Accueil > politique | Par Jérôme Desquilbet | 7 décembre 2012

L’“écosocialisme” du PG sera-t-il un nom commun, avec un débat ouvert ?

Article paru dans le journal Cerises. À l’occasion des Assises pour l’écosocialisme
organisées par le parti de gauche le 1/12/12
autour du projet d’un nouveau manifeste écosocialiste,
voici une tribune de Jérôme Desquilbet, alter ekolo,
qui argumente pour clarifier les termes du débat.
Cerises accueillera volontiers d’autres points de vue sur ces sujets.

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L’écosocialisme comme altermondialisme

Pour beaucoup, lors d’une rencontre en 2006 avec Michael Löwy du Réseau écosocialiste international, c’était nouveau d’entendre anticapitaliste et écologiste dans les mêmes phrases. Et au FSE d’Athènes la même année, des écosocialistes anglais proposaient de mettre en œuvre les tactiques des manifestations anti-guerre au service de la lutte contre le dérèglement climatique et de réfléchir à des actions internationales en justice.

À New York en 2012, les stations-essence sont contrôlées par l’armée après les ouragans d’octobre-novembre, et Occupy Wall Street, partie prenante de Occupy Sandy Recovery, nous montre les photos en disant : voilà ce qu’est le dérèglement climatique, ce sont des ressources contrôlées par les militaires dans un univers de désolation.

Le manifeste écosocialiste de 2006 met en perspective ce qui est un prolongement de la barbarie contre laquelle Rosa Luxembourg posait le socialisme en alternative. La guerre capitaliste contre la plus grande partie de l’humanité est devenue guerre totale contre toute forme de vie. L’écosocialisme est le nom donné à l’opposé et au dépassement de cette horreur.

Des clarifications nécessaires

1) L’esprit de compétition. Le site des assises est ecosocialisme.com (commercial) et non pas ecosocialisme.org (organisation) car le nom de domaine était déjà pris. Cette anecdote permet de rappeler que généralement les partis et organisations politiques se comportent trop souvent comme des boutiques en concurrence. Nous ne sommes pas des marques de lessive ! De gauche et écolos, le modèle de l’entreprise ou de la propriété industrielle n’est pas le nôtre pour nos propres organisations.

2) Républicains / démocrates. Clin d’œil provocateur mais réalité politique : pour beaucoup d’écologistes français-e-s, la République c’est l’étouffement des particularités régionales, la centralisation anti-démocratique, les colonies... Le PG doit donc être clair en la mettant en avant dans son triptyque Écologie, Socialisme, République. Quid de l’autonomie régionale ? De la liberté de circulation et d’installation ? De l’abandon du développementisme ? De la créolisation comme une chance ? Jusqu’où le légitimisme vis à vis de l’État ?

3) L’humanisme, la raison et le mythe du progrès. Ni la confiance dans le progrès, ni l’humanisme consacrant l’homme maître d’une planète réifiée ne sont des valeurs écologistes. Dans Écologie=X, Charles Ruelle et Frédéric Neyrat expliquent la pensée d’Arne Næss qui, à l’écologie superficielle du « petit geste qui sauve la planète », du capitalisme vert et du recours à encore plus de technique pour nous sauver de la technique, oppose l’écologie profonde. Il est donc très décevant de lire sur le site ecosocialisme.com une critique aveugle de cette pensée par Arno Munster reprenant les mots des pires adver- saires politiques de l’écologie (Luc Ferry & co) qui peignent si facilement en vert-de-gris ceux qui échappent à leur schéma de pensée technicien. Difficile de disserter ici, mais il suffit de relire Fabrice Flipo (RiLi n°16) ou Frédéric Neyrat (Biopolitique des catastrophes). On peut aussi se rappeler de Heidegger dénonçant l’« arraisonnement du monde » par lequel l’homme veut tout soumettre à sa propre raison, en donnant l’exemple des forêts qui ne sont plus vues comme des forêts, des lieux portant leur propre sens, mais simplement comme des stocks de bois.

L’écologie·politique

Un autre manifeste, le Manifeste pour les « produits » de haute nécessité, explique :
« Toute vie humaine un peu équilibrée s’articule entre, d’un côté, les nécessités immédiates du boire-survivre-manger (en clair : le prosaïque) ; et, de l’autre, l’aspiration à un épanouissement de soi, là où la nourriture est de dignité, d’honneur, de musique, de chants, de sports, de danses, de lectures, de philosophie, de spiritualité, d’amour, de temps libre affecté à l’accomplissement du grand désir intime (en clair : le poétique). »

Et c’est bien de cela qu’il s’agit : camarades écosocialistes, il faudrait peut-être s’aventurer au-delà du prosaïque.
Le projet de l’écologie·politique ne peut être que celui d’une démocratie radicale au sein d’un cercle plus large que celui de l’humanité, débordant largement sur le reste de l’écosphère. Dans le but d’empêcher la domination de la biosphère sur le reste de l’écosphère, comme d’empêcher la domination de
l’humanité au sein de la biosphère, et comme d’empêcher la domination de quelques humains sur tous les autres.
Dans ces collectifs partagés, nous devons chercher la manière juste de représenter le non-humain. Sinon, The Economist continuera à titrer, en finissant par avoir raison (je traduis) : « Les forces du marché pourraient se révéler les meilleures amies de l’environnement — si seulement les écologistes pou- vaient les aimer » (21/4/05). Car si ce n’est pas la démocratie et la justice étendues, c’est le marché qui donnera une valeur à notre vie. Et le marché, lui, est radical depuis longtemps.

Construire du commun

Nous avons appris à nos dépens qu’il ne suffit pas de lancer un appel et de lâcher ensuite des spécialistes des petits arrangements qui organiseront les autres à leur place. La lucidité devrait nous ramener à une détermination patiente, celle de prendre le chemin d’un processus constituant ouvert et innovant dans ses pratiques démocratiques, où les débats ont lieu publiquement, où les dissensus sont explicités avant d’envisager le consensus.

Et dans le même temps, nous devons rester cohérent-e-s et déterminé-e-s. Par exemple à NDDL, contre Grand Paris Express, partout où des Grands Projets Inutiles Imposés sont en préparation. Ce sont nos combats pour l’amélioration des conditions de vie de nos concitoyen-ne-s qui assoient notre crédibilité pour rassembler, et non pas nos discours.
Les assises de l’écosocialisme organisées par le PG sont l’occasion d’ouvrir un espace de débat, bienvenu. J’espère qu’éco-socialisme y sera un nom commun, et non pas une marque déposée ; et que l’espace sera ouvert et non pas fermé.

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