Accueil > Culture | Par Marcel Martin | 1er novembre 2005

La Cinémathèque en 1968

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La parution de La Cinémathèque française : inventaire et légendes (1936-1986), de Pierre Barbin, réveille le souvenir de la tempête qui agita en 1968 la Cinémathèque, laquelle vient de rouvrir ses portes rue de Bercy. Construction futuriste, l’immeuble de l’architecte Frank Gehry aurait sans doute ravi le regretté Henri Langlois (1914-1977) que Cocteau avait statufié en « dragon qui veille sur nos trésors », seigneur d’un empire d’images constitué sous l’irrésistible impulsion d’une cinéphilie sans rivages. En 1968, le « dragon » fut renversé sous le règne d’André Malraux dans des circonstances qui suscitèrent une mini-révolution. Estimé pour son œuvre de sauveteur du patrimoine filmique mondial, Langlois avait cependant accumulé des erreurs de gestion qui lui attirèrent des critiques, en particulier sur sa conception hasardeuse de la conservation des films. Les dissensions éclatèrent au grand jour en février 1968 dans ce qu’il est convenu d’appeler « l’Affaire Langlois ». Jugeant de plus en plus ingérable la tutelle de l’Etat sur ce qu’il considérait comme « sa » Cinémathèque, Langlois donna sa démission de secrétaire général, mettant au pied du mur le ministre qui lui renouvela pourtant sa confiance jusqu’à la fin. Mais le ministère des Finances s’opposa au versement des subventions prévues pour 1968. Malraux proposa, comme successeur à Langlois démissionnaire, le nom de Pierre Barbin, directeur des festivals, modestes mais réputés, de Tours (courts-métrages) et d’Annecy (animation). Alors réticent à se lancer dans cette aventure, Barbin livre aujourd’hui une nouvelle version de « l’affaire » qui, fondée sur des documents soigneusement référencés, met à mal la version « légendaire » accréditée par la majorité des témoins et des journaux. Bon nombre de cinéphiles, menés par les leaders de la Nouvelle Vague, se lancèrent dans une manifestation spectaculaire en faveur de ce que Barbin appelle « une légende de coup d’Etat antidémocratique largement répandue à partir de récits inexacts ». Faisant état du progressif changement d’opinion de nombre d’admirateurs démystifiés de Langlois, rétabli dans ses fonctions au bout de trois mois, Pierre Barbin peut affirmer, au terme d’une minutieuse enquête solidement argumentée, qu’« il est manifeste qu’Henri Langlois se désintéressait de la conservation des films et des documents, ce que se refusaient à croire ses admirateurs ». L’affaire a connu en mai 1968 un rebondissement au festival de Cannes avec des épisodes aussi spectaculaires mais nettement plus politiques à l’heure où le régime était en ébullition. Mais cela est une autre histoire...

/Pierre Barbin, La Cinémathèque française : inventaire et légendes (1936-1986), éditions Vuibert, 20 e/

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