Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er octobre 2007

Guy Môquet préfère peut-être le judo

Franchement on croit rêver.

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On a presque envie de se frotter les yeux à s’en faire exploser les globes oculaires. Que Nicolas Sarkozy réquisitionne Guy Môquet, passe encore. Mais que l’on fasse lire sa lettre avant un match de rugby, en en vantant les valeurs patriotiques, le courage, enfin bref le sens du sacrifice « les valeurs nationales » si l’on en croit Ibanez), comment oublier de rire jaune. Et puis au final une défaite contre des Argentins qui n’ont pas eu la politesse de s’incliner devant le rouleau compresseur tricolore (aucune éducation, à se demander si leur entraîneur ne leur avait pas récité du Che Guevara toute la journée), qui plus est à domicile, au Stade de France. Le patriotisme sportif a un seul défaut, il fonctionne mieux quand on gagne. Qu’a donc proclamé Raymond Domenech avant la défaite devant les Ecossais, l’Appel du

18 juin ? Et les basketteurs qui ont raté la qualification pour les JO de Pékin, ils n’ont pas digéré le « J’accuse » de Zola ? Bien sûr, après, le plus terrible reste ce déferlement de prises de position, de tribunes dans la presse, cette intelligence gâchée à disserter sur ce qui n’était qu’une pantalonnade de plus au royaume du vide sportif. Car, que le sport ait toujours eu affaire avec le patriotisme, et surtout le chauvinisme, c’est-à-dire avec l’instinct et avec l’émotionnel, il suffit d’ouvrir n’importe quel livre d’histoire pour s’en rendre compte. Et de ce point de vue au moins la Coupe du monde de rugby démontre que le commentateur sportif moyen de l’ovale n’est pas franchement plus brillant que son collègue du foot ou de l’athlétisme. La même capacité à croire au destin invincible de l’équipe nationale, y compris quand la réalité du jeu et du terrain prouve le contraire. Mais contre qui le XV de France allait-il donc devoir résister au point de mobiliser les heures les plus terribles de notre histoire ? Où était la menace contre notre pays que le rugby, ce sport si « français » « à l’accent » devait conjurer ? Devions-nous faire passer des tests ADN pour savoir si nos adversaires n’ont pas un sans-papiers dans leur famille ?

Nous avons toujours défendu dans ces colonnes l’idée que le sport constituait une affaire sérieuse qui mérite débat, polémique, conviction. C’est parfois difficile de s’y tenir quand tant de personnes réduisent l’affaire en vidéo-gag pour zapping. La vraie résistance ne serait-elle pas de voir un joueur s’éclipser de cette comédie ? La vraie résistance ne consisterait-elle pas à ce que le rugby français se rappelle un peu mieux ses compromissions avec le rugby sud-africain au temps de l’Apartheid ou bien, pour coller au sujet, que les dirigeants de la FFR allèrent manger à la soupe de Vichy en en profitant pour spolier leurs frères ennemis du rugby à treize ?

Non, bien sûr, Guy Môquet n’est pas responsable du ratage de ce match d’ouverture. Simplement, parfois, il faut juste savoir dans quelle catégorie on boxe. Et l’Histoire ne s’écrit pas avec un grand H pour aider TF1 à battre des scores d’audience.

N.K.

article paru dans Regards n°44

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