Accueil > Culture | Par Juliette Cerf | 23 avril 2011

La traque d’un taliban

Essential Killing du cinéaste polonais Jerzy Skolimowski nous amène
en Afghanistan sur les traces d’un homme qui lutte pour sa survie.

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Un hélicoptère survole un paysage désertique,
lacéré par des couloirs et des
grottes. Nous sommes en Afghanistan.
Trois soldats américains quadrillent les lieux.
L’un d’eux raconte un songe qu’il a fait avant le
11-Septembre : la découverte de l’Antéchrist par
trois voyageurs dans une caverne. Routinière,
agrémentée d’un petit joint, l’opération tourne
mal ; reclus dans une cavité, bientôt acculé, un
homme enturbanné sort son arme, faisant exploser
les trois militaires. Essential Killing.

D’emblée, la tension est profonde, écorchée ;
les plans puissants, hypnotiques. Fait prisonnier,
l’homme est torturé, transféré en avion
en Europe. Flash-back, des visions le hantent :
« Ce n’est pas toi qui les a tués, c’est Allah. » Le
taliban ne prononcera pas un seul mot tout au
long du film. Lors d’un accident du convoi qui
le transporte, l’homme parvient à s’échapper ;
commence alors pour lui une longue descente
aux enfers, lutte pour vivre dans une forêt hostile,
recouverte par la neige. Traqué par tous
– « C’est le valet de trèfle. Il doit être important
s’ils le veulent vivant.
 » –, mais réduit au néant,
l’homme organise sa survie, les fourmis et les
écorces creusant son ventre vide, bientôt empli
par des hallucinations.

Quelques séquences se distinguent, tels des
tableaux : les baies rouges, la fougue avec
laquelle l’homme, affamé, se jette sur le sein
d’une femme en train d’allaiter son enfant, le
voyage final sur un cheval blanc. Les couches
de vêtements (oranges, noirs puis blancs) qui
le protègent sont autant de strates de ce film
hybride, tout à la fois film de survie, « into the wild  », film géopolitique, film visionnaire, film
muet et très sonore.

C’est Vincent Gallo qui offre son corps multiple
et christique au dernier film du cinéaste polonais
Jerzy Skolimowski, figure de proue des nouveaux
cinémas apparus dans les années 1960 sur les
traces de la Nouvelle Vague. Connu notamment
pour Travail au noir (1982), Skolimowski n’a rien
tourné pendant près de vingt ans avant de signer
en 2008 le magnifique Quatre nuits avec Anna
– on a vu aussi sa facette d’acteur en 2007, dans
Les promesses de l’ombre de David Cronenberg.
Sous ses tonalités blanches comme neige,
Essential Killing se donne comme une radicale
promesse de l’ombre…

Essential Killing, de Jerzy Skolimowski, déjà en salles.

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