Accueil > Résistances | Par Jon Elizalde | 10 octobre 2011

Indignés, syndiquez-vous ?

Espagne, Grèce, Portugal, Israël… Les Indignés se soulèvent
pour réclamer plus de démocratie et faire front face à l’austérité.
Pourquoi ce mouvement n’a-t-il pas pris en France ? Quelles sont les
relations entre ces jeunes en colère et les syndicats ? Décryptage.

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Le mouvement des
Indignés n’a pas
eu la même ampleur
en France
qu’en Espagne
ou en Grèce, loin s’en faut.
Pour quelles raisons ? Annick
Coupé, porte-parole de Solidaires,
estime que chez nous,
« les forces sociales n’ont pas
abdiqué, les syndicats sont
encore dans la lutte et gardent
une capacité à mobiliser les
jeunes, bien que ceux-ci soient
peu syndiqués, alors qu’en
Espagne, le passage à un syndicalisme
d’accompagnement
a ouvert un espace
 ». Le politologue
René Mouriaux renchérit :
« En Espagne, les syndicats de
gauche ont levé le pied sur la
défense du salariat. Le syndicalisme
apparaît alors comme un
partenaire du libéralisme économique
et politique et perd de
son attrait.
 » Pour Agnès Naton,
secrétaire confédérale de la
CGT, la faible mobilisation des
Indignés français « laisse penser,
qu’ici, le syndicalisme est
davantage crédible et plus légitime.
Les sondages montrent
que la côte de popularité de
la CGT auprès des jeunes est
très bonne
 ».

Vraiment ? Pour Yannick Montaulieu,
porte-parole des Indignés
de Bayonne, qui ont
campé six semaines en centre-ville
au printemps dernier pour
réclamer une « démocratie
directe et participative
 », « les
syndicats sont les bienvenus,
mais sans leur drapeau. Ils
ont une hiérarchie, on n’en
veut pas. Avec un drapeau, on
n’est plus indépendant
 ». Selon
Ophélie de Génération Précaire,
qui avait rejoint au mois
de mai les Indignés à Paris, « si
ça n’a pas pris en France, c’est
parce qu’on a voulu imiter ce
qui se passait au Portugal et en
Espagne, mais ce n’était pas
adapté. Pour exemple, occuper
une place et y rester, c’est
typiquement espagnol
 ». Et de
poursuivre : « Les syndicats ont
beau dire qu’ils veulent s’occuper
des jeunes, on attend
toujours. Quand vous êtes en
stage ou en intérim, vous êtes
hors du système et tout le
monde s’en fout
 ».

Ni droite ni gauche

Problème relevé par Ophélie :
« D’un côté, quand vous n’êtes
pas syndiqué, vous n’avez pas
voix au chapitre. De l’autre, il y
a eu des voix turbulentes, mais
qui n’ont pas fait de propositions
concrètes, de peur d’être
marquées politiquement
 ».
C’est le fameux « ni droite - ni
gauche », qui explique aussi la
distance entre les uns et les
autres : au-delà de la revendication,
légitime, d’une « démocratie
réelle », d’une organisation
horizontale, les Indignés ont
pâti du manque d’un discours
de fond et de revendications
communes et identifiées. Mais
« si les Indignés se disent ni
de droite ni de gauche
, note
judicieusement René Mouriaux, c’est parce que la gauche qui
est au pouvoir n’est pas la
gauche.
 »

Reste à comprendre d’où vient
le décalage des syndicats avec
les plus jeunes. Et comment le
réduire. « Les structures syndicales
sont encore trop calquées
sur le modèle de l’entreprise,
inadaptées aux stagiaires, aux
intérimaires, aux jeunes précaires,
etc. Tous les syndicats
y réfléchissent mais on est tous
en retard
 », reconnaît Annick
Coupé. Il s’agit de faire preuve
de « volontarisme » et de cibler
des secteurs prioritaires, qui ne
rapportent certes pas d’argent
aux syndicats, mais où il est
urgent de défendre les travailleurs,
comme dans la restauration
rapide.

Faire la jonction

« Les enquêtes montrent que,
pour attirer les jeunes, il faudrait
changer radicalement
notre mode de fonctionnement,
notamment dans la hiérarchie
,
poursuit Agnès Naton. Les
jeunes sont aujourd’hui plus
exigeants dans l’exercice démocratique,
ce qui est très intéressant.
 » Intéressant, certes.
Mais, rappelle la secrétaire
confédérale de la CGT, « le
syndicalisme a des statuts, des
règles de vie, indispensables
pour s’inscrire dans la durée…
Ce n’est pas l’auberge espagnole

 ». Et d’ajouter : « Il y a
une réflexion pour être présent
dans toutes les entreprises,
y compris les PME et l’artisanat,
où il y a plus de jeunes et
de précaires. La jeunesse est
une question centrale pour la
CGT.
 » Et vitale pour son renouvellement
 : un syndiqué sur
deux va partir à la retraite d’ici
dix ans…

Alors, un rapprochement des
luttes est-il possible ? Oui, répond-
on évidemment en choeur.
« C’est envisageable et même
souhaitable
, estime René
Mouriaux. Il y a une analogie
avec l’altermondialisme, qui a
d’abord été à l’extérieur avant
d’opérer progressivement un
rapprochement. Cela requiert
de la part des syndicats un travail
de présence, d’analyse et
de propositions. Mais la division
du mouvement syndical
français ne favorise pas une
telle jonction…
 »

Annick Coupé rêve de voir les
jeunes rejoindre une journée de
mobilisation comme celle du
11 octobre, tout en reconnaissant
que tout le monde n’est
pas prêt à inviter un représentant
des Indignés à la table des
négociations de la plate-forme
intersyndicale. « Pour l’instant,
les syndicats ont un peu peur
de ces mouvements, qui ne
fonctionnent pas de la même
façon.
 » Selon le chercheur
Jean-Marie Pernot, « c’est
par le nombre que les Indignés
s’inviteront à la table
 ».
Et Agnès Naton, à la CGT,
dit n’avoir « aucune objection »
à cela. « Si le mouvement
se structurait et que des représentants
étaient identifiés,
on pourrait lutter ensemble.
 »
Les belles intentions sont là.
D’ailleurs, « nous sommes favorables
à un mouvement social
représentatif des composantes
de la société en France, ce
qui n’est pas le cas aujourd’hui
 ». Et pour Ophélie, de
Génération Précaire, « un front
commun est possible, les prochaines
mobilisations vont peutêtre
créer quelque chose. Mais
il faut inventer un modèle…
et ça ne passe peut-être plus
par les merguez, même si
j’adore ça
 ».

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