Accueil > politique | Par Catherine Tricot | 25 octobre 2011

Le président des grandes villes

Au-delà des promesses non tenues,
Nicolas Sarkozy peut faire
valoir la cohérence de sa vision
politique. Pour jouer sa carte dans la
mondialisation libérale, il donne la priorité
aux grandes villes… Même si cela
lui coûte cher auprès des populations et
des élus de banlieue, des territoires.

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Devant les électeurs, Nicolas Sarkozy ne va pas
éluder son bilan. Au contraire, il valorisera son action
« réformatrice », face à une gauche accusée de
conservatisme, d’immobilisme, de manque d’idées.
Et il pourra faire valoir qu’il a fait montre d’une vision
cohérente, aux effets tangibles, notamment dans
la réorganisation du territoire national en faveur
des grandes villes. Son approche, il la doit à son
expérience politique : ancien maire de Neuilly
et Président du conseil général des Hauts-de-
Seine, il est le premier Président issu de la ville.
Il sait bien que la mondialisation libérale se joue
d’abord dans un réseau restreint de quelques
métropoles mondiales où se concentrent la richesse,
les savoirs et les pouvoirs de décision.
Contre l’ancien tissu urbain français constitué
de 36 000 communes et d’une myriade de
petites villes organisant un territoire essentiellement
rural, Nicolas Sarkozy donne la priorité
absolue aux métropoles.

Ce choix a des prolongements dans tous les
aspects de l’action de l’État : recomposition
des pouvoirs avec la réforme des collectivités, redistribution de tous les services de la vie publique.
Ainsi mise en chantier dès son entrée
en fonction, la carte judiciaire aura conduit à la
suppression de près de 400 juridictions, dont
17 tribunaux de grande instance (TGI). Leur liste
est éloquente : les villes visées sont de petite
taille, jugées inutiles dans la modernité métropolitaine
 : Marmande, Abbeville, Saumur, Dole,
Avranches, Hazebrouck, Tulle, Montbrisson ;
Saint-Dié, Rochefort, Dinan, Guingamp, Morlaix,
Riom, Bernay, Saint Gaudens.

La carte militaire est, elle aussi, redessinée et
83 sites sont supprimés. La logique n’est plus
celle d’une défense du territoire, mais d’efficacité
offensive, à l’échelle internationale. Le
général Jean-Vincent Brisset expose la philosophie
de la réforme : « Il s’agit de pouvoir projeter
une grande unité, 15 000 hommes, avec
ses soutiens interarmées complets, à partir
du minimum d’endroits possibles. Il est inutile
d’avoir un régiment de reconnaissance, aussi
prestigieux soit-il, à Dieuze (Moselle) si son
unité de commandement est à l’autre bout de la
France.
 » Adieu Dieuze.

Une vision restrictive

La carte universitaire est reprise. Gagner des
places dans le classement de Shanghai devient la
boussole. Les regroupements sont imposés. 21
pôles de recherche et d’enseignement supérieur
(PRES) sont constitués : «  C’est un moyen de
prendre place dans la compétition scientifique
internationale
 », annonce le site du ministère.
Dans la foulée, la gouvernance des universités
est remise à plat. Il s’agit de « conforter la performance
économique d’un territoire par un réseau
université-entreprise-collectivité territoriale
 ». La
loi Hôpital, patients, santé, territoires relève de
cette logique de concentration sur des pôles, entraînant
de nombreuses fermetures de services,
aggravant les déserts médicaux. La politique de
métropolisation est conduite avec autoritarisme
et une radicalité sans nuance, payée comptant
dans les élections locales et sénatoriales.

Pour Nicolas Sarkozy, la grande ville est une actrice
du développement et non un simple réceptacle.
Il sait qu’ici se trouve le noyau de notre
modernité, régressive ou propulsive, inégalitaire
ou partageuse. La cohérence qu’il dessine se
polarise sur la richesse économique, autour de
la notion de compétitivité des territoires et de
pôles d’excellence. Nicolas Sarkozy voit la ville
essentiellement comme un réseau d’infrastructures.
Du Grand Paris, dont il est le promoteur
dès son élection, il a une conception bien arrêtée,
construite autour de quelques lieux qui sont
pour lui autant de symboles : La Défense 2,
Roissy, Orly, Saclay. Il veut prendre la première
place financière à Londres, rêve d’une Silicon
Valley
à la française. Le Grand Huit qu’il projette
doit relier les principaux pôles de la région aux
portes mondiales que sont les aéroports. Ironie
de l’histoire, ce projet de métro de la métropole
sera largement soutenu et amendé par les collectivités
de gauche de la région jusqu’à en faire,
un projet utile aux habitants, au désenclavement,
aux banlieues.

Cette vision de la ville est restrictive. Elle génère
destruction, rupture d’histoire et montée des inégalités,
rejet de l’autre. Elle ignore et maltraite la
base de l’enjeu urbain : constituer le creuset où
naissent les créations modernes, être le chaudron
de la diversité, du cosmopolitisme, du mouvement.

Face à ses choix la gauche n’a pas su formuler
ses critiques dans un cadre global et cohérent.
Difficulté à articuler une pensée alternative de la
mondialisation avec le projet d’une autre métropolisation
 ? Contradictions internes entre départements,
entre villes ? La riposte a été faiblement
globale. Le Président sortant pourrait être le bénéficiaire
d’une cohérence qu’il a assumée, mise
en oeuvre avec persévérance en région Ile-de-
France et sur tout le territoire.

Portfolio

Vos réactions
  • envoyer l'article par mail envoyer par mail
  • Version imprimable de cet article Version imprimable

Vos réactions

Forum sur abonnement

Pour poster un commentaire, vous devez vous enregistrer au préalable. Merci d'indiquer ci-dessous l'identifiant personnel qui vous a été fourni. Si vous n'êtes pas encore enregistré, vous devez vous inscrire.

Connexions’inscriremot de passe oublié ?