Accueil > Société | Par Rémi Douat | 1er novembre 2005

Grippe aviaire - Qui fabrique les médicaments ?

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L’antiviral Tamiflu était presque abandonné en 2003 par son fabricant, le laboratoire suisse Roche. Or, depuis janvier dernier, l’industriel de la pharmacie a vendu pour 553 millions euros de cette molécule. Une aubaine commerciale que le labo doit à la grippe aviaire. Rare médicament efficace pour réduire la gravité de la pandémie annoncée, le Tamiflu est aujourd’hui au cœur d’enjeux économiques majeurs. Les pays riches se l’arrachent : + 263 % de vente en neuf mois. Avec près de 15 millions de doses commandées à 24,91 euros, c’est plus de 350 millions d’euros que la France s’apprête à verser au laboratoire suisse Roche.

Courant octobre, malgré une position d’abord très ferme, Roche décide d’abandonner l’exclusivité de son antiviral. Devenue soudainement altruiste, la multinationale du médicament ? Même si la puissante industrie pharmaceutique tient à ses brevets : soutenue par les Etats-Unis et l’Union européenne, qui tiennent à la préservation des brevets : elle consent à agir en industrie « responsable », selon les termes de l’OMS. Ce revirement peut s’expliquer. Plusieurs pays ont fait connaître leur intention de fabriquer des génériques de la molécule. Mi- octobre, le laboratoire indien Cipla annonçait son projet de commercialiser un équivalent du Tamiflu, malgré le brevet qui le protège jusqu’en 2016. Dans un second temps, aux Etats-Unis, le sénateur démocrate Charles Schumer déclarait vouloir faire pression pour que Roche octroie des licences de fabrication à des laboratoires américains. Enfin, la décision du laboratoire suisse s’explique aussi à la lumière des incertitudes à venir. La responsabilité d’un laboratoire qui aurait refusé de renoncer à son monopole serait trop engagée si le médicament venait à manquer ou à ne pas remplir ses objectifs, ce qui, selon une récente étude de la revue de référence Nature, est plus que probable. Les pays du Nord, en cas d’épidémie, manqueraient de doses. Les Etats-Unis, par exemple, disposent aujourd’hui de 2 % des traitements nécessaires. On remarquera que le partage des brevets est posé plus vite quand les pays du Nord craignent la pénurie.

Mais ce qui est aujourd’hui demandé par des pays du Sud ou des associations comme Act-up, ce n’est pas seulement le partage du brevet sous contrôle de Roche, mais l’abandon du brevet. Les antirétroviraux contre le sida, qui ravage les pays du Sud, n’ont bénéficié de cet avantage qu’au bout d’une lutte de plusieurs années et d’un procès gagné. Reste la question de la fabrication même du médicament. Doit-elle être assurée par les labos privés ou directement sous contrôle public ? La question se pose quand les sommes et les enjeux sont de ce niveau.

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