Accueil > idées/culture | Par Rémi Douat | 1er avril 2006

Internet Sarkozy Niet

Antisarko.net, D’Asterix à Sarkozy, Sarkozynews, Sarkophage, Sarkosident2007, Sarkozypresident2007, WUMP ou encore Sarkostique. L’anti-Sarko s’organise. Les blogs, ces pages perso d’internautes, sont une nouvelle forme de lutte et une manière de prendre le pouls du politique.

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Sur le net, Nicolas Sarkozy a déjà perdu l’élection présidentielle » ! Les blogueurs anti-Sarko, ces écriveurs compulsifs du web, sont sûrs de leur coup. Le patron de l’UMP, supposé infaillible en communication, a, selon la blogosphère, commis une boulette grosse comme son ambition. Il n’aurait pas respecté les règles du web et cela pourrait lui coûter cher. En septembre dernier, en envoyant 800 000 mails invitant à participer à la préparation du projet 2007 de l’UMP, il a foulé aux pieds la très respectée « netiquette », l’éthique du net, qui condamne notamment le spamming. Ce marketing politique est vécu comme une déclaration de guerre. Peu après, Yves Jego, député proche du ministre de l’Intérieur, défendait l’initiative sur son blog : « Un parti politique moderne et populaire ne peut être absent de ce formidable média qu’est Internet. La toile est un accélérateur de démocratie et de liberté. Méfions-nous de ceux qui chercheraient à y restreindre la liberté d’expression ! » Dans la presse, quelques papiers tout juste taquins condamnent le procédé, mais le fautif en ressort sans égratignures. Les blogueurs réagiront tout autrement. Sites perso et forums s’en prennent à ces méthodes de « délinquant » du web. C’est le cas de sarkopresident2007.com. Sous la forme d’un pastiche du site de l’UMP, le blog s’adresse d’abord aux victimes de ces méthodes intrusives. Une pétition en ligne est lancée, signée par quelque centaines d’internautes furax. « C’était une réponse à une véritable agression, raconte l’un des deux auteurs, connaisseur de la blogosphère, militant de la netiquette et accessoirement assistant parlementaire d’un socialiste. Les spams de l’UMP posent la question du no man’s land juridique dans lequel nous sommes. Internet ouvre autant d’horizons qu’il pose de questions : la politique peut-elle utiliser les mêmes outils que les vendeurs de viagra ou de vibromasseurs ? Comment comptabiliser le temps de parole en période de campagne ? »

Le google « bombing »

Arnaud Dassier, patron de l’agence L’Enchanteur des nouveaux médias et architecte du plan de com’ de l’UMP sur Internet, n’a aucun doute sur ces questions. Il n’a pas souhaité répondre à Regards mais ce Séguéla trentenaire déclarait sur un blog politique, c’est décidément là que ça se passe, qu’il mettrait « tous les outils réellement interactifs : sans aucune exception : qui permettront à un maximum de Français de s’impliquer dans la vie de l’UMP ». Il est à l’origine de la campagne massive d’achat de mots-clés du parti de la majorité. Le système publicitaire de Google permet de publier des annonces ciblées en fonction des recherches de l’internaute. Le parti a ainsi acheté un nombre important de mots affichant systématiquement le lien de l’UMP. Là encore, la méthode soulève l’indignation. En réponse, des malins organisent un « Google bombing », technique visant à influencer le classement d’une page : il faut être très nombreux, mais ça marche. Désormais, la recherche « Nicolas Sarkozy » offre en quatrième réponse... Iznogoud, l’abject personnage de Goscinny obsédé par le pouvoir. Dans ce coup de force, les blogueurs ne sont pas loin.

Espace de contestation, de débat, de caricature... les sites se multiplient. Antisarko.net, D’Asterix à Sarkozy, Sarkozynews, Sarkophage, Sarkosident2007, Sarkozypresident2007 ou WUMP... ou encore l’omniprésent Sarkostique, qui occupe une place particulière dans la gentille petite guerre que se livrent les blogueurs. Ouvert en juin dernier, il comptabilise bientôt deux millions de pages vues, ce qui revient à 335 000 visiteurs. Consécration suprême, le site s’affiche en douzième position sur Google pour la requête « Nicolas Sarkozy », sur quelques millions de réponses (1). Les chances pour l’internaute en vadrouille de lire la prose de Sarkophage sont donc plutôt élevées. Au delà de la course de potaches, l’auteur se retrouve bel et bien avec un lectorat dont l’ampleur est en tout cas inattendue. Méfiant, il distille les informations au compte-gouttes et reste anonyme : entre 20 et 30 ans, il habite en province, dévore la presse mais ne lui fait guère confiance et a voté « non » au référendum constitutionnel. Ce dernier événement fut un déclic décisif : « Les médias ont massivement soutenu le « oui »et cela a renforcé la méfiance populaire vis-à-vis d’eux. J’ai regardé se creuser la distance entre l’opinion majoritaire et les journalistes et j’ai ressenti le besoin d’une information plus démocratique. » Pris au jeu du blog, il passe aujourd’hui une heure et demie par jour à alimenter le bébé mais surtout à modérer les commentaires des internautes qui tombent chaque jour par dizaines, signe de vigueur du site.

Julien Métifeux est président de l’association Réformiste et solidaire (RESO) (2) et responsable du blog antisarko. re-so. net. Avide de nouveaux modes de mobilisation, il a parié sur le blog, avec un axe principal : l’antisarkozisme. « A la manière de Move on, aux Etats-Unis, je pense qu’il faut s’orienter parfois vers des critiques ciblées, visant un individu, explique le militant. Dans cette perspective, les blogs peuvent jouer un rôle important. Ils ne coûtent rien et permettent de créer des dynamiques collectives en partant d’une logique individuelle, ce qui est innovant en politique. » Contrairement à la majorité des blogueurs antisarko qui s’identifient davantage à des satiristes francs-tireurs, Julien Métifeux y voit la possibilité d’asseoir une base militante et de créer une plate-forme de débat. Ces jeunes socialistes revendiquent 10 000 abonnés à la newsletter et presque.

2 000 connexions par jour.

Autre signe remarquable de l’intérêt que suscitent ces journaux politiques en ligne, l’identité des visiteurs. Grâce aux traces que laisse l’internaute (3), le blogueur peut savoir qui fréquente son site. Helder Pombo, 31 ans, auteur du blog Sarkonews, compte, preuve à l’appui, l’Elysée, Matignon et l’UMP parmi ses visiteurs... Pour lui aussi, « la propagande des médias pour le « oui »au référendum » fut décisive dans la création de son blog. Il affiche aussi une volonté de contrepoids, même ténu, contre le statut de « chouchou des médias » dont bénéficie le ministre de l’Intérieur.

Prescripteurs d’opinion

« Les blogs commencent effectivement à avoir une vraie légitimité, confirme l’auteur de sarkopresident2007.com, mais un blog seul n’a aucun intérêt. C’est l’interaction avec les autres qui est intéressante. Dès lors que votre blog possède une quinzaine d’abonnés influents, l’impact de votre prose est assurée. Surtout si vous avez des relais médiatiques. Les blogs n’ont de puissance que parce que les médias sont là. » Sarkophage partage en partie l’analyse : « Nous ne touchons que peu de monde comparé aux gros médias mais l’exemple d’Etienne Chouard (4) durant la campagne référendaire montre que nous pouvons avoir un rôle de prescripteur d’opinion. Nous avons d’autant plus une carte à jouer qu’il existe une véritable trouille de la part de la presse parisienne dès lors qu’il s’agit de parler en négatif de Sarko. » Selon le jeune blogueur, son travail est d’ailleurs « très suivi » à l’intérieur de l’UMP et circule dans la sphère parlementaire. « Ils sont forcément attentifs au phénomène, poursuit-il. Des centaines de blogs dissèquent le moindre propos de Sarko, ça pourrait finir par être dangereux. » « D’autant plus que sur Internet, tout reste, poursuit l’auteur de sarkopresident2007.com, les blogs constituent une somme d’informations importante. » Soit une gigantesque archive citoyenne veillant au grain... Mais quel crédit apporter à des informations écrites par des non-professionnels, peut-être non recoupées ou non vérifiées ? « Quel crédit apporter à un média comme Europe 1 qui demande conseil à Nicolas Sarkozy avant d’embaucher le journaliste qui sera censé le suivre ? », répond Sarkophage.

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