Accueil > Culture | Par Marion Rousset | 1er mars 2008

Hip-hop les danseurs du défi

Le corps, le sol, l’espace, le public : c’est de cette fusion que le génie hip-hop est né et qu’il renaît, à chaque fois, dans la rue ou sur scène. Du Bronx aux trottoirs de Paris il cumule déracinement, énergie et rage de vivre.

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« N’oublions pas que notre culture, notre pratique, ce qui nous constitue en tant qu’artistes, vient de notre déracinement ou de celui de nos parents. » Philippe Mourrat, le directeur des Rencontres de la Villette, a retenu ce propos tenu par un chorégraphe hip-hop lors d’un débat auquel il assistait récemment. Il définissait ainsi la breakdance comme une façon de se construire sa propre identité, entre ce déracinement culturel et une société d’accueil qui remplit mal sa fonction.

Cette danse, née dans le Bronx dans les années 1970, arrive en France dix ans plus tard sous l’impulsion de jeunes, pour beaucoup issus de l’immigration. « Les expériences artistiques que nous présentons dans le cadre du festival se nourrissent d’une réalité sociale souvent contrainte. Celle-ci génère un imaginaire, une esthétique, un rapport au public, un type d’échanges et de générosité spécifiques » , analyse Philippe Mourrat. « La résistance, chez les danseurs de hip-hop, se traduit par un sens du collectif et engendre une façon de bouger, une gestuelle spécifique. » Ainsi, la notion de défi est fondatrice chez ces artistes. Le rapport au corps, au sol, à l’espace et au public est constitutif de leur vécu.

Quand ils débutent sur le terrain vague au pied du métro La Chapelle, à Paris, l’ambiance n’était pas à la séparation entre la salle et la scène. La foule formait un cercle autour du danseur. Et même si le plus virtuose était la vedette désignée, chacun pouvait prendre cette place. Ils revendiquent ensuite de passer sur scène mais la relation qu’ils entretiennent avec leur public reste marquée par ces origines. Philippe Mourrat le raconte bien : « J’ai participé à un jury de jeunes compagnies au théâtre de Cachan dans une salle bondée. Les artistes, aussitôt sortis des loges, reviennent dans la salle composée d’une bonne partie de gens qui pratiquent cette danse. Il y a quelque chose d’un peu fusionnel entre eux. En Occident, aujourd’hui, on va au spectacle un peu comme à l’église. Avant le noir, on chuchote, après, c’est le silence. La messe va commencer. Pour eux, c’est l’inverse. Quand le noir se fait, la fête, le partage, peuvent commencer. Toute la salle hurle de joie. » Des codes qui rappellent le côté débridé du théâtre populaire en Italie. Contre l’idée d’une forme noble, Florence Dupont, dans Aristote ou le vampire du théâtre occidental, appelle de ses vœux le retour au spectacle vivant, à la performance, à un art festif qui laisse la place à des interactions entre l’artiste et son public. M.R

Paru dans Regards n°49, mars 2008

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