Accueil > Société | Par Marie Nossereau | 1er mars 2008

Le Monde selon Monsanto/ Arte documentaire : qui résiste au désherbant Round-Up ?

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Le documentaire démarre sur une image saisissante, celle d’une nature standardisée, quelque part au fin fond des Etats-Unis. Grâce au soja transgénique « Round-Up ready » le champ s’étend sur des kilomètres sans une seule mauvaise herbe, les plants tous strictement de même taille et de même couleur. Le soja transgénique est génétiquement modifié pour résister au désherbant Round-Up, le produit phare de la firme Monsanto. Ainsi, ce champ est inondé de Round-Up plusieurs fois par an. Toutes les mauvaises herbes pourrissent en quelques heures, sauf... notre soja.

Bienvenue dans ce « wonderful world » que la firme Monsanto appelle de ses vœux dans l’un de ses rares spots de publicité, destinés à l’Amérique du Sud en l’occurrence. Un monde où la nature serait préservée, mais domestiquée, contrôlée, finalement mise au pas (mais ça, Monsanto ne le dit pas... enfin pas ouvertement). Un monde où les rivières seraient pures, les campagnes opulentes et les enfants bien nourris.

La journaliste Marie-Monique Robin, Prix Albert Londres en 1995 pour un documentaire intitulé Voleurs d’yeux, signe cette fois pour Arte une enquête fascinante sur Le Monde selon Monsanto. La journaliste a commencé par recueillir des informations sur Internet, média de prédilection des adversaires de Monsanto. C’est là qu’elle a cerné les problématiques, choisi ses interviews et accroché ses premiers contacts. Puis elle est partie en reportage aux quatre coins du monde pour essayer de comprendre d’où la firme tirait sa toute-puissance, pourquoi elle était si controversée. Le résultat est saisissant.

Tout commence, pour Monsanto, par un mensonge fondateur, qui a mis, et met toujours, la vie de plusieurs dizaines de milliers de personnes en danger à Anniston, Alabama. Là-bas, la firme a fabriqué pendant cinquante ans des PCB, des huiles chimiques utilisées comme isolant dans les transformateurs électriques. L’usine a déversé ses millions de litres d’eaux usées dans le canal de Snow Creek qui traverse la petite bourgade d’Anniston. Le résultat, catastrophique, s’est fait attendre environ une dizaine d’années après l’interdiction des PCB dans les années 1980 : cancers, hépatites, diabètes, des taux de mortalité ahurissants. Certains scientifiques ont tenté une fois de lâcher des poissons dans le canal : les poissons sont morts en trois minutes et trente secondes !

Le pire, c’est que Monsanto savait, dès les années 1960, que les PCB représentaient un danger gravissime. Pourtant, la firme a fait l’autruche, refusant de sacrifier, selon des documents qui ont été rendus publics ultérieurement, « un seul dollar de business ».

Difficile, donc, de croire Monsanto, quand elle affirme aujourd’hui que Round-Up est biodégradable (deux condamnations, au Canada et en Europe, pour publicité mensongère : en fait le Round-Up se dégrade seulement de 2 % au bout de 28 jours) ou bien quand elle clame que les OGM ne sont pas nocifs.

Marie-Monique Robin démonte pièce après pièce le discours de la firme, vérifie chacune de ses assertions, interroge les acteurs, porte sa caméra là où elle peut vérifier les informations et déceler une vérité pas belle à voir : aux Etats-Unis, les agriculteurs n’ont pas peur des commandos anti-OGM, bien au contraire, ils craignent les détectives privés embauchés par Monsanto qui parcourent les campagnes pour vérifier systématiquement si toutes les semences achetées ont bien

été semées. Question de brevet. Au numéro vert 1 800.ROUNDUP, les paysans peuvent même moucharder leurs voisins s’ils ont un doute.

Voilà pour l’anecdote. Il y a tout le reste : les enfants malades, les scientifiques virés du jour au lendemain pour avoir osé émettre ne serait-ce qu’un léger doute, les vaches shootées aux hormones et leurs ovaires gonflées, le maïs transgénique qui se répand de façon incontrôlable, la biodiversité en danger, les hommes politiques inconscients peut-être, ignorants sans doute, les millions de dollars qui passent sous les tables, et le sourire Colgate des rares représentants de Monsanto qui apparaissent furtivement en images d’archives, faute d’avoir accepté de répondre aux demandes d’interview répétées de la journaliste.

Il ne faut pas rater ce documentaire. Même si, parfois, la firme Monsanto y est un peu décrite comme l’auteur de tous les maux de la terre. Mais la journaliste déjoue les puissantes stratégies d’influence mises en œuvre par Monsanto dans le monde entier. Et contre elles, peu d’armes : le savoir, l’information et une certaine notion du bien commun. Marie Nossereau

Le Monde selon Monsanto, mardi 11 mars à 21heures sur Arte

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