Accueil > Culture | Par Marcel Martin | 1er octobre 2005

Gabrielle, de Patrice Chéreau

La guerre civile à deux

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Si j’avais cru que vous m’aimiez, jamais je ne serais revenue ! » Par cette réplique péremptoire et provocante à l’adresse de son mari, Jean (Pascal Greggory), Gabrielle (Isabelle Huppert) explique son retour inattendu au domicile conjugual qu’elle a quitté quelques heures plus tôt en laissant une lettre lui annonçant son départ définitif. Jusque-là, le couple a fonctionné sur le mode d’un « pacte social », dit Patrice Chéreau, entre deux personnes qui ne s’aiment pas et qui n’ont jamais eu d’autre relations que celles qu’imposait leur souci de respectabilité impliqué par leur statut de grands bourgeois parisiens dans les années 1910.

Au départ de son épouse, Jean s’est senti, dit-il, « humilié », comme par ce que cela supposait le mépris de la règle du jeu qui a conditionné leur vie sociale depuis toujours, avec l’hebdomadaire dîner leur permettant de briller entre gens du même monde. Adapté d’une nouvelle de Joseph Conrad, Le Retour, le film ne se veut cependant pas un document d’époque mais un témoignage de portée plus générale tel que le revendique Chéreau : « Une manière de raconter, sous une forme apparemment très policée, la violence sourde de cette guerre civile à deux. » Ce but est atteint par une mise en scène valorisant l’intensité de la description des mœurs d’une « peuplade exotique : des gens riches à Paris ». Quelque chose comme une « expérience de chimie » dans un décor « d’un luxe glacé et étouffant » : une partition dramatisante densifie encore cet univers crépusculaire, nuancé de temps à autre par un jeu d’écho entre noir et blanc, et couleur. Les protagonistes de cette « danse de mort » à la Strindberg sont incarnés par deux grands comédiens au sommet de leur talent. Sachant qu’on ne va pas manquer de gloser sur son « passé de théâtre » (une douzaine de mises en scène de pièces et autant d’opéras) pour juger son film, Chéreau assume, dit-il, « la recherche de la vérité » plutôt que celle du « naturel » : il évite les pièges du théâtre filmé tout comme la platitude visuelle et stylistique de la production majoritaire. Quand notre cinéma semble surtout préoccupé par le vague-à-l’âme des bobos, Gabrielle s’impose comme un captivant essai d’anthropologie sociale bousculant les habitudes et les conventions.

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