Accueil > économie | Par Gülay Erdogan | 1er avril 2009

Le centre de santé est un régulateur de justice médicale

Alors qu’une réforme très discutée de la santé publique est en cours d’examen à l’Assemblée nationale, le Dr Hidouche nous explique pourquoi il est important de soutenir les structures d’accès à la santé au lieu d’augmenter l’injustice médicale et sociale.

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« Je suis médecin angio-phlébologue. Je suis arrivée au centre municipal de santé de La Courneuve tout à fait par hasard, il y a plus de dix ans, pour remplacer en urgence un confrère médecin. Mais je reste convaincue que si on vient par hasard dans un centre municipal de santé, on n’y reste jamais par hasard. Même si je ne passe pas autant de temps dans un centre qu’un médecin généraliste, je me considère comme médecin de centre de santé à part entière. Je partage mon temps de travail entre les centres de santé de La Courneuve, Stains et Pantin. Ces structures sont surtout soutenues par les villes de gauche, notamment communistes. Au départ, les centres ont été perçus comme des « dispensaires des pauvres ». Mais nous faisons vraiment une médecine de qualité malgré le manque de moyens parfois. La population plébiscite les centres, car on n’avance pas d’argent pour une consultation. Même si, de plus en plus, les médecins libéraux appliquent le tiers payant (le patient ne débourse que le montant non remboursé par la Sécurité sociale), certains malades n’ont même pas les moyens de le financer.

Aux 4 000, à La Courneuve on est au cœur d’une population qui a beaucoup de soucis et pas simplement de santé. En venant ici, ces personnes savent qu’elles vont bien être prises en charge, surtout par leurs médecins traitants généralistes. En tant que phlébologue, je suis un peu plus en retrait mais, bien sûr, j’y participe aussi. Les gens viennent nous voir pour avoir des avis, des conseils car ils sentent qu’ils sont écoutés. Les personnes s’approprient le centre et ils se sentent ici comme chez eux. Les familles et les médecins se connaissent parfois même sur plusieurs générations. Chaque centre de santé est le reflet de la ville dans laquelle il s’inscrit, il y a des ambiances et des cultures différentes d’un centre à l’autre. Cela est dû aussi aux sensibilités politiques des villes. Nous ne sommes pas des fonctionnaires mais nous sommes salariés de la municipalité ; nos revenus ne sont pas liés à l’activité, c’est-à-dire au nombre de patients vus. C’est aussi pour ça que j’ai choisi de pratiquer en centre de santé, car je suis affranchie du côté financier. Je n’ai pas de rapport d’argent avec mes patients. Je considère que le centre de santé est un régulateur de justice médicale et sociale.

Malheureusement, en ce moment le gouvernement va dans le sens contraire des besoins des patients et des médecins. La réforme de santé défendue par Roselyne Bachelot dite « Hôpital, patients, santé, territoires » prévoit de payer les praticiens en fonction du nombre de malades vus. J’y suis, comme mon syndicat, l’Union syndicale des médecins de centre de santé, très opposée. Il m’arrive de rester avec un patient 30 à 50 minutes, parce que c’est nécessaire. Si cette loi est appliquée, il y a des risques d’exclusion des personnes déjà en situation de précarité. Cette réforme prévoit des maisons de santé de proximité mais, contrairement aux centres de santé, les médecins fonctionneront de façon libérale. »

propos recueillis par Gülay erdogan

Paru dans Regards N°61, avril 2009

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