Accueil > Culture | Par Marcel Martin | 1er octobre 1999

La Chine à Venise : la part du Lion

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Rosetta, la caméra au bord de la crise de nerfs, L’humanité, le beau et le vraiLe palmarès de la 56e Mostra a confirmé l’excellente tenue du cinéma chinois en dépit des tracasseries bureaucratiques qui en brident la créativité. Mais le Lion d’or de Zhang Yimou pour Not One Less et le Prix de la mise en scène à Zhang Yuan pour Seventeen Years ne parviennent pas à éclipser la réussite d’Abbas Kiarostami qui doit se contenter du Grand Prix du jury. Ce palmarès quasiment indiscutable, confirme, après ceux de Cannes et de Locarno, que les oeuvres échappant au conditionnement du marché peuvent tenir tête aux produits industriels lorsque la qualité artistique est le critère essentiel du jugement. Caractéristique, dans ces trois palmarès, est l’absence complète des films hollywoodiens.

Le nouveau directeur de la Mostra, Alberto Barbera, avait dit que la cuvée 99 serait pimentée par un certain érotisme. Or, si le film français Une liaison pornographique (Prix d’interprétation pour Nathalie Baye) annonçait la couleur de façon provocante, il est cependant d’une pudeur janséniste en comparaison de Mensonges, audacieux brûlot coréen (interdit dans son pays) qui décrit avec force détails une torride relation sadomasochiste. Plus fort encore dans la transgression, le film italien Regarde-moi met en scène de manière très explicite une actrice de films pornos dans ses ébats professionnels.

La France a remporté un second prix, la Médaille d’or de la Présidence du Sénat, pour Rien à faire de Marion Vernoux, difficile histoire d’amour entre deux êtres minés par leur condition de chômeurs. Pas de scandale de Benoît Jacquot installe un séduisant face-à-face entre Isabelle Huppert et Fabrice Luchini et Frank Spadone de Richard Béan, inspiré à l’évidence du Samouraï de Melville, impose un intense suspense policier et psychologique. Mais la sélection était dominée de haut par Beau travail de Claire Denis, où l’exercice de style s’avère exemplaire par le traitement pictural des images (dans le désert autour de Djibouti) et la subtile chorégraphie des gestes (exercices de la Légion française).

Déjà Lion d’or en 1992 pour l’Histoire de Qiu Ju, Zhang Yimou reste fidèle à son inspiration campagnarde et sociale avec Pas un de moins : une très jeune fille, qui a promis à l’instituteur qu’elle remplace de ne pas laisser un seul enfant quitter l’école, entreprend d’aller rechercher l’un d’eux, qui est parti en ville. La séduction du film repose avant tout sur la performance de la jeune non-actrice, farouche et obstinée, qui mérite l’admiration. Moins spectaculaire mais plus percutant, Dix-sept ans est l’oeuvre d’un indépendant déjà connu pour son non-conformisme et qui a travaillé ici en production italienne, Zhang Yuan : naguère condamnée pour le meurtre de sa demi-soeur, une jeune femme reprend contact avec ses parents après dix-sept ans de prison ; la situation est d’une rare intensité et traitée dans un rigoureux réalisme. Quant à Kiarostami, dans Le vent nous emportera (production française), il se tient à son univers (la province iranienne) et à son style (la fluidité narrative), mais en y insérant un certain mystère sur les circonstances de l’action : fraîcheur, poésie, humour, un vrai bonheur artistique et humain.

Ouverte par la première européenne du film de Kubrick, Eyes wide Shut, la Mostra s’est close par l’hommage à Jerry Lewis en personne, un Lion d’or spécial pour sa carrière. Hommage aussi à Kurosawa, pour le premier anniversaire de sa mort, avec l’adaptation de son dernier scénario, Après la pluie, par son assistant de toujours, Takashi Koizumi : quelque chose y passe, en mineur, de l’esprit et du souffle du Maître disparu. Mais l’"autre" Kurosawa, Kiyoshi, semble mettre en question héritage et tradition dans un film explosif au titre symbolique, Vaine illusion. En tout cas, l’avenir est assuré, on l’a vu à Venise.

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