Accueil > idées/culture | Par King Martov | 6 janvier 2009

L’UMP aux programmes

Notre petit feuilleton de l’hiver 2008, entre la crise et le retour de l’affaire Gregory : la loi du gouvernement sur l’audiovisuel.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

On ne sait plus s’il faut en rire, notamment quand des députés suggèrent d’obliger France télévision à ne diffuser que des « programmes citoyens » (les plus ringards possibles, pensent-ils) entre 20h30 et 20h50, histoire d’être sûr que le bon peuple préfère la pub sur TF1, ou en pleurer devant l’aphasie intellectuelle de la gauche (cela fait un an depuis l’annonce par le chef de l’Etat de son plagiat berlusconien), dont la seule ambition a été d’être contre grâce à une bataille d’amendements perdue d’avance. Elle constitue surtout la parfaite démonstration de l’abaissement dramatique du seuil de vigilance démocratique dans notre pays : opposition aux abonnés absents et une presse davantage préoccupée (même si Marianne titre sur le « coup d’état médiatique ») par des états généraux sensés assurer sa survie. La nomination du président du groupe public par le chef de l’Etat, si elle officialise une réalité occulte, s’inscrit dans ce nouveau credo du réalisme politique : plutôt que de confier à la loi d’instaurer les garde-fous contre les dérives népotistes, on les formalise noir sur blanc, en oubliant que la transparence n’est pas une fin mais un moyen.

Bref, de quoi donner des ailes aux francs-tireurs de l’UMP qui jouent désormais aux directeurs de programmes en s’interrogeant sur le maintien du 19/20 de France 3, peut-être parce qu’Audrey Pulvar (au passage, contrairement à une idée reçue, ce ne fut pas TF1 qui confia en premier son journal phare à une personne issue d’une minorité visible) fut la figure médiatique de la fronde des salariés, et surtout parce que le moindre succès d’audience du service public est devenue insupportable à une droite en plein outing Bouygue-friendly. Enfin, comble de la complaisance, l’UMP a décidé dans son coin d’abaisser de 3% à 1,5% la taxe sur les revenus publicitaires supplémentaires des chaînes privées, une manne destinée à préserver vaguement le niveau de vie de France Télévision. Les vraies questions autour des contenus n’ont jamais été abordées que par une droite désirant rendre le service public inoffensif. Alors que tous montrent du doigt la réussite de la BBC (qui bénéfice d’un financement d’Etat considérable et conséquent, 79 euros par habitant contre 45 chez nous), France Télévision voit poindre un rôle ingrat et sans ressources de chaînes chiantes, loin de toute mission populaire au sens noble, aussi bien dans le divertissement que dans le culturel. Cependant, un des effets surprenants de cette pantalonnade parlementaire fut de voir comment les rédactions des chaînes concernées ont si vite appris à traiter et à couvrir en profondeur les implications et les ressorts d’un mouvement social, donnant de manière presque équitable la parole à tous les acteurs. Un modèle du genre qui laisse rêveur quand on se souvient des grèves de 1995 ou du CPE. Espérons que cela provoquera des vocations, la matière ne va pas manquer dans les mois à venir...

M. 

La balkanisation du PAF s’accentue...

Bien que qualifiée de Télé Notoirement Tocarde par Voici (le mal connaît le mal) pour aligner des programmes des années 1980, la TNT bouffe régulièrement les croupières des chaînes hertziennes. Ces petites concurrentes (TMC, NT1, NRJ 12, etc.), en y associant les frangines du câble ou du satellite (Comedy, Jimmy, etc.) recueillirent 26,1% d’audience en novembre 2008 face aux grands réseaux nationaux qui ont perdu 6 points en un an. Est-ce un mieux ou une simple dispersion due au syndrome de la mosaïque Freebox ?

On regardera en janvier

La deuxième saison de Dexter sur Canal plus, où un serial killer justicier à Miami met en abîme la soif de justice à la sauce américaine (à partir du 8 janvier). La spéciale Thalassa « La ruée vers l’Arctique » (début janvier) sur France 3, une émission qui n’existerait pas ailleurs que sur le service public. L’investiture d’Obama sur France 24 le 20 janvier de 15h à 21h. Le nouveau 19/20 à partir du 5 janvier, solidarité !!!!! Les Aristochats et Ratatouille le 25 janvier sur Disney Channel, à 17h10, deux dessins animés pour faire aimer le jazz et la bonne bouffe à nos gosses.

On ne regardera pas

TF1, pour dévaluer la pub sur la Pravda télévisuelle de la droite.

Paru dans Regards n°58 janvier 2009

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Sur le même thème

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?