Accueil > Société | Par Dorothée Thiénot | 1er novembre 2005

Grippe aviaire - entretien avec Armelle Debru

« La chasse aux boucs émissaires est systématique** **face à une pandémie »

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Que savait-on jusqu’au XXe siècle des pandémies ?

Armelle Debru. Hippocrate disait : « lorsque la contagion arrive, il faut fuir ou respirer le moins possible ». Autrement dit, il prônait la fuite ou l’enfermement. Jusqu’à Pasteur, on ignorait les modes de propagation d’une maladie. La notion de contagion n’existait pas. Les gens pensaient que l’air était vicié. On procédait donc à des « purifications » de l’air, avec des encens, fumigations... Les bergers ont les premiers constaté le phénomène de contagion, en observant leurs troupeaux : une brebis malade devait être isolée pour protéger les autres. De manière empirique, ils ont initié la notion d’isolement.

Quelles mesures ont été prises par les différents gouvernements ?

Armelle Debru. Durant l’Antiquité, les mesures consistaient à ne rien faire. La première mesure de quarantaine organisée par les pouvoirs est apparue à Dubrovnik, au XIVe siècle. Pour limiter la propagation de la peste, les autorités municipales ont ordonné la fermeture du port. Durant la peste de 1720, malgré des mesures de quarantaine, Marseille a été gravement touchée. En Provence, un mur a été construit pour empêcher les gens de passer d’une région à l’autre. Durant l’épidémie de choléra de 1832, des groupes armés ont été déployés pour bloquer la circulation sur les routes. Les politiques ont longtemps nié la théorie de la contagion, pour permettre le maintien des échanges commerciaux. Les arguments économiques et politiques ont de tous temps été profondément imbriqués dans la gestion d’une pandémie. La collaboration internationale a été initiée par les scientifiques dès 1870, la grande époque de la bactériologie. Au début du XXe siècle, des congrès internationaux se sont mis en place pour lutter contre les maladies infectieuses, la tuberculose notamment, et la collaboration scientifique internationale s’est prolongée avec la création de l’OMS en 1946.

Comment réagissaient les populations face aux restrictions imposées par les épidémies ?

Armelle Debru. La révolte des chiffonniers parisiens de 1830 est un exemple célèbre : ils se sont insurgés lorsque le gouvernement a, dans une tentative d’assainissement de la ville, interdit les tas de chiffons et d’ordures grâce auxquels ces gens vivaient. Assassinats d’employés administratifs, barricades... Il faut penser à ceux qui perdent leur emploi ou leur ressource, ce sont des choses à anticiper. Outre les révoltes, les rumeurs, les accusations infondées, la chasse aux boucs émissaires sont systématiques face à une pandémie. La peur donne lieu à des comportements irrationnels, liés à l’ignorance des voies de transmission. n

/*Armelle Debru enseigne l’histoire de la médecine à l’université René-Descartes à Paris et fait le point sur les pandémies passées./

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