Accueil > actu | Par Delphine Dauvergne | 11 août 2009

Le cinéma en plein air de la Villette revient à la gratuité

A l’heure où le débat sur la gratuité fait rage dans la culture et les services publics, le festival du Cinéma en plein air de la Villette redevient gratuit pour un accès à tous, dans un idéal d’égalité démocratique.

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L’édition 2008 du festival avait dû être payante pour la première fois depuis 18 ans. Une nouvelle réglementation du Centre national de la cinématographie (CNC) faisait passer les programmations des cinémas en plein air devant une commission de régulation qui interdisait les œuvres trop récentes ou trop grand public. Si les cinémas en plein air décidaient de maintenir leurs programmations, on considérait alors qu’ils faisaient concurrence aux exploitants commerciaux et on leur imposait d’être payants. Le tarif minimum exigé par le CNC était de deux euros. C’est cette solution que le festival de la Villette a choisie, refusant de changer sa programmation au dernier moment. La gratuité ne concernait plus que des cas particuliers comme les chômeurs et les enfants. Autre problème : la diffusion de publicités sur l’écran avant le film. Le CNC ne touchant pas de taxes sur ces publicités, elles ont été interdites pour les festivals gratuits, empêchant ces manifestations de se financer avec elles.

Cette année, Jacques Martial, le président du parc de la Villette, a tout mis en œuvre pour un retour de la gratuité. D’où son choix de supprimer les publicités. Pour lui, « il n’a jamais été question de maintenir l’aspect payant »  : « Il est très important que le cinéma de plein air demeure gratuit pour que tous ceux qui sont à Paris -Parisiens ou de la banlieue- puissent profiter d’une activité culturelle et festive, même s’ils ne peuvent pas partir en vacances l’été » .

EFFICACITE DE LA GRATUITE

Avec ses 67 000 spectateurs en 2008, le festival a atteint sa fréquentation la plus basse. Les spectateurs ont été voir moins de films à cause du prix mais aussi quelquefois par simple boycott alimenté par les pétitions qui ont circulé ainsi que les réactions médiatiques que ce changement a provoquées. Estelle et Céline, quant à elles, viennent cet été pour la troisième année consécutive, armées de leurs oreillers et de tout l’attirail fétichiste des habitués, les couvertures et l’incontournable pique-nique. Les deux jeunes filles, qui n’ont vu qu’un seul film l’année dernière, ont d’ailleurs constaté qu’elles n’avaient pas été les seules à bouder le festival. « Il y avait beaucoup moins de monde » , estiment-elles. « Le retour à la gratuité nous a permis d’en voir plus » . Pour elles comme pour tous les jeunes, ce festival est l’occasion de sortir à moindre coût l’été pour voir des films qu’ils ne seraient pas forcément allés voir. Il offre une programmation hétérogène du film grand public au film d’auteur, le but étant, pour Jacques Martial, que « des personnes qui peut-être n’iraient pas voir certains films en salle profitent de cette gratuité et de la mission culturelle et éducative du cinéma en plein air » .

ACCES A LA CULTURE POUR TOUS

L’accueil chaleureux et massif des spectateurs atteste de la réussite du festival dont « la rentabilité » , selon Jacques Martial, « n’a jamais été la vocation » . Cette année, le public est de retour, encore plus massif que les années précédentes, avec la mixité sociale caractéristique de ce cinéma en plein air. « Ce n’est pas les mêmes profils [quand c’est payant], il faut qu’il y ait tous les publics, la Villette est un lieu de non-exclusion, donc dans le cinéma de plein air demander au public de payer c’est d’emblée exclure ceux qui vont venir à cinq [...] et pour qui c’est beaucoup d’argent » , affirme le président. Il est d’autant plus important pour lui de garder un public populaire que la Villette se situe au croisement de différents quartiers populaires. Il tient à cette « mission de service public » du festival.

Quid du principe de gratuité étendu aux musées par exemple ? Jacques Martial estime, pour sa part, « que toute forme de culture doit être la plus accessible possible au plus grand nombre. Mais [...] la gratuité n’est pas une fin en soi, il faut arriver au public que l’on souhaite atteindre par la médiation culturelle sinon c’est un service rendu aux plus riches, car l’attitude de la pratique culturelle n’est pas encore partagée de manière équitable » . Si le chemin est encore long pour permettre l’égalité devant la culture, la gratuité permet cependant d’ôter une imposante barrière.

LOGIQUE COMPTABLE

Le festival compense sa gratuité grâce à des services optionnels payants comme la location de transats et de couvertures. « Le moment que l’on passe est au moins aussi important que le film que l’on vient voir » , assure le président. Les transats entrent dans cette logique conviviale. Car les spectateurs viennent surtout pour l’ambiance festive et arrivent très en avance pour profiter de la pelouse ensoleillée. Les familles et groupes d’amis viennent pique-niquer et l’on assiste au déballage d’une sorte de « Paris pelouse » qui devient alors une grande pièce à vivre où l’on se retrouve pour regarder un bon film et où la plupart semblent être des habitués.

Par ces temps de crise où l’on essaie de rendre rentable le moindre mètre carré des jardins de Versailles, et notamment du hameau de la Reine, ce festival donne une leçon à tous les adeptes de la logique comptable.

D.D.

A lire aussi sur la gratuité des transports : http://www.regards.fr/article/?id=4197 et sur les jardins de Versailles : http://louvrepourtous.fr/Liberons-les-jardins-de-Versailles,225.html

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