Accueil > monde | Entretien par Emmanuel Riondé | 10 janvier 2012

Guantanamo, dix ans et toutes ses dents

Le 11 janvier 2002, les premiers prisonniers
de la « guerre contre le terrorisme »
étaient transférés à Guantanamo. Dix ans
plus tard, Amnesty International organise
une série d’événements pour demander
la fermeture de cette prison de non-droit.
Trois questions à Nathalie Berger, responsable
de la coordination États-Unis.

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Regards.fr : Combien reste-t-il de prisonniers aujourd’hui à Guantanamo et qui sont-ils ?

Nathalie Berger : À notre connaissance, 171 personnes sont aujourd’hui
détenues à Guantanamo, majoritairement
des Yéménites. Parmi eux, 48 ont été déclarés
comme non jugeables et non libérables
et sont donc censés demeurer en détention
toute leur existence. Et 36 doivent être traduits
devant des commissions militaires, en sachant
que, même si le jugement de ces commissions
est en leur faveur, l’administration Obama se
réserve le droit de les conserver en détention.

Regards.fr : Barack Obama avait fait de la fermeture de
Guantanamo une promesse emblématique
de sa campagne en 2008. Pourquoi ne l’a-t-il
pas honorée ?

Nathalie Berger : Guantanamo est une zone de non-droit. Les détenus
qui y ont été transférés sont des « ennemis
combattants », un terme inventé de toutes
pièces pour arrêter n’importe quelle personne
suspectée de terrorisme. Et il y a eu de la torture
dans ce lieu. Les conditions de détention et les
méthodes utilisées étant illégales, les Cours ne
pourraient donc retenir aucune charge contre
les détenus. C’est un serpent qui se mord la
queue… Par ailleurs, le Congrès a voté contre
cette fermeture, parce qu’il refusait le plan de
financement d’Obama mais aussi par crainte de
voir ces « terroristes » venir sur le territoire des
États-Unis. Car la possibilité de les transférer
dans l’Illinois a été envisagée. Mais cela n’aurait
été qu’un simple changement de code postal :
les conditions de détention prévues étaient les
mêmes qu’à Guantanamo.

Regards.fr : La fermeture de Guantanamo, est-ce
suffisant ?

Nathalie Berger : Non. Nous demandons la suppression du régime
des commissions militaires, qui est illégal.
Quant aux personnes qui y sont détenues, si
elles ont commis des crimes, elles doivent être
jugées et avoir des procès équitables ; et si elles
n’ont rien fait, être libérées et obtenir des réparations
pour les mauvais traitements subis. Nous
demandons aussi que les enquêtes menées
sur les programmes de détention secrets de la
CIA aillent à leur terme et que les responsables
soient traduits en justice. Nous allons utiliser
cette date du 11 janvier pour mobiliser et sensibiliser
 : Guantanamo, ce n’est pas fini.

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