Accueil > monde | Par Emmanuel Riondé | 2 janvier 2010

Gaza, des marcheurs très bordés

Un peu moins d’une centaine de marcheurs ont finalement pu entrer dans la bande de Gaza, le 30 décembre. Mais tous les autres militants internationaux - ils étaient environ 1400 - de la « marche pour la liberté » ont été contraints par les autorités égyptiennes de rester au Caire.

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Ils sont passés. Ou du moins 84 d’entre eux qui le 30 décembre sont entrés dans la bande de Gaza par la ville de Rafah, frontalière avec l’Egypte. Pourtant, ce passage n’a pas constitué, loin s’en faut, la conclusion espérée de la « marche pour la liberté de Gaza ». Une marche initiée par des organisations (notamment américaines) internationales de solidarité pour « briser le blocus » infligé au territoire depuis l’été 2007 et manifester du soutien à sa population, un an après l’opération « Plomb durçi ». Car en fait de marche, les quelques 1400 militants internationaux présents au Caire ont surtout dû cheminer dans la gestion tortueuse de leur dossier par les autorités égyptiennes. Face à une initiative à multiples facettes (en plus de la marche, un convoi humanitaire de 250 véhicules venus d’Europe : Viva Palestina - tentait encore samedi 2 janvier d’entrer à Gaza par le port égyptien d’El Arish), le pouvoir a en effet soufflé le chaud et le froid.

Après avoir donné un accord de principe, en novembre, à l’organisation de la marche tout en se faisant communiquer l’identité de l’ensemble des volontaires, les autorités égyptiennes font savoir, à quelques jours du départ, qu’elle ne pourra pas se tenir pour cause de « tensions à la frontière » . Début des négociations pour les militants internationaux cantonnés au Caire où ils sollicitent, notamment les français, l’intervention de leurs ambassades respectives. Face aux rassemblements et manifestations de ces trublions venus du monde entier, la police égyptienne contrôle, borde et n’hésite pas à jouer de la matraque, les témoignages et vidéos circulant dans les réseaux en attestent.

Le 30 décembre, un accord est cependant trouvé, par la grâce de l’épouse du président Moubarak, autorisant l’entrée de 100 manifestants à Gaza. Au sein du mouvement, les options stratégiques face à cette offre divergent. Deux responsables d’organisations palestiniennes, Haidar Eid et Omar Barghouti, se fendent d’un communiqué invitant les marcheurs à refuser « ce compromis trop lourd, trop créateur de divisions (...) »

De fait, avec cet accord restrictif, obtenu par des voies détournées et après d’âpres discussions, l’Egypte semble avoir voulu établir - et faire entériner par le mouvement de solidarité lui-même - une césure entre « bons » et « mauvais » soutiens à la Palestine. Les bons étant ceux qui se contenteraient de porter de l’aide humanitaire à la population...

Malgré tout, un peu plus de 80 militants sont bien entrés à Gaza par Rafah le 30 décembre. Le lendemain et les jours suivants, très encadré par les hommes du Hamas qui contrôlent le territoire, ils ont évolué dans un environnement « délabré et plus pauvre que je ne l’imaginais » selon une manifestante marseillaise qui faisait partie du groupe. Ils ont pu rencontrer des partenaires palestiniens et se rendre notamment dans les camps de Beit Hanoun et de Khan Younis. Fait notable, parmi eux se trouvaient des militants israéliens, religieux ultra-orthodoxes et antisionistes.

Pendant ce temps, au Caire, les militants contraints de rester dans la capitale égyptienne ont tenté jusqu’au bout de témoigner de leur soutien aux gazaouis lors de manifestations très surveillées par le pouvoir. Un pouvoir qui a récemment mis en oeuvre la construction d’une barrière d’acier sur sa frontière avec la bande de Gaza pour en finir avec la circulation et le trafic qui s’y effectuent quotidiennement à travers les tunnels.

Des militants pacifistes entravés, un mur pour couper les quelques veines d’irrigation d’un territoire déjà asphyxié... Pas de doute, le vieillissant Hosni Moubarak reste bien le principal allié des Etats-Unis et d’Israël dans la région. E.R.

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