Accueil > Culture | Par Muriel Steinmetz | 1er juillet 2000

L’été en dansant

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Calendrier En Avignon on y danse aussi. Mais plus souvent à Montpellier, le Festival de danse qui est à la danse ce qu’est au théâtre Avignon. Et aussi à Marseille et à Aix-en-Provence. Sans oublier Créteil.

En Avignon, cette année plus que jamais, le théâtre est roi. La danse aura donc une part congrue. Si Pina Bausch est à l’honneur, c’est avec le Laveur de vitres, une pièce vieille de deux ans. La création, d’importance, tient lieu à elle seule de programmation, n’étaient Alain Platel et Arne Sierens qui présentent Tous des Indiens, chronique sans danse d’une communauté gantoise, parquée dans une réserve en dur évoquant fort la vie dans les cités. Comment, dès lors, ne pas entamer le couplet fameux sur les déboires d’un art, la danse, injustement méprisé, trop souvent absente des grand’messes culturelles ? Le théâtre pour tous ? Et la danse pour qui ? Ne pas négliger les efforts louables d’Amélie Grand avec son Eté des hivernales, ni ceux mis en oeuvre par Karine Saporta avec le Vif du sujet, laboratoire chorégraphique où l’on pourra voir des talents tels que François Raffinot, concepteur depuis 1997 de la manifestation, mais aussi Régis Obadia, Sasha Waltz, Bernardo Montet.Si la danse n’a pas la place qu’elle mérite dans la Cité des papes, elle se rattrape à Montpellier qui respecte mieux les équilibres. Le festival, créé par le chorégraphe Dominique Bagouet, mort trop tôt, fête cette année ses vingt ans d’existence.

Dans la Cité des papes, quelques laboratoires chorégraphiques

Il se tiendra dans la ville du 20 juin au 9 juillet. Avec Potlatch, dérives, Mathilde Monnier (à la tête du Centre chorégraphique national de Montpellier), convie une pléthore d’artistes, tous issus de disciplines diverses (Daniel Larrieu, Loïc Touzé, Jérôme Bel ou Fabrice Ramalingom voisinent avec le philosophe Philippe Lacoue Labarthe, la photographe Sophie Calle ou la cinéaste Claire Denis) à troquer idées et objets et à se défier au cours d’un véritable potlach, rituel d’échange symbolique somptuaire. Ni commerce ni marchandise. Mathilde Monnier use de cette forme : ô combien archaïque : non sans malice et profondeur. N’est-il pas rare d’interroger les lois marchandes depuis le domaine de l’art ? La chorégraphe, qui est aussi l’une des artistes les plus passionnantes de ce temps, passe au crible du sens les pratiques de la transmission en les plongeant dans le bain occidental, peu apte à la gratuité.

Montpellier, temps forts de chorégraphies somptuaires

Jan Fabre est à l’honneur du festival. Plasticien et homme de théâtre d’origine belge, il a l’oeil du peintre et l’énergie du performeur. "Ce génie expérimentateur du théâtre" pulvérise les frontières entre les disciplines. Il déroute autant qu’il dérange. Chez lui l’extrémisme passe par la prouesse physique. Il présentera quatre oeuvres, dont une création mondiale (As long as the world needs a warrior’s soul) et deux solos inédits en France : l’un pour Wim Vandekeybus, danseur et chorégraphe (Body, little body on the wall). Le second pour son égérie, la blonde Els Deceukelier (Une femme-normale-à-en-mourir).Autre temps fort, la rencontre entre le chorégraphe Bernardo Montet et Jean-Pol Fargeau, écrivain, scénariste, musicien et chanteur, connu pour son travail au cinéma (avec Claire Denis, entre autres) : et au théâtre où ses pièces ont été mises en scène par Stuart Seide, Robert Gironès, Alain Millianti. Avec Dissection d’un homme armé, l’écrivain et le chorégraphe réfléchissent sur l’inquiétude et le sens de l’inaccompli qui règnent à notre époque. Face à la profusion massive et désordonnée d’informations qui ébranlent toute pensée articulée, ils tentent de dégager, sous forme explosive, grosse d’une révolte qui couve, de neuves lignes de force aux fins d’inventer un espace ouvert, loin du terrorisme des territoires balisés.

L’Américaine Lucinda Childs, figure de proue de la danse minimaliste des années 70, qui en 1991 rencontra la claveciniste Elisabeth Chojnacka, interprète de Ligeti, Ferrari, Kagel, présentera des oeuvres, récentes ou pas, : dont Dance (1979), poème chorégraphique d’exception alliant danse, cinéma et musique : ainsi que sa toute dernière création mondiale Description (of a description) sur un texte de Susan Sontag. William Forsythe ne sera pas en reste. Découvert à Montpellier justement, en 1988, ce pervertisseur hors pair des pointes classiques, des codes et des outils du ballet d’antan proposera Workwithinwork, une oeuvre où les postures s’exacerbent sur des musiques de Luciano Berio et Thom Willems. L’Espagnol Nacho Duato proposera, quant à lui, deux créations (en France) : Arcangelo et Ofrenda de sombras, ainsi qu’une oeuvre de 1996, Por vos muero.A Montpellier, ville du Sud, le continent africain n’est pas oublié. Six compagnies y exerceront leurs pas, témoins ardents d’une danse qui, là-bas comme ici, a su mûrir. Ce sera aussi l’occasion, rare, de rendre hommage à de jeunes démocraties qui tentent de naître, guettées par le poids des traditions dévoreuses d’avenir.

Marseille, Vaison-la-Romaine : danseuses : étoiles et légendes

On pourra aussi s’octroyer quelques sauts de puce à Marseille où le Belge Wim Vandekeybus officie du 4 au 6 juillet, ou bien se rendre à Vaison-la-Romaine pour découvrir la danseuse étoile Sylvie Guillem dont Maurice Béjart a dit : "Sylvie est multiple comme le sont les grands artistes qui sont souvent autrement que ce qu’ils paraissent. Elle est à la fois le rouge et le noir, la froideur et la lave en fusion. Je la vois comme un peintre, avec des envies de faire plusieurs portraits de ses facettes changeantes. Je crois Sylvie sans limites." Marie-Claude Pietragalla, une autre danseuse étoile, présentera sa Giselle.Quant à la Martha Graham Dance Company, plébiscitée à la Maison des Arts de Créteil dans le cadre du dernier festival d’automne, elle proposera un riche programme d’oeuvres des années trente à cinquante de la mère de la Modern Dance. Ce sera donc Lamentation (1930), Satyric Festival Song (1932), Deep Song (1937), Dark Meadow (1946) et Diversion of Angels (1948). Ces pièces de légende sont interprétées par dix-huit danseuses qui poussent le mimétisme jusqu’à calquer l’apparence de la grande prêtresse défunte : chignon, bouche rouge, yeux peints.

Aix, des rues, des toits, des contes en compagnies

A Aix-en-Provence, Bernard Menaut, fidèle parmi les fidèles du festival, poursuit ses Aventures extra-chorégraphiques, avec un projet de rue concocté autour des grands axes de la ville. Bernard Glandier, interprète de Dominique Bagouet de 1982 à 1993, qui réalisa des films marquants sur le chorégraphe devenu un intime, imagine un Autre monde (une oeuvre de 1998). Ce chorégraphe, merveilleux pédagogue, puise dans l’imaginaire des contes son art du partage où l’espace n’est jamais vide mais gros de l’attention portée à chacun des membres de sa compagnie Alentours. Aix cette année, c’est aussi Antoine le Ménestrel parti à l’assaut des toits, la pétulante Blanca Li, le chorégraphe espagnol Ricardo Franco, le Portugais Rui Horta ou encore Anne Teresa De Keersmaeker, Angelin Prejlocaj, la compagnie TangoX2, le collectif KubilaÔ Khan Investigations.L’été ne manquera pas d’être riche en découvertes. En septembre la Biennale de Lyon prendra la relève avec une abondante programmation de danse post-butoh.

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