Accueil > idées/culture | Par Marion Rousset | 1er février 2004

Le journal de la culture

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Coincée entre le sport et la météo, la culture ne pèse pas lourd à l’heure la plus prisée des chaînes télévisées. Saupoudrée en fin de JT pour le plaisir des yeux et des oreilles, elle clôt le rendez-vous quotidien sur une note positive. Coup de projecteur sur le dernier film à l’affiche. Quelques scènes clés, un commentaire succinct pour résumer l’histoire, trois mots du réalisateur en bonus quand le temps ne presse pas trop. Fin du journal télévisé. La suite de votre soirée après les dix minutes rituelles de publicité. Emballez, c’est pesé. Après les conflits qui s’enlisent, l’hiver rigoureux, les réformes en marche, une pause détente s’impose. L’information culturelle est là pour divertir des téléspectateurs supposés déprimés par l’actualité. Elle ne dérange pas, ne questionne pas, ne fait pas sens. Elle repose.

Arte prend ses consœurs à contre-pied. Elle a décidé de poursuivre sa mission en lançant, début janvier, un journal quotidien consacré à la culture européenne. Le concept existe déjà en Allemagne mais en France, la chaîne est pionnière, si l’on ne tient pas compte de feu « Rive droite, rive gauche » sur le câble. « Quelqu’un me disait un jour : c’est comme si Eurosport ne parlait pas de foot ! », note Jean-François Ebeling, responsable de ce nouveau rendez-vous. Le créneau horaire, déjà très encombré, est à lui tout seul un défi à surmonter : l’émission occupe les écrans du lundi au samedi à 20 heures précises, moment de la journée particulièrement monopolisé par France 2 et TF1. Elle dispose de douze minutes pour défricher les pratiques culturelles au-delà de nos frontières. A Paris comme à Berlin, mais aussi dans dix capitales qui rejoindront l’Union le 1er mai 2004.

Sur le plateau, les tons rouge orangé avivent la présentation toute de sobriété de la journaliste allemande Annette Gerlach, au style délibérément décontracté. La semaine prochaine, ce sera sa collègue française Florence Dauchez qui animera l’émission. Au programme de la soirée, une sélection éclectique à l’écart des sentiers battus : des images de la citadelle de Bam détruite par le séisme qui a ravagé la ville iranienne, la visite d’une exposition berlinoise sur les homosexuels et les lesbiennes après guerre, émaillée du témoignage d’un Allemand ayant vécu cette époque de répression féroce. Sans oublier le « must » : pour les plus branchés, une plongée dans « les lieux secrets de l’art contemporain » à Paris. Un intitulé prometteur qui tranche avec une approche institutionnelle. Le reportage commence dans un « bus pour néophytes » tout droit conduits à l’appartement privé d’un collectionneur. C’est la première escale du parcours atypique que propose l’agence Art Process. Le journaliste détient les clés d’autres espaces insolites comme cette galerie à laquelle un pass permet d’accéder jour et nuit et ce centre photographique en pointe « au-delà du périphérique ».

Art contemporain, théâtre, danse, architecture, sortie de livres et de films, mode, arts de la rue... Arte part sur les traces de ses coups de cœur. Du « petit musée poétique » de Gênes consacré au théâtre d’ombre, au film de Sofia Coppola, Lost in translation. S’autorisant parfois à décrocher de l’actualité. « On ne va pas s’interdire de parler d’un livre publié en France parce qu’il n’aurait pas de public en Allemagne », affirme Jean-François Ebeling. A raison de trois ou quatre reportages par émission, les sujets ont l’allure de clins d’œil. Forcément trop courts. Mais la démarche inhabituelle aiguise le désir d’en savoir plus.

A la lumière de la scène, Arte préfère le travail de l’ombre. Elle affectionne en particulier les lieux décalés. Les coulisses du théâtre des Bouffes du Nord, par exemple. Juste avant la première du Misanthrope de Molière, la caméra filme les angoisses du metteur en scène et les répétitions des acteurs. Lesquels évoquent la contrainte de l’alexandrin, coquille vide quand « le concret manque ». D’ordinaire invisible, le processus créatif est ici décortiqué. Gênes, capitale culturelle 2004 avec Lille, en est aux préparatifs. Sur les pas d’un poète italien, on se promène dans ses ruelles encore épargnées par l’agitation des festivités. Avec l’impression d’être entré par une porte dérobée.

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