Accueil > Société | Par Samuel Lehoux | 25 novembre 2008

La lutte contre l’échec scolaire sans les RASED ?

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Les réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté (RASED) sont en ligne de mire du gouvernement. Les rééducateurs, psychologues, et autres professeurs spécialisés animant ce dispositif, ont clairement fait passer le message lors de la grande manifestation parisienne du jeudi 20 novembre. Vêtus de chasubles jaunes - du même type que ceux rendus récemment obligatoires dans les voitures - floqués d’une cible au milieu de laquelle est inscrit « RASED », ils ne sont pas passés inaperçus. Le positionnement en tête de manifestation de leur principal cortège vient également signifier qu’ils comptent parmi les victimes directes des dernières réformes. Le Ministère de l’Education Nationale a tout bonnement décidé d’éliminer la totalité des RASED d’ici la rentrée 2011 - soit 3000 postes supprimés ou « sédentarisés », avec un tiers des effectifs en moins dès la rentrée prochaine -. Autrement dit, c’est le dispositif tout entier qui est remis en cause. Plus cyniquement, cette réforme sonne finalement comme l’affirmation de l’inutilité relative du travail du personnel spécialisé de RASED.

Habillé du fameux gilet jaune comme beaucoup d’autres qui parsèment le reste de la manifestation, Gilles Brouck associe cette décision à du « mépris » . Ce professeur spécialisé en poste « E » (formation à l’aide spécialisée aux élèves en difficulté sur un versant psychopédagogique), membre du RASED de la circonscription de l’Hautil (95), trouve mal placé que « le gouvernement puisse justifier ces suppressions de postes spécialisés sous couvert de deux heures de soutien hebdomadaire en classe » . Il rappelle que « si le soutien suffisait à résoudre le problème de l’échec scolaire, ça se saurait ! » . Leur formation, axée autour de la compréhension des processus d’apprentissage, tout comme leur travail, consistant « à redonner confiance aux enfants en difficulté et à leur faire retrouver leur capacité à apprendre » , s’avèrent en effet spécifiques.

Ce que confirme Christian Deligne, syndiqué au SNUIpp (Syndicat National Unitaire des Instituteurs), qui ne travaille pas directement dans un RASED, mais qui a souvent affaire à « leur expertise » . Arborant fermement une banderole sur laquelle on peut lire « RASED supprimés, méprisés, hypothéqués » , ce professeur des écoles en exercice à Pierrelay (95), « ne comprend pas qu’on puisse se priver de ces enseignants qui sont les mieux à même de comprendre ce qui se joue chez l’enfant qui a du mal à apprendre » . Selon lui, si une telle décision est maintenue, c’est la marque que « le gouvernement laisse sciemment de côté les élèves à la traîne » .

Chaque année, quelques 150 000 élèves en moyenne bénéficient des réseaux d’aides, au sein ou à l’extérieur des classes. Gilles Brouck précise également qu’il y a « de plus en plus d’échec scolaire » , et que sans un dispositif de détection et de prise en charge précoce, les « répercussions seront visibles très rapidement » . Les membres professionnels des RASED sont en tout cas décidés à se battre pour le maintien de ce dispositif. Une lutte qui semble bien partie pour aboutir tant les soutiens affluent. Face aux nombreuses informations qui circulent à ce propos, le gouvernement ne pourra plus longtemps camoufler une logique d’action principalement comptable et continuer à faire croire qu’il fait de la lutte contre l’échec scolaire sa priorité.

S.L.

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Une des nombreuses banderoles pour la sauvegarde des RASED
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