Accueil > politique | Analyse par Roger Martelli | 20 octobre 2011

Le bateau tangue… mais ne coule pas

À quelques mois de l’élection présidentielle,
la droite ne semble
pas en mesure de réitérer sa
« performance » de 2007. Divisions,
perte du Sénat, sondages en berne…
Si elle cumule les handicaps, tout n’est
pas perdu pour 2012.

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En mai 2007, Nicolas Sarkozy triomphe aisément
de son adversaire socialiste. Au premier
tour, en avril, il a réalisé le meilleur score
(31,2 %) de tous les candidats de droite depuis
Giscard d’Estaing en 1974. Il parvient à l’Élysée
à l’issue d’un parcours qui n’aura pas manqué
d’embûches. Il gagne parce qu’il réussit à reporter
sur le seul Villepin le fardeau des échecs
accumulés depuis 2004 (élections régionales et
européennes, référendum constitutionnel européen,
mobilisation contre le CPE). Celui qui a
été, tout de même, le numéro 2 du dernier gouvernement
Chirac s’est accaparé les attributs
de la rupture… Et surtout, il parvient à se doter
d’une image et d’un projet qui relancent une
droite désespérément à la recherche d’une nouvelle
ossature. Depuis 1986, elle oscille entre un
néolibéralisme qui se veut rassurant (le « balladurisme
 », qui tenta un temps le petit Nicolas…)
et une fibre sociale qui propulse Jacques Chirac
à l’Élysée, en 1995.

À partir de 2001, (il publie alors un essai intitulé
Libre), Sarko se repositionne en mariant, pièce
à pièce, un libéralisme économique pleinement
assumé («  travailler plus pour gagner plus ») et
une revendication sécuritaire qui prend volontiers
une forme violente et provocatrice («  les
racailles
 » et le «  karcher »). Un discours « libéral-
populiste » dont il ne faut pas sous-estimer la
force : il relie dans un ensemble cohérent l’apologie
de l’individu propriétaire, de la communauté
qui l’identifie et de l’ordre qui le protège.
Rêve dangereux, négatif, rétrograde ? Oui ; mais
un rêve tout de même. Une modernité que nous
n’aimons pas, mais qui sonne comme du neuf.

Sur cette base, Sarkozy récupère en 2007 une
part de l’électorat populaire qui s’est senti trahi
dans les deux décennies précédentes. À sa manière, il lui offre un idéal qui se rapproche du self-made-man à l’américaine : celui qui veut réussir
le peut, quelle que soit son origine… L’ancien
ministre de l’Intérieur concentre sur son nom
l’électorat de droite âgé et il contribue à laminer
un Front national, par ailleurs fragilisé par l’usure
de son chef inamovible. Certes, il libère en même
temps une part d’espace vers le centre. Dans la
campagne présidentielle de 2007, François Bayrou
donne même l’impression qu’il peut être le
« deuxième homme » et coiffer au poteau la candidate
socialiste. En fait, la culture du centre est
trop à gauche pour agréger massivement l’électorat
de droite au premier tour, et trop à droite
pour nourrir un vote à gauche au second. Sarko,
au final, perd moins sur sa gauche qu’il ne gagne
sur sa droite.

Tout laisse supposer que le nouveau Président a
réussi l’équation impossible : surmonter les divisions
ancestrales de la droite française, associer
les libéraux et les chrétiens sociaux, les gaullistes
et les « indépendants », attirer la variante
extrême sans se couper irrémédiablement du
centre. Triomphe complet. Quatre ans plus tard,
il est dans la tourmente.

Les difficultés de la droite

Le Président est fragilisé par une chaîne d’événements
et de choix. En 2007, il est persuadé
que le modèle de l’enrichissement à l’américaine
peut séduire une part des catégories populaires
déstabilisées, y compris dans « les quartiers ».
La Rolex, le Fouquet’s et le yacht participent de
cette mythologie de série télé. Erreur de casting…
L’égalité reste une valeur française, et
si les marques s’affichent en banlieue, elles ne
le font pas dans les beaux quartiers. Deuxième
handicap : le Président survitaminé et virevoltant
ne fait pas recette. L’élu de Neuilly très présent
ou le ministre volontaire confortaient la légitimité
du présidentiable. Le nouveau locataire de
l’Élysée a joué l’hyperprésidentialisme : «  l’omniprésident
 », « le tsarkozy », « le p’timonier ». En
fait, le bling-bling présidentiel donne une image
un peu ridicule de fanfaron, non sans vulgarité :
tapage et talonnettes. Cela a du mal à passer.

Troisième handicap : le candidat avait surestimé
les possibilités du discours volontariste façon
Henri Guaino. Le « retour de l’État » est un
mythe dans l’économie virtuelle du tout financier.
Si l’on accepte les supposées lois du marché
et les injonctions des experts de la Bourse,
les marges de manoeuvre publiques sont inexistantes.
Les promesses sont dès lors volatiles
par nature, même dans le sécuritaire. Enfin,
quatrième handicap, proprement meurtrier : la
crise. Elle est violente et fait éclater toutes les
images en même temps. Difficile, quand tout
craque, de broder sur le « enrichissez-vous ».
Quant à l’État, il est dans les mêmes affres que
ses voisins : il suit péniblement les aléas financiers,
n’anticipe rien, ne résout rien.

Les quatre handicaps cumulés défont le socle
présidentiel. Les inimitiés, produites par une
gestion personnelle brutale, se multiplient.
Dati passe du Capitole à la roche Tarpéienne,
Boutin se fâche, Devedjian devient un quasi-
opposant. L’UMP n’a plus de ciment idéologique et se met à tanguer. L’électorat de la
droite classique est rebuté par les paillettes,
les catégories populaires hier tentées renâclent
devant le Président des riches, la droite extrême
attend davantage d’ordre concret et revient à
l’original plutôt que de s’attacher à la copie.
La droite réunifiée de 2007 est plus divisée
que jamais. Nouveau paradoxe : si l’on suit les
sondages, elle est majoritaire au premier tour.
Mais l’équation magique est en panne. Au premier
tour, Sarkozy n’est pas sûr de parvenir au
seuil de crédibilité qui le place en position favorable
au second. Un score trop faible de ses
concurrents de droite limite ses réserves face
à la gauche ; un score trop fort délégitime sa
propre image de champion de la droite tout
entière.

Tout n’est pas perdu ?

Proclamer par avance la droite défaite est trop
rapide. Le futur Président sortant a des atouts
plutôt de taille. Tout d’abord, on ne sait si Marine
Le Pen est à son maximum ou si elle a des
réserves, une fois passé l’attrait de la nouveauté.
Et quel que soit le niveau frontiste du premier
tour, a priori, le relatif recentrage du discours
va faciliter les reports de voix. L’angoisse de
la déperdition des électeurs du Front national,
cultivée par François Mitterrand, est sans doute
passée.

Le centre, par ailleurs, n’a pas disparu : dans les
sondages, Borloo et Bayrou approchent à eux
deux l’attraction de Bayrou seul en 2007. Pour
l’instant, la concurrence domine de ce côté de
l’échiquier politique. Quel sera le niveau d’arrivée ? Difficile à dire. Ce qui comptera, au final,
c’est de savoir où sera le… centre de gravité
du centre. Pour l’instant, il semble bien rester à
droite. Les sirènes socialistes n’aguichent pas.
Borloo accroche davantage que Bayrou.

Enfin, la crise n’affecte pas que la droite au pouvoir.
Le socialisme aussi est confronté à elle.
Dans le pays du premier responsable socialiste
européen, George Papandreou, la social-démocratie
de gouvernement n’est pas à la fête. Tony
Blair n’est plus là. L’incertitude socialiste peut,
avec le temps, aider la droite à se sortir du trou.
En principe, la gauche française tient la
corde. Le rejet suscité par le Président sortant
reste conséquent. Mais la droite n’est
pas laminée. N’excluons pas l’idée que sa
dispersion n’est peut-être pas qu’un handicap.
Faute de liant idéologique, aucun
candidat ne peut espérer une dynamique
analogue à celle qui porta Sarkozy en avril 2007.
En démultipliant ses candidats, la droite
ratisse ses fonds et évite ainsi de laisser trop de
forces en sommeil au premier tour. Auquel cas,
le sprint final sera disputé.

2004-2007 : désastre annoncé, défaite évitée

À la veille de 2007, la situation à
droite est délicate. Quand Jacques
Chirac achève son second mandat, le
niveau de positionnement à gauche
(36 %) est sensiblement plus élevé que
celui d’une droite (31 %) qui a perdu
cinq points en cinq ans. La séquence
politique 2004-2006 a été difficile. Les
régionales du printemps 2004 ont fait
perdre 12 régions à la droite et les
européennes ont été jugées exceptionnelles
pour le PS. En 2005, le non
l’emporte au référendum constitutionnel
européen et, en novembre, c’est
la « révolte des banlieues ». Enfin, en
2006, l’ampleur du mouvement contre
le CPE concrétise l’idée que le Président
et sa majorité ont perdu la main.
Et pourtant…

Portfolio

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