Accueil > actu | Par Emmanuelle Cosse | 1er octobre 2007

Grenelle de l’environnement : les Verts asphyxiés par la droite

Jamais la prise de conscience des questions environnementales n’a semblé aussi forte en France. Pourtant, les Verts connaissent une forte désaffection et se retrouvent muselés par Nicolas Sarkozy qui, pour le moment, impose son agenda écologiste.

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Avec la création d’un ministère de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement durables placé en haut de la hiérarchie gouvernementale et l’organisation d’un « Grenelle de l’environnement » qui devrait déboucher d’ici fin octobre sur une « feuille de route » en la matière (lire encadré), jamais un gouvernement de droite : ni de gauche d’ailleurs : n’avait fait autant pour l’environnement. La méthode Sarkozy est désormais connue : peu importe le contenu défendu tant que la forme laisse croire qu’on soutient telle idée. Et si on ne prête guère à Jean-Louis Borloo, et avant lui à Alain Juppé, une expertise et une capacité à imposer des mesures drastiques pour stopper les dérèglements climatiques, il faut bien admettre que la stratégie fut la bonne : la droite a repris aux Verts un leadership en matière environnementale alors même que sa légitimité en matière d’écologie est plus que suspecte.

EN ORDRE DISPERSÉ

Cela a commencé en décembre avec le coup de Nicolas Hulot, quand celui-ci exige des candidats à la présidentielle de signer son « pacte écologique ». Alors même que les Verts ont développé un programme politique bien plus ambitieux que le médiatique Hulot, Dominique Voynet se voit acculée à défendre son pré carré. On l’interroge même sur un éventuel effacement au profit de Hulot, comme si le clivage gauche-droite n’avait plus sa place dès qu’on parle d’écologie. Le reste de la campagne sera calamiteuse pour le parti écolo : difficulté à se faire entendre, difficulté à expliciter le programme, difficulté à trouver sa place parmi tous les autres candidats de la gauche. D’autant plus que les militants sont totalement désunis derrière leur candidate : certains soutiennent Bové, d’autres le PS, d’autres disparaissent le temps de la campagne... sans compter ceux qui rejoignent François Bayrou. Le résultat est sans appel pour Dominique Voynet : 1,57 %. Après les 5,25 % réalisés par Noël Mamère en 2002, certes dans un contexte différent, c’est la claque. Et cela ne s’est pas arrêté le 6 mai.
« Ce que fait Sarkozy actuellement, c’est ce que la gauche plurielle aurait dû faire il y a dix ans » , déclarait lors des journées d’été des Verts à Quimper, fin août, Pascal Husting, directeur exécutif de Greenpeace. Adversaire naturel des Verts, c’est pourtant Nicolas Sarkozy qui reprendra à son compte les propositions de Nicolas Hulot pour créer un grand ministère de l’Ecologie, ce qu’avait refusé de faire Lionel Jospin, alors premier ministre, en 1997. Cela est dur à avaler et laisse les Verts sans voix. « Nous étions tellement préoccupés par nos bilans et nos échecs répétés aux dernières échéances électorales que cela a permis à Sarkozy d’occuper le terrain pendant cinq mois, admet Véronique Dubarry, élue Verts à Paris. Mais il y a aussi un autre aspect non négligeable : c’est que les médias bouffent du Sarko et qu’il est très difficile de faire entendre une autre voix. Les deux sont liés. » Il faut donc attendre la fin de l’été pour que les écolos sortent enfin de leur mutisme. Réunis en conseil national les 7 et 8 septembre derniers, les Verts ont adopté une position d « exigence » face à « l’esbroufe » attendue de Nicolas Sarkozy, comme l’a déclaré Denis Baupin. Et puisque 25 membres des Verts participent finalement au Grenelle, un comité de suivi est créé au sein du parti. « Notre choix est d’être un pied dedans pour pousser des propositions audacieuses et un pied dehors parce qu’on sait qu’il s’agit d’abord d’une opération de com » , assure la secrétaire nationale, Cécile Duflot. « Je suis extrêmement dubitative quant aux réformes qui pourraient en découler, estime Véronique Dubarry. On n’a aucune assurance sur un moratoire sur les OGM, sur l’arrêt du nucléaire. Si des mesures efficaces et efficientes ne sont pas prises, il faudra en effet se retirer de ce processus. » Autre source de problèmes, et c’est peut-être la première, ce Grenelle se fait en l’absence de tout rapport de force véritable, en comparaison avec 1968. « Dans ce Grenelle de l’environnement, il y a de l’environnement mais 0 % de Grenelle, juge Michel Bourgain maire Verts de l’Ile-Saint-Denis (93) qui participe aux travaux. Le rapport de force n’existe ni dans la société, ni chez les Verts et c’est ce que nous aurions dû et devons contribuer à construire. » D’où son idée d’organiser un tour de France pour aller à la rencontre de la population pour recueillir expertises et revendications tandis que d’autres proposent la tenue d’un Grenelle alternatif.

ÉCOLOGIE POLITIQUE

Cécile Duflot a beau rappelé que « l’écologie politique est la seule idée neuve depuis la Seconde Guerre mondiale » , un constat s’impose : ce concept, qui différencie les Verts des mouvements environnementalistes, n’est pas compris. « Le problème, c’est qu’il faut encore savoir ce que c’est, l’écologie politique, et arriver à le transmettre, admet Véronique Dubarry. Avec son pacte, Hulot a tiré une balle dans le pied de l’écologie politique. Tout le monde se targue d’être environnementaliste, mais il n’y a que les Verts qui sont écolos. Prenons le débat sur les biocarburants. C’est une mesure environnementaliste mais pas écolo. Car cela ne prend pas en compte la limitation de l’usage de l’automobile ou le type d’agriculture mis en place pour produire ce carburant. Ce qui a progressé dans les consciences, c’est l’environnementalisme mais il n’y a pas encore de déclic pour avoir des changements globaux, qui relèvent, eux, de l’écologie politique. »

Immigration, logements, précarité, institutions, droits des minorités, les propositions des Verts ont dépassé depuis longtemps la question environnementale sans que cela se soit traduit par un succès électoral. Et c’est d’ailleurs par le biais strictement écologique que Sarkozy vient aujourd’hui camper sur leur terrain.

FIN D’UNE ILLUSION

A Quimper, Cécile Duflot a reconnu les échecs de son parti. « Nous n’avons pas su porter un projet apte à incarner l’espoir » , déclarait-elle devant les militants avant de fustiger l’incapacité du parti à construire une majorité avec le reste de la gauche. Mais prise en tenaille entre un PS qui a fait « une partie de sa campagne sur des valeurs de droite » et une gauche antilibérale qu’elle méprise, quelles perspectives la secrétaire générale dessine-

t-elle pour son parti ? « Il n’y aura pas de projet écologique sans écologie politique » , « nous devons être le laboratoire du changement » , « nous devons bâtir de solides relations avec les mouvement sociaux » , sont autant d’incantations souhaitables qu’il reste encore à traduire dans les faits. D’autant plus que les Verts ont vécu difficilement la période du référendum sur le TCE qui a divisé le parti et donné encore plus de poids aux guerres internes des tendances. « Le parti a vécu longtemps sur une grande illusion, celle d’une construction fédérale européenne, admet Sergio Coronado, ancien porte-parole des Verts. Cette illusion a pris fin avec le débat sur le TCE et le référendum. On a dû constater que les militants et les électeurs Verts ont voté en grande partie « non » au référendum et ce, non pas au nom de positions nationalistes ou souverainistes, mais bien en raison de la construction européenne qu’on leur proposait. La question, c’est en effet comment on résiste à cette mondialisation-là, à ce libéralisme-là. Et ce débat n’est toujours pas résolu ni chez les Verts, ni à gauche. » Le débat sur le TCE a mis au jour les difficultés pour le parti écolo à régler sa relation au libéralisme, pris dans l’étau socialo-communiste. Sans compter les mots peu amènes de Cécile Duflot pour la gauche antilibérale avec qui elle espère néanmoins se confronter : « cette gauche radicale qui se réfugie uniquement dans l’antilibéralisme pur et, à mon avis, sans avenir » , « cette gauche qui a renoncé à changer la société et qui n’est que dans l’adaptation et l’accompagnement » . Mais les difficultés des Verts tiennent aussi au bilan compliqué des années de gauche plurielle : cette expérience n’a pas permis aux écolos de réunir derrière leurs propositions leurs anciens partenaires. Pour preuve, la bataille larvée entre les Verts et les socialistes lors de la discussion du Plan climat à la mairie de Paris ou l’incompréhension du PCF sur le programme de sortie du nucléaire. L’écologie politique et l’exigence de décroissance prônée aujourd’hui semblent désormais constituer la ligne d’achoppement avec le reste de la gauche.

Campagne d’adhésion, refonte des statuts et du fonctionnement du parti, explicitation du projet, le chantier des Verts est vaste et ardu, à quelques mois des élections municipales où le parti joue gros : dans de nombreuses municipalités, notamment à Paris, le parti écolo défendra des listes autonomes du PS et PCF. Le risque de marginalisation est grand mais le divorce avec les socialistes pourrait aussi être payant. Reste à savoir comment la gauche se tiendra.

E.C.

Paru dans Regards n°44

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