Accueil > monde | Par Michel Warschawski | 22 juillet 2011

Israël / Etats-Unis, un couple en crise

Washington et Tel-Aviv sont des alliés de longue date. Les divergences
de vues évidentes entre Barack Obama et Benyamin Nétanyahou
ne remettent pas fondamentalement ce lien en question. Mais pour
le journaliste Michel Warschawski, le temps est bien à l’orage.
Et cela ne devrait pas s’arranger si Obama est réélu en 2012…

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L’alliance qui lie
l’Etat d’Israël et
les Etats-Unis
d’Amérique n’est
pas conjoncturelle
mais stratégique. Elle
n’est ni une histoire d’amour
ni le produit d’une action efficace
de la part de lobbys divers,
mais bien le résultat d’un
double intérêt.

Pour Israël, le soutien étatsunien
est vital, moins d’un point
de vue économique que sécuritaire
et diplomatique ; sans
le parapluie américain, Israël
serait totalement isolé dans la
région et dans le monde, un
petit Etat confronté à un environnement
globalement hostile
et soumis aux aléas des intérêts
fluctuants des acteurs locaux
et internationaux. En échange,
l’Etat juif sert les intérêts régionaux
des Etats-Unis en contenant
– voire de temps à autre
en attaquant – les régimes et
les mouvements qui semblent
menacer les intérêts de l’Empire
au Proche-Orient.

Pourtant, et contrairement à
certains régimes d’Afrique ou
d’Amérique latine, l’Etat d’Israël
n’est pas une marionnette manipulée
par Washington : il s’agit
de deux alliés, un grand et un
petit, qui ont certes des intérêts
stratégiques communs, mais
aussi leurs objectifs propres.
Et parfois contradictoires.

Gels stratégiques

Quand les intérêts respectifs
des deux pays entrent en tension,
une crise peut se produire :
ça a été le cas, par exemple, en
1991, quand le gouvernement
Shamir a refusé de se plier à
la demande du président Bush
(senior) de geler la colonisation
en Cisjordanie et à Gaza.
Washington a immédiatement
gelé 13 milliards de dollars de
garanties bancaires, provoquant
ainsi la chute du gouvernement
Shamir, la victoire des travaillistes et l’ouverture des
négociations avec l’Organisation
de libération de la Palestine
(OLP). Alliance stratégique
ne signifie pas absence de divergences
et, comme dans un
couple, on ne fait pas toujours
l’économie de crises.

Ligne de front

Comme l’a montré la dernière
visite du premier ministre israélien
à Washington, entre
Barack Obama et Benyamin
Nétanyahou, ce n’est pas la
lune de miel. Ils ne partagent
pas la même vue du monde :
alors que le premier ministre
israélien est un des derniers
néoconservateurs à croire dur
comme fer à la nécessité d’une
guerre préventive et permanente
contre l’islam, Obama a
précisément été élu à cause du
fiasco qu’a signifié cette guerre
pour l’hégémonie américaine
vacillante et son mandat est de
mettre en oeuvre une stratégie
plus subtile et moins brutale,
en particulier sur cette ligne
de front que représente l’Asie
occidentale.

La Révolution arabe renforce
encore, aux yeux des stratèges
étatsuniens, le choix du
dialogue – bien exprimé dans
le discours du Caire du président
Obama – plutôt que celui
d’une guerre perdue d’avance.
Pour Obama et son administration,
Nétanyahou et son intransigeance
posent de plus en
plus problème. Pour Benyamin
Nétanyahou, le président américain
est un accident de parcours,
une parenthèse dont il
faut attendre qu’elle se referme.
C’est peu dire qu’ils ne s’apprécient
pas.

Cela signifie-t-il que Washington
va, comme il a su le faire
dans le passé, entreprendre
une partie de bras de fer avec
Tel-Aviv, pour obliger la classe
dirigeante israélienne à prendre
en considération les intérêts
stratégiques des Etats-Unis
sur un arrière-fond de printemps
arabe ? Pas tout de
suite. Le calendrier électoral
américain va donner un certain
répit au gouvernement israélien
d’extrême droite, répit qui sera
utilisé pour accélérer la colonisation
des territoires palestiniens
occupés.

Si, comme cela semble être
possible en l’état actuel des
choses, Barack Obama est
réélu l’an prochain, son second
mandat risque d’être douloureux
pour les dirigeants israéliens.
Au-delà des intérêts stratégiques
américains, l’équipe
d’Obama, y compris et peutêtre
surtout la secrétaire d’Etat
Hillary Clinton, ont des comptes
personnels à régler avec un allié
qui s’est plus conduit comme
un adversaire que comme un
ami, y compris des vexations
inutiles qui ne s’effaceront pas
facilement.

Prêts symboliques

Même dans les familles liées
par de solides intérêts, une
crise n’est jamais à exclure, et
à Washington on s’apprête à
demander le remboursement
d’une partie des prêts symboliques
– tels que le récent veto
au Conseil de sécurité et les
manoeuvres visant à repousser
le vote prochain à l’assemblée
générale des Nations Unies en
faveur de la reconnaissance de
l’Etat Palestinien.

En politique il n’y a pas de repas
gratuits, même entre alliés
stratégiques.

Michel Warschawski est
journaliste et co-fondateur
du Centre d’information
alternative
(AIC) de Jérusalem,
mouvement pacifiste et anti-colonialiste israélien.

Il vient de publier
Au pied du mur. De notre
correspondant à Jérusalem

(éd. Syllepse, 2011).

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