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Accueil > Culture | Reportage par Thomas Bauder | 26 octobre 2012

Le cinéma et ses formes, le regard de la sociologie politique

Travelling, fondu enchaîné, ou genre cinématographique, les dispositifs des films sont définis, produits, et diffusés dans des espaces structurés par des rapports de pouvoir. La journée d’études que proposent ce lundi Gael Marsaud et Georges Meyer à l’université de Paris 8 se propose d’interroger et d’éclairer les enjeux politiques des formes filmiques avec entre autres interventions, celle de Mathieu Trachman sur la politique des films X. Focus.

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Au menu quelques interventions alléchantes sont programmées, tant sur le cinéma militant des années 70 en France (par Romain Leclerc), que sur les formes du documentaire (Aude Servais) sans oublier l’usage militant de l’écriture filmique, notamment dans ses manifestations syriennes (Cécile Boex). De son côté Mathieu Trachman concluera la journée en prenant la parole autour des « Représentation des fantasmes et (la) politique de la sexualité (ainsi que d)es enjeux sexués de la politisation de la pornographie ».

Là où l’on se pose souvent la question de savoir en quoi les films pornographiques peuvent être politiques, Mathieu Trachman, lui, retourne l’interrogation pour se demander comment et sous quelles conditions les gens, appartenant à l’industrie des fantasmes pornographiques, revendiquent la dimension politique du X. Jeune docteur en sociologie, enseignant à l’EHESS, Trachman mène depuis plusieurs années ses investigations sociologiques sur le milieu du X français au sein duquel il a mené de nombreux entretiens avec les producteurs, réalisateurs, acteurs, hommes ou femmes, de ce secteur particulier du cinéma.

Cette particularisation à l’intérieur de l’ensemble de productions d’images et de sons, voilà qui constitue pour Trachman la première raison par laquelle le porno entre dans une catégorie politique. En tant qu’elle est définie de l’extérieur, par l’Etat et ses organismes de contrôle, comme le CSA ou la commission d’agrément des films.

Une fois revenus sur les conditions et les arguments ayant présidés au vote de la loi instituant une catégorie X, notamment dans sa distinction entre cinéma et support masturbatoire, (et à une époque où pas mal de pornographes appartiennent encore à la fine fleur des réalisateurs et techniciens français sortis de l’IDHEC) il s’agit d’interroger la question politique à l’intérieur de cette catégorie d’Etat.

Dès lors Trachman définit 3 aspects de cette catégorie politique. Premièrement la dépolitisation des producteurs et réalisateurs qui se voient comme investisseurs dans un marché assez vaste : celui des fantasmes. Pour eux il s’agit de légitimer leur activité en la dépolitisant. Deuxièmement, la dimension politique du discours tenu par certains réalisateurs qui comme John B. Root contestent la censure, celle d’Etat bien évidemment, mais aussi celle que peuvent incarner les féministes « tradi » lorsqu’elles énoncent que le porno avilit la représentation sexuée des femmes, déforme la construction de la sexualité adolescente etc.

La question des réalisatrices constituent en fin le troisième point du rapport au politique. Trachman remarque qu’on attend des filles et de femmes qui réalisent des films X le fassent de manière subversives. Tout ce passe comme si s’exprimait là une injonction à la subversion tant dans leurs travaux que dans leurs discours, un « impératif sexué de politisation » comme le souligne le sociologue. Alors qu’on attend des hommes pas plus que de satisfaire un « besoin », on fait porter à la place de réalisatrice, des enjeux conjugaux, relationnels, de représentation, « reconduisant ainsi une vision différencialiste » entre les unes et les autres.

Ici l’impertinence de Trachman consiste à ne pas se contenter de convoquer la figure, forcément politique d’Ovidie, mais à la mettre en perspective avec celle, un peu oubliée, sauf par les fans du Journal du Hard du milieu des années 90, de Laetitia. Laetitia, qui en quelques années épuisa le champ esthétique et fantasmatique de ce genre dans le genre qu’est la séquence « amateur » (n’importe qui baise devant la caméra). Laetitia qui revendiqua le droit à la vulgarité, la même que celle des hommes, ni plus ni moins.

Au milieu de ce décodage passionnant, certain(e)s pourraient néanmoins ressentir une certaine déception : que Mathieu Trachman axe ses recherches principalement sur les stratégies professionnelles, au détriment d’un travail d’analyse d’images. En clair, il n’y aura pas de projections d’extraits de films de culs, de bites et de chattes. On se contentera d’en parler. Dommage ?

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