était pas nombreux à venir assister aux réunions du FN, qui se terminaient souvent à la barre de fer » , se souvient Arlette Chabot, directrice de l’information sur France 2. Les temps ont changé, mais la tension autour des réunions est toujours présente. Il faut gérer de manière plus frontale l’hostilité des militants et sympathisants frontistes, imitant en cela leur chef, vis-à-vis des journalistes. Fréquemment le service d’ordre du FN accompagne les équipe de télé, à la fois pour les protéger mais également pour contrôler et surveiller leur travail.

Y a-t-il une bonne attitude à adopter face au FN et à son chef ? « Le journaliste doit poser les questions à Jean-Marie Le Pen comme à un autre homme politique, sans être agressif , répond Arlette Chabot. Il faut poser des questions sur son programme et pas uniquement sur ses thèmes de prédilection, ce qui n’a pas toujours été fait. » Depuis la percée électorale du FN à Dreux en 1984, l’attitude des médias a souvent varié : boycott complet des conférences de presse et manifestations après Carpentras, reportages à charge dans les années 1990 (Le Vrai Journal de Karl Zéro sur Canal +) ou suivi et traitement quasi quotidien de la vie du FN (Michaël Darmon pour France 2 entre 1995 et1998). C’est dans les années 1990 que le FN connaît son apogée médiatique, avec en particulier l’émission Envoyé spécial, qui lui consacre alors de nombreux reportages. Pour Arlette Chabot, ces émissions « étaient nécessaires pour décrypter les mots et les idées du FN. Aujourd’hui on n’a plus besoin de ces émissions » .

Mais l’idée selon laquelle ces reportages auraient pu rendre service au parti de Jean-Marie Le Pen reste vivace. L’argument reste à démontrer. D’autant plus que les problèmes du FN (menaces de dissolution du service d’ordre, inéligibilité de Le Pen) qui ont entraîné la scission de 1998 sont bien souvent nés des images tournées par Michaël Darmon de France 2. En 2002, une fois passée la surprise de la présence Le Pen au second tour, la responsabilité des médias a de nouveau été évoquée. Cependant, ce n’était pas la surmédiatisation qui était en cause cette fois-ci, mais le traitement médiatique de « l’insécurité », qui aurait profité au FN. La profession réfute cette analyse. Jérôme Bureau, directeur de l’information sur M6, insiste sur le fait que « les médias ne créent jamais rien et sont tout au plus un miroir déformant de la réalité » . Arlette Chabot affirme qu « en 2002, l’insécurité était réellement vécue par la population. Le Pen n’a pas prospéré grâce à la médiatisation de l’insécurité, mais sur le malaise des gens et par le manque de réaction des politiques. La meilleure preuve que les médias n’y sont pour rien dans le succès de l’extrême droite, c’est qu’en Europe elle progresse partout » .

Les relations entre les journalistes et le FN semblent en partie s’être normalisées, surtout depuis l’avènement de Marine Le Pen, qui est, selon Jean-Yves Camus « une bonne cliente médiatique. Les journalistes sont sans doute ravis d’avoir à faire à elle plutôt qu’à son père ou à Gollnisch » .

Aujourd’hui, la couverture du parti d’extrême droite se résume le plus souvent au minimum syndical, dans le respect « de la place que mérite sa force politique » selon les termes de Jérôme Bureau. Plus personne ne songe à exclure du débat médiatique aujourd’hui un parti qui représente 5 millions d’électeurs. Y.F.

Paru dans Regards n°38, mars 2007

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