Accueil > politique | Par Marie Bonnard | 1er décembre 2006

L’un y va, l’autre pas... / Leurs raisons d’y aller ensemble

L’un y va, l’autre pas...

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Philippe Mangeot et Monique Chemillier-Gendreau ont voté « oui » au traité constitutionnel européen de mai 2005. Le premier explique pourquoi il soutient cette candidature unitaire qui puise ses origines dans le « non » au référendum. La seconde exprime ses inquiétudes face au « piège béant de la montée des droites extrêmes ».

Philippe Mangeot, ex-président d’Act Up et rédacteur en chef de la revue Vacarme.

« J’ai choisi de voter oui au traité constitutionnel européen, alors même que je savais que c’était un mauvais traité, car il me semblait pouvoir être un levier pour les libertés publiques. Les adeptes du non à l’extrême gauche et moi étions tout autant critiques envers ce traité, mais nous n’avons pas fait le même pari. Pour ma part, je ne croyais pas en l’existence d’un plan B. J’ai donc fait un choix stratégique. Mais je ne pense pas qu’avoir fait deux paris différents érige entre nous des barrières infranchissables. Considérer la candidature unitaire comme exclusivement une candidature du non à l’Europe est une erreur. Il s’agit de deux élections diffèrentes. En 2002, nous votions pour choisir un cadre politique, et aujourd’hui il s’agit d’élire un représentant, les enjeux ne sont pas les mêmes. Il faut penser en termes de politique et non de principes. C’est ce qui m’intéresse dans la candidature unitaire, cette capacité à unifier des positions antagonistes au moment du traité européen. L’archipel de micro-gauches que l’on observe actuellement est la seule chose qui pourrait me donner envie de voter pour le PS. Il est indispensable qu’une candidature unitaire parvienne à se former à la gauche du PS, un échec serait désastreux. Je n’approuve pas le terme d’antilibéral. Le libéralisme est par définition la défense des libertés publiques, ce qui a toujours été mon militantisme. Je défends un libéralisme politique en l’accommodant avec un antilibéralisme économique. L’Europe est selon moi un espace politique très important qu’il faut que nous nous approprions.

Monique Chemillier-Gendreau, professeur de droit international à l’université Paris-VII (Denis-Diderot).

« On ne fait pas de la politique avec du refus s’il n’y a pas parallélement une alternative en vue. Le traité portant Constitution pour l’Europe maintenait la ligne libérale d’origine certes, mais confirmait les acquis de l’Europe (la paix entre ses membres, l’abolition de la peine de mort, des mécanismes de contrôle des Etats en matière de droits de l’Homme, du droit s’imposant aux souverainetés). Il ouvrait timidement la voie à une communauté politique (droit de pétition, ministre des Affaires étrangères, publicité des travaux du Conseil) et en intégrant avec valeur contraignante la Charte des droits fondamentaux, il permettait quelques possibilités de combat progressiste, notamment autour de l’idée de service public. Il maintenait le libéralisme ? Nous l’avons et sans les quelques moyens (faibles) de le contrer qui étaient dans le traité et que nous ne retrouverons pas avant longtemps. Le débat autour de cette candidature unitaire (le sera-t-elle ?) est laborieux et les crispations autour des appareils menacent à chaque pas. Le piége béant de la montée des droites extrêmes ou très dures s’ouvre devant nous. L’Europe pouvait être un rempart. Affaiblie, le sera-t-elle encore ?

Leurs raisons d’y aller ensemble

Léonce Aguirre et Marie-Pierre Vieu s’accordent sur la nécessité d’une candidature unitaire. Le premier, en dépit du retrait de la dynamique unitaire du leader de son parti, Olivier Besancenot, et la seconde, alors qu’il y a peu, faire tribune commune avec des trotskystes était peu concevable au Parti communiste.

Léonce Aguirre, de la ligue communiste révolutionnaire (LCR) courant dit minoritaire

« La victoire du non au référendum pour le traité constitutionnel européen a été une première victoire contre le libéralisme. Au sein de collectifs se sont retrouvés des militants d’origines différentes, et cette dynamique, cette volonté de faire avancer les choses ensemble s’est poursuivie. Il y a aujourd’hui la place pour que s’exprime une véritable opposition, construite, au libéralisme et sa variante qu’est le social-libéralisme. J’adhère à la candidature unitaire, mais le but n’est pas seulement de se rassembler en vue des élections. Il nous faut avancer dans la constitution d’une véritable force politique antilibérale, capable de se confronter au PS. La plupart des membres des collectifs comprennent très bien qu’aucune alliance n’est possible avec le PS. La victoire de Ségolène Royal montre bien qu’il n’évoluera pas vers l’antilibéralisme. Le texte adopté par les collectifs le 10 septembre me paraît suffisant pour que nous continuions à travailler ensemble. Les militants de la LCR n’ont pas pour ambition de construire la LCR pour la LCR. Il est inscrit dans nos textes que notre but est de construire une nouvelle force politique bien plus large que la LCR, qui regrouperait 20 000, 30 000 adhérents, et proposerait une alternative à la gauche socialiste. Une force réellement démocratique, qui ne fonctionnerait pas selon le principe d’une majorité imposant ses vues à la minorité. Il nous faut être capable de faire fonctionner ensemble des expériences militantes diverses. Je n’ai aucun doute quant au fait que la LCR s’engagera dans ce sens. »

Marie-Pierre Vieu, du Parti communiste français

« Nous nous trouvons aujourd’hui face à un gouvernement de droite, et les politiques régressives se succédent, commettant de plus en plus de dégâts, jusqu’à revenir sur les conquêtes sociales de l’après-guerre. Que cette droite soit reconduite en 2007 serait la pire des choses, et c’est pourquoi je soutiens une candidature unitaire à gauche. Toute l’Europe se trouve à un tournant historique. Depuis la chute du mur de Berlin, le communisme est en crise. Le socialisme a quant à lui du mal à fixer son identité, et l’écologie politique traverse également des tourments. La candidature unitaire est intéressante en ce qu’il y a quelque chose à refonder à gauche, un courant social historique dans la tradition du mouvement ouvrier de Jaurès, mais conjugué avec les valeurs d’aujourd’hui. Cette démarche d’énergie et de travail collectifs, de débats pour aboutir ensemble, est un moyen de donner une dimension politique aux combats sociaux d’aujourd’hui. Il faut s’attaquer au capitalisme mondialisé, remettre l’homme au centre, battre les politiques libérales. Pour mener ces grandes réformes, il est nécessaire de rassembler la gauche sur une politique antilibérale. Cette candidature représente un véritable espoir, mais à condition qu’elle ne soit pas étriquée. Nous devons nous rassembler dans une perspective antilibérale à vocation majoritaire, nous adresser vraiment à toute la gauche, ainsi qu’aux abstentionnistes. »

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?