Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er novembre 2005

La visibilité coûte cher

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Le monde de la télévision s’avère sans pitié, surtout pour le sport. Car derrière les flots d’images consacrés au football (entendez le foot professionnel), soit 777 heures et 18 minutes l’an dernier sur le seul réseau hertzien, les autres disciplines grattent comme des chats errants au soupirail du petit écran. Dans notre société, où la télé est devenue la principale activité culturelle du Français moyen, où le moindre homme politique se précipite dès qu’une caméra le réclame, comment s’étonner que les responsables des petites fédérations s’imaginent que l’avenir de leur activité passe immanquablement par la lucarne magique. Quitte à mettre la main au porte-monnaie ! En effet, si pour le ballon rond ou ovale, le cyclisme, le tennis voire l’athlétisme, les dirigeants des grandes chaînes généralistes sont prêts à casser la tirelire (600 millions déboursés par Canal + pour la Ligue 1 ou encore 43 millions de TF1 pour les matchs des Bleus), combien d’autres doivent financer eux-mêmes leur sésame télévisuel... Dans le Monde du 10 octobre, le vice-président de la fédération de triathlon explique tranquillement qu’ils produisent à hauteur de 80 000 euros par an les huit magazines diffusés sur Sport +, soit les trois quarts de leur budget communication. On pourrait multiplier les exemples. Même l’accession au statut olympique, qui garantit au plus mal lotis un peu de visibilité une fois tous les quatre ans, n’offre guère d’assurance pour le long terme. Le taekwondo, art martial coréen, est de la sorte revenu depuis longtemps de ses illusions. Et que dire de ces sports qui changent carrément leurs règles afin que le déroulement du jeu se révèle davantage attractif aux yeux des programmateurs (notamment le volley-ball)... Sans grand succès... Cercle vicieux. Les chaînes exigent une certaine notoriété ou bien un minimum d’intérêt sportif pour rassurer leur obsession de l’audimat (cf. le succès du beach-volley féminin, ou l’équivalent sportif des feues émissions de charme sur M6). D’autre part, « les petits sports » espèrent que la télé leur offrira de sortir de leur ghetto associatif ou scolaire, des colonnes de la presse régionale, en gros, de toucher un public plus large et de pouvoir enfin négocier des recettes télévisuelles, etc.

Ce jeu de dupe cache peut-être l’essentiel : quel traitement du fait sportif à la télé ? De quelle manière lui rendre justice dans sa dimension sociale, culturelle, populaire ? Et donc ouvrir les yeux et la curiosité sans être pris à la gorge par l’effet attendu sur les parts de marché publicitaire ? On pourrait légitiment penser que ce type d’interrogation devrait concerner au premier chef le service public. 13 millions de licenciés, des centaines de milliers de bénévoles, des médailles malgré tout, et combien de secondes dans les grilles de rentrée ? Ne nous masquons pas la vérité, l’espace de couverture médiatique des chaînes hertziennes n’est pas extensible à l’infini. Les sports dominants sont déjà bien installés. Le véritable enjeu ne serait-il pas d ?arriver à échapper à cette concurrence vaine entre les protagonistes de la haute performance, d’où sortiront inévitablement vainqueurs les mêmes compétitions hégémoniques (Champions League et Mondiaux d’athlétisme) ? Pourquoi ne pas imaginer une ou des émissions dans lesquelles le sport serait enfin exploré comme un véritable phénomène de société, dans sa diversité et ses implications quotidiennes, un peu comme Les Maternelles évoquent les problèmes d’éducation sans succomber à la quête de prime time version Super Nanny ? N.K.

BREVES

WE ARE FOOTBALL

Cet excellent site web consacré au football devrait inspirer les passionnés et les connaisseurs des autres sports. Loin de se limiter à une simple énonciation de palmarès, « We are football » propose de pénétrer au cœur de l’histoire sociale et culturelle du ballon rond, avec notamment d’excellents dossiers thématiques, par exemple sur « le foot et la colonisation » (avec mise à disposition en téléchargement d’articles universitaires), ou des retours contextualisés sur des moments clefs tels que le match Angleterre-Hongrie en 1953. C’est Bernard Pivot qui va être content... http://www.wearefootball.org

LES FEMMES DANS LES FEDERATIONS

Une femme peut-elle simplement prétendre devenir présidente de la République ? Apparemment, cette hypothétique possibilité empêche les gros sourcils de dormir. Mais au moins la question se pose-t-elle de manière crue et directe. Car, en revanche, on connaît parfaitement la réponse pour le sport. Le site du ministère nous apprend ainsi qu’en octo-bre 2004, seules 5,8 % des fédérations sportives étaient dirigées par une femme (joli exercice statistique pour cacher qu’elles se comptent sur les doigts d’une seule main). Heureusement, elles représentent 14,6 % des trésorières (étonnant, non ?). Bref, si le sport montre l’exemple à la société, la parité à l’Assemblée nationale va rester longtemps un sujet pour les auteurs de science-fiction...

Paru dans Regards n°23, Novembre 2005

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