Accueil > Société | Par Valérie Auribault | 13 janvier 2012

Handicap, la galère au quotidien

Dérogations, manque de volonté politique… La loi Handicap
du 11 février 2005 qui imposait le principe de l’accessibilité
universelle dans les lieux publics est toujours mal appliquée.
Marc Labbaye, handicapé et salarié de l’Adapt, témoigne.

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Flam est son « compagnon de vue »,
comme se plaît à le dire Marc Labbaye,
aveugle de naissance, à propos
de son chien, obtenu «  grâce
à l’association Mira Europe car
l’État ne prend pas en charge ce type d’aide,
qui permet pourtant d’être autonome
 ». Or
l’autonomie permet de vivre dignement comme
n’importe quel citoyen. Une exigence des personnes
handicapées qui rime avec accessibilité
et à laquelle l’État français a toujours tardé à
répondre, malgré l’existence de la loi Handicap
du 11 février 2005. Cette loi précise l’obligation
d’accessibilité de tous les espaces de vie pour
tous les handicaps : visuels, auditifs, difficultés
intellectuelles, cognitives et motrices. Comme
bon nombre de personnes handicapées et d’associations,
Marc Labbaye, employé à l’Association
pour l’insertion sociale et professionnelle
des personnes handicapées (Adapt), ne peut
que constater le fossé entre l’espoir né de la loi
et la réalité.

Pourtant, c’est un privilégié. Alors que chaque
année 15 000 enfants se retrouvent sans établissement
scolaire, lui a eu la possibilité de fréquenter
une école spécialisée avant d’intégrer
un lycée classique et d’y obtenir un bac économie
et social. Une exception, dans l’univers du
handicap, puisque 80 % de la population des
personnes handicapées ont un niveau inférieur
au baccalauréat. De la faculté de droit de Besançon
où il décrochera son Master, Marc se souvient
 : « La fac, c’est la lanterne rouge en matière
de dispositifs pour les handicaps.
 » Tout au long
de son parcours personnel et professionnel,
ce jeune homme de 33 ans a été le témoin du
manque d’autonomie des personnes handicapées,
faute de volonté politique. La loi Handicap
de 2005 a cependant frappé un grand coup sur
la table. « Cette loi prône l’égalité des chances,
poursuit Marc. À la lecture des textes, nous pouvions
espérer un réel engagement de l’État. La
loi est ambitieuse et clame l’universalité.
 » Les
sanctions pour non-respect des dispositions ont
été renforcées : 45 000 euros d’amende, portée
en cas de récidive à 75 000 euros€ et six mois
d’emprisonnement. Au 1er janvier 2015, tous
les espaces publics devront être accessibles.
Mission impossible.

Stratégies d’évitement

Si elle affiche des objectifs ambitieux, la loi de
2005 offre aussi des possibilités de s’y soustraire.
Des dérogations peuvent en effet être
accordées en cas d’impossibilité technique,
pour des motifs liés à la conservation du patrimoine
architectural ou en cas de disproportion
manifeste entre les améliorations apportées et
leurs conséquences pour des bâtiments existants.
À Paris, où la préfecture de police étudie au cas par cas les demandes de dérogations,
86 % d’entre elles sont accordées. « Depuis
la loi de 1975, les engagements reculent et
ne sont jamais tenus
 », estime Marc. Une accusation
dont Marie Prost-Coletta, déléguée
ministérielle à l’accessibilité, se défend : « Pour
le public concerné, les choses ne vont jamais
assez vite. C’est compréhensible. Pour autant,
le respect de l’application de la loi de 2005
rencontre un soutien au plus haut niveau de
l’État
 ». Marc rappelle alors les effets d’annonce
du Plan déficients visuels 2008-2011 orchestré
conjointement par le chanteur Gilbert Montagné
et Xavier Bertrand, alors ministre en charge du
Handicap. « Des réunions de pilotage étaient
prévues chaque année. Elles n’ont jamais eu
lieu
, dénonce-t-il. Certes, il y a eu la crise, mais
nous constatons surtout la volonté de ne rien
faire et de se reposer sur les associations.
 » Ce
que confirment les propositions de modification
des sénateurs UMP Eric Doligé et Paul Blanc.
En juin 2011, la proposition de loi d’Eric Doligé
prévoyait d’assouplir les obligations d’accessibilités
aux collectivités locales. Quant à la loi Paul
Blanc, adoptée par le Parlement en juillet 2011
avant d’être déclarée contraire à la Constitution,
elle réclamait des dérogations pour le bâti neuf.
Alors que la France subit une hausse de 13 %
du taux de chômage, Marc dénonce le manque
d’accessibilité numérique du site de Pôle Emploi
pour les non-voyants ainsi que des autres sites
de l’État. Idem pour les transports en commun.
« En cas de correspondance, nous devons
prévenir 30 minutes à l’avance sous peine de
devoir nous débrouiller seuls
 », s’insurge Marc,
en soulignant par ailleurs que cette loi améliore
aussi le quotidien des valides : les rampes pour
les fauteuils roulants facilitent l’accès pour les
poussettes et les valises, les stations annoncées
par haut-parleurs dans le métro bénéficient aussi
aux personnes distraites… « Refuser le handicap,
c’est mal s’occuper de la société dans son
ensemble
 », affirme-t-il. Dans le contexte d’une
population vieillissante, le handicap concerne
davantage de Français qu’on ne le pense. Pour
Marc, cette séparation de la société en catégories
n’a pas d’autre ambition que de « diviser
pour mieux régner
 ».

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Vos réactions

  • La galère Elle n est pas que matérielle !
    j ai voulu pour me faciliter la vie faire mes achats dans un drive
    surprise quand j ai vu que ma carte banquaire a étée refusee.( pour la somme de 120euros ete produits alimentaires)
    Pourtant mon compte ete alimante et je ne me sert que très rarement de ma carte.
    serais ce parce que je bénéficie de L AAH et que mes dépensent sont contrôlées ?

    Fauteuil Le 7 juillet 2015 à 23:37
  •  
  • Pour ceux qui ont une invalidité a 80/ et plus ne faites pas comme moi ne tombez pas dans le piège !
    il existe une AAH différentielle depuis peu.
    seulement voilà pour éviter d en bénéficier on vous impose plus ou moins l allocation de solidarité (celle où vous ne pouvez plus disposer de vos biens...ou du peu qu il vous reste )
    et pour sortir de cette galère ..c est le parcours du combattant.

    Fauteuil Le 7 juillet 2015 à 23:47
  •  
  • Il est sympa votre cite on arrive a s exprimer !

    Fauteuil Le 8 juillet 2015 à 00:05
  •  
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