Accueil > écologie | Par Marc Endeweld | 1er avril 2009

L’arnaque du capitalisme vert

Hausse du prix des matières premières, crise économique, évolutions technologiques, les capitalistes de tout poil et les multinationales parient désormais sur l’écologie pour relancer la machine. Petite revue de ces « solutions miracles ».

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PLUS D’ÉOLIENNES, PAS MOINS DE CO2 !

A elles seules, les éoliennes sont un symbole de pureté énergétique. C’est sûr, pour beaucoup de gens, une éolienne, c’est écolo ! Vues d’un TGV ou d’une autoroute, les citadins les trouvent généralement majestueuses. Les industriels du secteur appellent même leurs différentes installations des « fermes éoliennes ». Forcément, ça fait romantique. L’Etat soutient leur développement depuis plusieurs années : ainsi, bien que l’électricité produite par le vent soit actuellement parmi les plus coûteuses, sa rentabilité est assurée par une taxe prélevée sur les factures de tous les abonnés, qui permet son rachat à un tarif avantageux : 8,4 centimes le kilowattheure (kwh), contre un prix de marché de 5 centimes, le nucléaire revenant à 3,5 centimes. Pour les industriels de l’éolien, c’est donc une aubaine financière. Mais aussi pour les maires ruraux qui pouvaient espérer, avec l’installation de ces éoliennes sur leur commune, une augmentation conséquente de la taxe professionnelle... jusqu’à l’annonce de sa suppression. Il faut dire que dans le domaine des énergies renouvelables, la France est en retard. Et pour se rattraper, le gouvernement considère que l’éolien est sa meilleure chance de remplir les objectifs européens (soit 20 % d’énergie verte à l’horizon 2020). Ainsi, la France devra produire 13 gw (gigawatts) d’énergie d’origine éolienne d’ici à 2015, soit environ 7000 aérogénérateurs : dix fois plus qu’aujourd’hui. Si ce plan parvient à son terme, des milliers de machines de plus de 100 mètres de haut transformeront les paysages de nos campagnes. Sans compter les nuisances sonores pour les habitants des villages. Résultat, dans cette France rurale, le souffle de la contestation gronde. D’autant plus qu’une étude récente a montré que, dans les pays qui ont le plus misé sur le vent (l’Allemagne, avec plus de 18 000 megawatts, et l’Espagne avec plus de 10 000 mw), les émissions de gaz à effet de serre n’ont pas baissé, et ont même augmenté ! En fait, l’éolien n’a de sens que dans le cadre d’une politique globale de l’énergie visant à maîtriser la consommation d’électricité. Mais, en France, comme ailleurs, c’est le « toujours plus » qui prévaut.

CES PATRONS QUI S’ACHÈTENT UNE BONNE CONSCIENCE...

Cette année, le panneau publicitaire qui accueillait les participants au Forum économique mondial de Davos dans le hall de l’aéroport de Zurich donnait le ton : « Décollez pour le développement durable. » Et effectivement, lors de cette édition, l’environnement avait le vent en poupe, notamment chez les jeunes patrons : les « Young Global Leaders » ont ainsi organisé une conférence intitulée « comment concilier développement en Asie et respect de l’environnement », et ont mis en place une cellule de travail sur le changement climatique. Et cette année, ils ont invité Shai Agassi, un jeune patron américain qui a développé un nouveau concept de véhicule électrique. Mais il n’y a pas que ces jeunes capitalistes qui se prennent d’intérêt pour l’environnement : Daniel Tompkins, fondateur des marques de vêtement North Face et Esprit, s’est converti à la deep ecology, un courant d’écologie radicale selon lequel l’homme n’occupe qu’une place secondaire dans l’écosystème. Après avoir vendu sa propriété de luxe en Californie et sa collection d’art, ce milliardaire a vécu pendant un an au Chili dans une hutte, dans le dénuement le plus total, sans électricité, ni contact avec le monde civilisé ! Depuis, il a investi plus de 200 millions de dollars dans la création de parcs naturels au Chili et en Argentine, réunissant une superficie totale de près de 9 000 km2. Mais les patrons qui s’intéressent à l’écologie ne s’achètent pas uniquement une bonne conscience. Ils ont également flairé le bon filon, car les multinationales rachètent à tour de bras les sociétés spécialisées dans le business vert. En janvier, le conglomérat General Electric, première entreprise de la planète, a annoncé qu’il doublerait ses investissements dans le secteur des énergies renouvelables d’ici à 2010, pour qu’ils atteignent 6 milliards de dollars (4,4 milliards d’euros). Et selon le Programme des Nations unies pour l’environnement, les investissements et les fusions acquisitions du secteur de l’énergie propre ont totalisé 204,9 milliards de dollars en 2007. Bien sûr, ces investisseurs n’ont pas oublié que la couleur de la nature est celle du dollar...

TROUVAILLES MARKETING

Un marketing à la sauce verte, crise oblige. Dans le secteur automobile, les constructeurs rivalisent de trouvailles marketing pour « impulser l’acte d’achat », comme on dit dans les écoles de commerce. Et comme l’écologie est à la mode, de nombreuses campagnes de communication sont menées depuis quelques semaines pour « verdir » l’image des voitures vendues par les uns et les autres.

L’image seulement, car comme le soulignait Les Echos le 6 octobre, « le nerf de la guerre est largement aux mains des commerciaux (...) car la plupart des experts s’accordent sur un point : la suprématie des moteurs thermiques actuels, à essence ou moteur Diesel, ce n’est pas prêt d’être remis en cause par les nouveaux venus, hybrides compris » . D’autant que, même si les ingénieurs travaillent d’arrache-pied sur les voitures « vertes » dans tous les grands groupes automobiles, le temps de développement d’une voiture reste compris entre cinq et six ans. Alors, en attendant, les marques de luxe, comme BMW ou Mercedes, communiquent sur des options visant à économiser la consommation des voitures, et donc, à diminuer les rejets de CO2. Mais dans ce domaine, c’est PSA et Fiat, communiquant peu sur l’écologie, qui étaient l’an dernier les premiers de la classe (141 grammes en moyenne pour leur vente), suivis de Renault (146 grammes). Preuve qu’en matière d’environnement, la communication ne fait pas tout... On pourrait d’ailleurs arriver à la même conclusion à propos de McDonald’s. En début d’année, la chaîne de restauration rapide avait lancé une vaste campagne de communication dans la presse française. Les lecteurs apprenaient alors que McDo recyclait le carton, économisait l’eau, fabriquait ses fast-foods avec du bois provenant de forêts bien gérées ou encore transformait son huile de friture en carburant ! Beaux gestes en effet, mais largement insuffisants : car la firme américaine ne propose toujours pas à ses clients des produits bios, importe sa viande à 50 % de l’étranger, et ses tomates cerises ou ses jouets de Chine. Résultat : en trois ans, les émissions de gaz à effet de serre du groupe ont crû de 4 % !

LE SCANDALE DES AGROCARBURANTS

La vogue des énergies vertes dans les régions développées a un effet pervers : elle encourage la destruction des forêts tropicales. Des réserves d’orangs-outangs de Bornéo à la forêt amazonienne du Brésil, on rase les forêts vierges pour y faire pousser des palmes à huile et du soja servant de carburant pour les véhicules et les centrales électriques d’Europe et d’Amérique du Nord. Cette hâte à produire de l’énergie à partir d’huiles végétales se fonde en partie sur les directives européennes qui promeuvent l’utilisation des biocarburants, et sur des exonérations de taxes allant jusqu’à 30 centimes d’euros au litre. Le but : respecter les quotas définis par le protocole de Kyoto pour la réduction d’émissions de gaz à effet de serre. Résultat, la demande croissante d’énergies « vertes » a provoqué une hausse du prix de l’huile de palme, qui a des conséquences néfastes : « L’accroissement de la production d’huile de palme constitue l’une des principales causes de la destruction des forêts tropicales en Asie du Sud-Est. Ce bien de consommation figure en bonne place au palmarès des nuisances environnementales » , déclarait l’an dernier Simon Counsell, directeur de la Rainforest Foundation (1), un organisme basé au Royaume-Uni. « Il semble bien qu’une fois de plus, nous nous déchargeons de nos problèmes d’environnement sur les pays en voie de développement, où ils produisent des effets dévastateurs sur la population locale. » De son côté, le mouvement Via Campesina (2) souligne : « L’expansion actuelle de la production d’agrocarburants contribue à la concentration massive du capital par les propriétaires, les grandes entreprises et les multinationales, provoquant une véritable contre-réforme agraire dans le monde entier. De plus, elle contribue à accroître la spéculation sur le prix des produits alimentaires et de la terre. » Le rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l’alimentation, Jean Ziegler, craignait l’an dernier le début « d’une très longue période d’émeutes de la faim » . De fait, à de nombreux endroits, la production d’agrocarburants a déjà commencé à remplacer la production alimentaire. Pire, alors qu’on affirme que ces biocarburants aideront à lutter contre le changement climatique, l’expansion de nouvelles plantations de monocultures augmente en réalité les gaz à effet de serre par la déforestation, le drainage des zones humides et le démantèlement des terres communales. Une étude publiée fin 2007, sous l’égide du Programme des Nations unies pour l’environnement, estime que les émissions de CO2 des feux de tourbières, notamment en Asie du Sud-Est, représentent près de 3 milliards de tonnes par an, soit 10 % du total mondial des émissions ! Et là encore, la promesse des agrocarburants crée l’illusion que nous pouvons continuer à consommer toujours plus d’énergie. M.E.

Paru dans Reagrds n°61, avril 2009

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  • Article affligeant, les pros des énergies fossiles et nucléaires n’ont qu’à s’en réjouir.

    lav-arm Le 18 novembre 2014 à 12:27
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