Accueil > écologie | Par | 1er mars 2007

L’invité de la rédaction. La revue « Ecorev » : Procès fleuve pour marée noire...

Le procès Total-Erika est l’occasion pour la revue Ecorev de revenir sur la responsabilité sociale et environnementale de l’entreprise.

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Total est, depuis le 12 février, sur le banc des prévenus au tribunal de grande instance de Paris pour le plus grand procès environnemental en France. Il est poursuivi, avec l’armateur et le capitaine du bateau, ainsi que la compagnie de certification italienne Rina, pour le naufrage de l’Erika, dont le fioul a souillé 400 kilomètres de côtes bretonnes en décembre 1999. Gravement mise en cause dans la catastrophe, l’entreprise a mis les bouchées doubles pour restaurer son image, finançant une partie du pompage et de la restauration du littoral via sa Fondation pour la biodiversité et la mer. En 2002, elle adoptait un code de conduite censé « placer l’éthique au cœur » de son activité.

Toutes les entreprises (ou presque) revendiquent aujourd’hui une démarche « responsable », la consultation des « parties prenantes », leur « rôle social », leur « respect de l’environnement ». Qu’est-ce qui a changé dans le paysage économique, social qui les encourage à mettre ce type d’arguments en avant ? N’y a-t-il pas une contradiction fondamentale entre entreprise et respect de l’environnement et des aspects so-ciaux ? Beaucoup d’auteurs évoquent sur le sujet le rôle nouveau des parties prenantes : ONG, clients, actionnaires : qui influeraient sur leur stratégie. Il ne faut toutefois pas avoir une vision naïve de la manière dont ces entreprises s’emparent de l’éthique. La responsabilité sociale et environnementale (RSE) est un moyen pour les entreprises de maximiser les profits à long terme. Les dirigeants, sur ce point, n’avancent pas masqués. Dans les rapports et publications officiels, l’importance accordée au développement de l’entreprise (et donc à la réalisation d’un profit le plus élevé possible à long terme) apparaît souvent dès la première page. L’Oréal annonce ainsi sa démarche de développement durable : « Notre croissance économique est basée sur des principes éthiques forts » (2006). Son président, Sir Lindsay Owen Jones, dans le rapport, indique : « Une première idée forte nous guide depuis toujours : il ne peut y avoir de développement durable sans croissance économique durable. » Le développement durable s’entend comme un développement durable de l’entreprise. A ce titre, la convocation des parties prenantes (et des ONG notamment) se fait dans un climat de contestation possible des activités de production. Il s’agit là d’anticiper les critiques et donc de minimiser le risque. De la même manière, l’association du client, souvent vantée, est aussi un moyen d’anticiper ses changements de goûts et donc de maximiser les ventes. En ce sens, la RSE s’insère assez naturellement (sans jeu de mots) dans le concept de croissance soutenable ou même dans certaines définitions du développement durable qui ne remettent pas en cause « la croissance économique ». Ces approches se différencient substantiellement d’autres, comme le rapport Meadows, qui prônent une croissance « zéro ». Et c’est sans doute là que le bât blesse. N’existe-t-il pas une contradiction fondamentale entre le but affiché de maximiser le profit (fût-il à long terme) et le respect notamment de l’environnement ? Le profit de l’entreprise dépend en effet des coûts de production mais aussi de sa capacité à trouver des débouchés. Ses coûts de production peuvent être ré-duits en minimisant le coût de travail (délocalisations, non-augmentation des salaires) ou de certains investissements. Cela va forcément à l’encontre d’une dé-marche éthique sur le plan social. Sauf à considérer que la réduction des accidents du travail ou l’égalité hommes-femmes (aussi louables soient ces objectifs) suffisent à être éthique... Quant à sa capacité à trouver des débouchés dans les marchés saturés des pays développés, l’augmentation des ventes passe par le renouvellement accéléré des produits (donc autant de déchets de consommation en plus, d’énergie pour les produire, etc.) ou l’invention de nouveaux produits. D’où gaspillage et inefficacité.

L’aventure de Total et de l’Erika entre dans cette contradiction : la réduction des coûts impose à l’entreprise de prendre un bateau à simple coque, battant pavillon de complaisance, employant un personnel moins cher et de toujours trouver de nouvelles utilisations au pétrole envers et contre tous les besoins déjà satisfaits. Et comme les autres entreprises, Total est avant tout réactive et n’anticipe guère. Il nous faut donc être éthiques, nous consommateurs et citoyens, pour que les entreprises le soient, l’inverse en l’absence de régulation internationale n’est simplement pas possible. A moins que la justice n’accélère le mouvement, en France ou en Californie, dont l’Etat poursuit six constructeurs automobiles pour leur responsabilité dans le réchauffement climatique.

Revue écologiste de débat et de réflexion, le numéro d’hiver d’Ecorev s’interroge sur le thème « Marx écolo ». Au sommaire, des contributions de Benjamin Dessus, Jacques Bidet ou encore Alain Lipietz. Le numéro à paraître au printemps fera le point sur la décroissance avec des contributions de Paul Ariès, Jean Aubin, Bernard Caron et Serge Latouche. En librairie, 6,20 euros, et sur le site : http://www.ecorev.org

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