Accueil > monde | Par Marion Rousset | 1er avril 2006

Italie. Le réveil des intellos

Intellectuels et artistes italiens seraient-ils en passe de se réveiller d’un long coma ? Cinéma, télé, écriture, la fiction s’engage.

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Tout commence en septembre dernier avec la sortie, dans la Péninsule, de Viva Zapatero. Le documentaire de Sabina Guzzanti tire à bout portant contre Berlusconi et ses fidèles. En ligne de mire, l’empire médiatique du Cavaliere. Toute sa verve d’humoriste, l’auteure de ce brûlot à la Michael Moore la met à démonter les rouages d’une censure médiatique qui gangrène le pays. Connue pour ses imitations féroces de personnalités politiques, elle a une revanche à prendre : son émission satirique qui devait passer sur la RAI 3, chaîne publique, a été interdite juste après la diffusion de la première. Le film a attiré près de 400 000 spectateurs en deux mois.

Depuis, les charges contre le premier ministre s’accumulent. A l’automne, 64 % des téléspectateurs avaient les yeux rivés sur le show de Roberto Benigni, invité de l’émission culte d’Adriano Celantano « Rockpolitik » qui célébrait ce jour-là une grande « messe de liberté ». Dans son dernier film, Le tigre et la neige, qui se déroule en Irak pendant l’intervention américaine, le réalisateur de La vie est belle avait aussi pris position, discrètement cette fois. « C’est un film, je dois dire, qui est profondément contre la guerre. Et qui pourtant n’a rien d’idéologique. (...) Comme tous mes films, Le tigre sous la neige est une fable. Il n’y a pas de châteaux, de forêts, de rois, de princesses mais des guerres, des dictateurs, la mort, les chars, les mitraillettes », confiait le cinéaste à un quotidien régional français. Puis, ce fut au tour d’Umberto Eco de publier un recueil d’articles sur « l’ère Bush-Berlusconi » : son livre, intitulé A reculons, fustige « l’instauration d’une forme de pouvoir basée sur le populisme médiatique, tenu par une entreprise privée et tourné vers l’intérêt privé ».

Mais l’événement le plus attendu était sans doute la sortie du film de Nanni Moretti, Le Caïman. En salles depuis fin mars en Italie : soit quinze jours avant les élections législatives : il faudra attendre le 17 mai pour pouvoir voir en France cette fiction : l’histoire d’une réalisatrice qui a toutes les difficultés du monde à trouver un acteur disposé à jouer le rôle de Berlusconi. Le cinéaste revendique une filiation avec le Francesco Rosi de Main basse sur la ville. Il invoque le cinéma italien engagé : et non propagandiste : « Mon ambition n’est pas de réaliser un film destiné à faire changer d’avis les électeurs de Berlusconi, ni à rassurer un certain public de gauche par rapport à ses opinions. Personnellement, je n’aime pas les films de ce genre, ni en tant que réalisateur, ni comme spectateur. En revanche, j’espère que Le Caïman pourra susciter des interrogations. » Pour la première fois, il n’a pas demandé l’aide de la RAI pour produire son film.

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