Accueil > actu | Par Clémentine Autain | 1er octobre 2007

Force nouvelle en gestation

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Gauche de gauche : année zéro ? La situation a quelque chose de paradoxal. D’un côté, c’est l’onde de choc. Un vent de désespérance souffle dans les rangs de la gauche qu’on appelait il n’y a pas si longtemps encore « antilibérale ». Sortie laminée de la présidentielle et des législatives, elle reste quasi inaudible et semble bloquée par ses divisions, continuant à ruminer les raisons d’un rendez-vous manqué. Dans le même temps, la période des ruptures et de la clarification des lignes de clivage apparaît ouverte. L’idée d’une force politique nouvelle s’impose alors qu’elle était quasiment taboue il y a encore quelques mois. A la Fête de l’Humanité , les débats formels et informels ont fait la part belle à cette proposition. Et pour cause... Depuis la séquence électorale de 2007, le paysage a bougé.

A La Rochelle, dans de nombreux ateliers de leur université d’été, les socialistes : sans leurs « éléphants » : se sont divisés entre partisans d’une rénovation synonyme d’accompagnement de l’ordre existant et tenants d’un réancrage à gauche pour construire une alternative au modèle dominant. Le philosophe Didier Eribon a par exemple dû faire face à une salle clivée, l’applaudissant et le huant à tour de rôle, alors qu’il mettait en garde contre la révolution conservatrice du PS. La droitisation des élites socialistes ne fait plus de doute. Quand on entend Ségolène Royal remettre en cause les 35 h et se prononcer finalement contre la hausse du Smic, Manuel Valls expliquer que des accords sont possibles avec la droite sur l’immigration ou la sécurité, Arnaud Montebourg défendre la suppression des régimes spéciaux, Malek Boutih féliciter la secrétaire d’Etat Rama Yade pour son déplacement à Aubervilliers ou encore François Hollande raconter que ce qui le dérange « ce n’est pas le marché, c’est la mondialisation » ... on se demande quelles seront les limites de cette course à droite. Le parfum d’alliances avec le Modem de Bayrou qui règne au PS en vue des municipales est un symptôme de ce tournant assumé. Face à cette dérive alarmante, il y a bien, au sein même du PS, des résistances internes ! Que le communiste Olivier Dartigolles soit presque ovationné sur une ligne gauche de gauche à leur université d’été montre bien que les militants ne sont pas encore tous acquis à la mutation centriste. Des voix comme celles de Jean-Luc Mélenchon ou, dans une autre mesure, de Benoît Hamon marquent la dissonance. Malheureusement, il y a fort à parier qu’ils n’arriveront pas à infléchir la ligne empruntée par la majorité de leur parti. D’où l’attention portée au champ des possibles en dehors du PS...

Olivier Besancenot a lancé, à la fin de l’été, une bonne idée : la création d’une force nouvelle. Avec ses 4 % obtenus à la présidentielle, le leader de la LCR entend agréger autour de lui des « héros du quotidien » . Dommage que le calendrier et la ligne politique soient d’ores et déjà verrouillés. La majorité de la LCR estime qu’il n’existe aucun partenaire possible pour une telle aventure... Pourtant, à chaque fois que la méthode du regroupement « autour de » a prévalu sur le « rassemblement avec », ça s’est soldé par un échec. Le nouvel étendard affiché « mi guévariste, mi-libertaire » est-il propice à une dynamique grand angle ? L’attachement au vieux modèle de la rupture révolutionnaire fait camper, de fait, sur une ligne de stricte résistance. La LCR a au moins le mérite d’avoir jeté un pavé dans la mare... Car, par ailleurs, on n’entend pas grand-chose, comme si la gauche se résumait à deux versants, le parti pris de la majorité du PS et l’offre de Besancenot. Il est vrai que Verts et PCF sont sortis exsangues de la présidentielle. Ce n’est pas autour de l’une de ces organisations que pourra naître une force nouvelle attractive. Mais compter sans ces forces serait tout aussi illusoire. Les communistes sont plus que jamais devant une alternative simple : se refermer sur eux-mêmes, au risque de mourir à petit feu et d’être satellisés par le PS, ou mettre toutes leurs forces au service d’un rassemblement plus large, pour faire vivre la transformation sociale. Les écologistes sont eux aussi devant un enjeu de survie. D’ailleurs, les contradictions internes longtemps camouflées resurgissent. Certains, Daniel Cohn-Bendit en tête, prônent carrément l’union avec le centre et le PS. Tous les Verts ne sont pas de cet avis. Dans quel espace et avec quels partenaires l’écologie politique a-t-elle une chance de retrouver du souffle ? On lira à ce sujet les analyses d’Emmanuelle Cosse dans ce numéro.

Par ailleurs, de très nombreux militants et sympathisants de la gauche de gauche, qui ne se reconnaissent pas dans les organisations constituées, se demandent ce qu’ils vont devenir, où s’engager. Beaucoup de syndicalistes savent que la réponse sociale aux attaques du gouvernement, évidemment indispensable, devra se doubler d’une réponse politique. D’où leurs inquiétudes sur la capacité à faire vivre dans ce pays une force politique authentiquement de gauche qui pèse, puisse tenir la dragée haute à la droite sarkozyste et disputer l’hégémonie à gauche au PS « rénové ». On comprend leurs inquiétudes...

L’étau se resserre à gauche entre un parti gestionnaire de renoncement et un pôle cantonné à la résistance, voué aux marges de l’espace politique. Les médias sont tentés de fermer le ban, en structurant deux gauches bien étanches, qui se répartiraient les rôles : accompagnement du système par la prise du pouvoir institutionnel, d’un côté, et contestation par les luttes, de l’autre. C’est pour contrarier ce scénario mortifère que des voix, assez nombreuses au total, et surtout venant de tous les espaces de la gauche de gauche, se prononcent en faveur de la création d’une nouvelle force. L’ambition ? Porter des réponses neuves qui fassent vivre la rupture avec les logiques dominantes, notamment celle du capitalisme, le partage des richesses, des pouvoirs et des savoirs, l’émancipation individuelle et collective en s’attaquant à tous les rapports de domination et d’exploitation. Et agréger suffisamment pour changer le rapport de force interne à la gauche. Si le signal d’un rassemblement large et neuf est donné, des milliers d’hommes et de femmes seront prêts à s’engager. Pour l’instant, ce ne sont que les prémices. Quel peut être l’élément déclencheur ? Quels contours aurait plus précisément cette nouvelle force ? Le débat est ouvert.

C.A.

Paru dans Regards n°44

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