Accueil > actu | Par Sandrine Issartel | 20 juin 2007

François Chesnais : "Quand le travail n’est pas traité en terme d’exploitation, le reste ne peut pas être traité sérieusement"

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Avant de devenir membre du conseil scientifique d’ATTAC, François Chesnais a bien connu la gauche. Il a brièvement milité à l’Union des Etudiants Communistes (UEC) jusqu’en 1956, avant de rejoindre les rangs trotskistes de l’Organe Communiste Internationaliste (OCI), devenu par la suite Parti Communiste Internationaliste (PCI). François Chesnais a dirigé "La finance mondialisée. Racines sociales et politiques. Configurations, conséquences" (La découverte, Paris, 2005) et est l’auteur de "La finance capitaliste" (Séminaire d’études marxistes, PUF, Paris 2006). Il est également rédacteur dans la revue marxiste "Carré rouge" (http://www.carre-rouge.org).

1) Absence d’internationalisme et crise écologique

Épuisement de la gauche institutionnelle, apparition des mouvements de la gauche anti-libérale au lendemain de la victoire du non au référendum sur le traité constitutionnel européen, prises de position de la société civile dans le débat politique et social... Comment la gauche a-t-elle évolué ces vingt dernières années ? Quelles sont les raisons de son actuel état de faiblesse ?

Pour François Chesnais, la gauche française - de l’extrême gauche au parti socialiste, en passant par la mouvance altermondialiste - souffre de son "enfermement dans le cadre français". En faisant de la France son point de référence, la gauche hexagonale ne parvient pas à envisager les problèmes des travailleurs dans un cadre internationaliste et à mener des combats en commun. L’autre manquement de la gauche, c’est sa difficulté à considérer la question écologique, question centrale, comme une question sociale. Or, pour lui, la réponse à la crise écologique, comme à la crise politique, se fera en termes internationalistes, à partir du monde et non pas de la France.

Interview de François Chesnais (1ère partie) :

MP3 - 9.9 Mo

2) Le travail absent du débat  :

La notion de "valeur travail" a été particulièrement absente du discours de la gauche au moment de la présidentielle (et au contraire exaltée par l’UMP). Quels sont les rapports aujourd’hui entre la gauche et les travailleurs, les salariés ? Pourquoi la gauche ne représente-t-elle plus une force d’émancipation ?

La question du travail n’est, pour François Chesnais, abordée que superficiellement par la gauche. En ceci que son essence, en terme d’aliénation et d’exploitation par le capital, est survolée. Sans doute en raison de "l’ombre de l’URSS", la gauche ne considère pas la question du travail en terme de relation du travailleur avec ses moyens de production. D’où une série de mesures inefficaces et insuffisantes comme les "35 heures" ou le projet d’une loi interdisant les licenciements. "Pour rendre au travail une quelconque valeur positive, en vertu des relations des travailleurs avec leurs moyens de production, il faut échapper à la subordination du capital."

Interview de François Chesnais (2ème partie) :

MP3 - 5.2 Mo

3) Le traitement "mou" des questions sociétales

Peut-on dire que la gauche s’est repliée sur des questions "sociétales" au détriment d’une véritable remise en cause des structures sociales, économiques et politiques actuelles ?

Pas vraiment, selon François Chesnais, pour qui la question sociétale par excellence, celle de l’"environnement" dans son acceptation la plus large, a été mal traitée par la gauche et l’extrême-gauche. En comparaison avec la lutte pour le droit des femmes dans les années 60-70, le problème des discriminations, par exemple, a été abordé "mollement" par la gauche et l’extrême-gauche. Une passivité que François Chesnais met sur le compte d’une absence d’interrogation en profondeur, notamment sur le traitement du travail comme exploitation.

Interview de François Chesnais (3ème partie) :

MP3 - 1.7 Mo

4) Une gauche et une extrême-gauche paralysées par une faiblesse théorique

Le mouvement initié au lendemain du référendum sur le traité constitutionnel européen a plus laissé voir la profondeur de ses divergences internes qu’une véritable unité. Comment expliquez-vous l’issue de ce mouvement, en dépit de tout l’espoir qu’a suscité son émergence ? La volonté d’intégrer la démocratie parlementaire, d’avoir une présence institutionnelle, est-elle responsable de l’échec des comités anti-libéraux ? Quelles perspectives au lendemain du second tour des législatives ?

Pour François Chesnais, la gauche et l’extrême gauche souffrent d’une faiblesse théorique de fond. La question de tenir un discours crédible, aux yeux des médias, du parti socialiste, a occulté les questions fondamentales. Et si l’heure devrait être à la refondation théorico-politique de la gauche, les résultats pas si catastrophiques obtenus par le PS, le PC et la LCR aux législatives, devraient conforter les différents acteurs dans leurs positions, et remettre la question de la refondation à plus tard.

Interview de François Chesnais (4ème partie) :

MP3 - 7 Mo

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