Accueil > politique | Analyse par Pierre Jacquemain | 15 novembre 2012

Gauche[s] : vers une crise politique ?

Le Sénat vient de rejeter le budget 2013 de la sécurité sociale, notamment en raison de la position du groupe communiste qui a voté contre le texte. Six mois tout rond après l’élection de François Hollande à la présidence de la République, les partenaires historiques du parti socialiste ne cachent plus leurs désaccords avec les premières orientations – et mesures – politiques du gouvernement Ayrault. Une rupture stratégique à gauche ?

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Avec ces votes au sénat, un nouveau front d’ennuis vient de s’ouvrir pour le gouvernement. Et la majorité présidentielle s’agace. Arnaud Montebourg affirme que le PCF est entré dans l’opposition. « Le PS agite le spectre du gauchisme pour essayer de marginaliser le PCF », dénonce Danièle Obono du courant Convergences et Alternative, membre du Front de Gauche. Pour Eric Coquerel, secrétaire national du PG : « on a été considéré dans la majorité parce que nous avons contribué à l’élection de François Hollande contre la présence de Nicolas Sarkozy au second tour ». La tirade de Montebourg envers les élus communistes pourrait refroidir le PCF, en vue des municipales notamment. Pour Coquerel, le PS se trompe. Les intentions du PCF sont claires. Il note que le PS « ne s’adresse stratégiquement qu’au PCF feignant d’ignorer la réalité du FdG ».

La réalité du Front de gauche, c’est une diversité de force rassemblée par l’idée d’indépendance politique vis-à-vis du PS. La couleur avait été annoncée lors des élections présidentielles. Les élus du FdG n’ont pas vocation à accompagner les politiques jusqu’au-boutistes de réduction des déficits publics, qui conduisent à l’austérité selon eux. Raison pour laquelle le FdG n’a pas souhaité entrer au gouvernement. Et pour clarifier et enfin clore ce débat, Danièle Obono assume : « nous ne sommes pas dans l’opposition. Nous nous opposons aux politiques d’austérités. C’est différent ». « Quand l’UMP vote avec le PS sur le traité européen [dit TSCG], personne ne soupçonne que l’UMP est entré dans la majorité », poursuit-elle. Clarification faite. Fermez le banc.

Pour le FdG, les premières décisions du gouvernement sont sans appel : hausse de la TVA, taxe sur les retraités, échec des négociations sur les dépassements d’honoraires, allègement des charges patronales, etc. Les élus du Front de gauche s’inquiètent également du gel des dotations de l’Etat aux collectivités. « On ne peut pas accepter de la gauche aujourd’hui ce que nous condamnions hier avec la droite » dénonce Marie-Pierre Vieu, présidente du groupe Front de Gauche de la région Midi-Pyrénées. Pour autant, il ne s’agit pas de « torpiller la majorité gouvernementale », précise-t-elle, craignant un retour de la droite et de l’extrême droite en 2014 puis en 2017.

Pour Jacqueline Fraysse, députée de la FASE, « le PS a la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Ce qui fut possible pour les sénateurs FDG ne l’est pas à l’Assemblée nationale. C’est une particularité institutionnelle qui nous oblige à être vigilants quant à notre positionnement ». Sur le texte des emplois d’avenir par exemple, le groupe FDG partage l’analyse sur ce texte « mal écrit » et « inapplicable ». Par contre, les avis divergent sur le positionnement : « un rejet du texte ne serait pas compris par les jeunes qui souffrent du chômage », avance-t-elle. D’une manière générale, Jacqueline Fraysse privilégie une posture « constructive » vis-à-vis de la majorité, lui laissant le bénéfice du doute à quelques mois de sa prise de fonction. L’équilibre politique à trouver reste complexe. « Au moins pour le moment », précise-t-elle.

Car au cœur des enjeux, se jouent les prochaines échéances électorales. Le rejet par les élus communistes du Sénat du budget de la sécurité sociale et, prochainement du projet de loi de finance, fait craindre une rupture stratégique du PS avec le PCF, principal partenaire à gauche dans les collectivités. Pourtant, pour Danièle Obono, « il est plus que jamais temps de se poser la question des listes autonomes aux élections locales ». Le risque : des élus en moins, « mais c’est sans doute le prix à payer » poursuit-elle.

Côté PG, la ligne est claire : autonomie au premier tour. Eric Coquerel prévient quand même : « nous ne sommes pas dupes des réalités locales avec lesquelles il faudra compter. Il va y avoir des congrès pour chacune des formations politiques. Nous déciderons à ce moment-là ». Ligne partagée par Marie-Pierre Vieu qui préconise pour sa part d’étudier chaque situation : « on ne peut pas dire aujourd’hui tout ou rien. Ça dépendra des bilans des collectivités. Il y aura sans doute des listes autonomes dans certaines collectivités. Mais partout où ça sera possible, il faudra nous rassembler ».

A Paris, où la situation sera particulièrement observée, Ian Brossat, le chef de file du groupe PC/PG au Conseil de Paris n’entend pas, dans l’immédiat, définir une stratégie pour les municipales de 2014. Il veut croire que l’impopularité croissante des socialistes va contribuer à changer la donne. « D’ici à 2014, le gouvernement devra regarder sur sa gauche » s’avance-t-il. « L’austérité menée au niveau national a nécessairement des conséquences à l’échelle territoriale ». Et de conclure : « on ne pourra pas séparer l’ambiance nationale et locale ». Les socialistes parisiens sont prévenus. Et en attendant, il invite les militants à réfléchir aux contenus des programmes.

Avant les élections municipales, les socialistes devront s’accommoder d’une gauche critique qui devra dans le même temps « tout mettre en œuvre pour s’affirmer comme une alternative politique crédible et résolument de gauche » insiste Marie-Pierre Vieu. Les socialistes pourraient aussi faire les frais de divisions au sein de la majorité. Les écologistes s’agacent et s’interrogent sur leur participation au gouvernement, au point que le Président de la République lui-même n’exclue pas un départ prochain de certains ministres Verts. Le risque d’une crise politique à gauche n’est donc pas à écarter. Mais l’isolement du PS pourrait avoir des conséquences graves sur les premières échéances électorales du gouvernement. Alors il ne tient qu’au PS et à la majorité gouvernementale de changer de cap. Et d’orienter sa boussole sur sa gauche.

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