Accueil > idées/culture | Par Antoine Châtelain | 1er juin 2006

Le post-libéralisme verra-t-il le jour ?

De l’antilibéralisme au post-libéralisme, évolution d’un projet vers le dépassement d’une simple négation.

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Le mouvement « antimondialisation » s’est heureusement déporté, dans le vocabulaire, vers un « altermondialisme » qui atténue la charge uniquement protestataire pour promouvoir une vocation plus projective, plus propositionnelle, en un mot plus « alternative ». Pour l’instant, la critique du libéralisme reste accolée au préfixe « anti ». Or sa durabilité est conditionnée aussi au passage du « contre » au « pour », de « l’anti » à « l’alter ». Mais, à la différence de l’altermondialisme, l’antilibéralisme ne doit surtout pas se muer en « alterlibéralisme ». C’est plutôt un « postlibéralisme » qu’il convient de penser.

De ce point de vue, les choses ont positivement évolué dans la dernière période. Chaque composante du courant critique s’est essayée à la proposition. Les courants de gauche du socialisme français ont multiplié les propositions, dans une optique plus ou moins ouvertement « néokeynésienne » (Liêm Hoang-Ngoc, Jacques Généreux (1)). Le Parti communiste s’est efforcé de rassembler les siennes dans un projet-programme global, adopté lors de son récent congrès (2). La Ligue communiste en a fait de même (3). Depuis quelques années, la Fondation Copernic a produit plusieurs « Notes » qui juxtaposaient toutes une critique de la situation existante et des pistes de propositions alternatives (4).

La campagne référendaire de 2005 a accéléré le processus de production alternative. Quelques semaines avant le scrutin du 29 mai, une cinquantaine de personnalités rendaient publiques des « Propositions pour une relance européenne » où elles esquissaient une trame de réformes, à la fois économiques, sociales et institutionnelles, qui avaient vocation à restructurer l’ensemble du dispositif de l’Union. Dans la foulée, les « collectifs du 29 mai » se sont fixé l’objectif de globaliser leur propres propositions. Ils l’ont fait dans leur rencontre nationale en adoptant une « Charte pour une alternative antilibérale » (5). La Charte est construite autour de huit thèmes principaux : sécuriser l’emploi et augmenter le niveau de vie ; installer un socle de droits collectifs et individuels ; la dimension transversale de l’objectif d’égalité hommes/femmes ; une nouvelle appropriation sociale et une refondation des services publics ; engager des politiques publiques actives, avec des moyens correspondants ; un renouveau démocratique ; un nouveau type de développement ; une autre Europe dans un autre monde.

Le projet « post-libéral » devra encore gagner en épaisseur, en précision économique (l’articulation des objectifs et des moyens) et en intégration (pour l’instant, les pièces du projet sont plus juxtaposées qu’articulées dans un système). Mais nous n’en sommes plus seulement à l’énoncé de ce qui ne peut plus être. Le passage au politique devrait permettre de conforter l’ensemble, de dépasser les points faibles, de surmonter les contradictions les plus vives. Peut mieux faire... mais l’ensemble est convenable.

//1. Liêm Hoang-Ngoc, Refermons la parenthèse libérale !, La Dispute, 2005 ; Jacques

Généreux, Chroniques d’un autre monde, Seuil, 2003.//
2. www.pcf.fr
3. www.lcr-rouge.org
4. Tout récemment la Fondation a publié un petit recueil,Propositions pour se sortir du libéralisme, aux éditions Syllepse.
5. www.collectifdu29mai.org

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