Accueil > monde | Par Frédéric Sire | 1er novembre 2006

Le président israélien soupçonné de viol

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L’information m’est apparue comme à peine croyable, car extraordinaire : au premier sens du terme. Le président de l’Etat hébreu, Moshé Katsav, est soupçonné du viol de deux femmes, au cours des années 1980 et 1990, alors qu’il était ministre du Tourisme, et de harcèlement sexuel envers cinq autres femmes. L’affaire a été rendue publique en août dernier et a rebondi à la mi-octobre. L’acte d’accusation, en cours de rédaction, devrait également mentionner actes indécents, écoutes illicites, prévarication et obstruction à la bonne marche de la justice. Moshé Katsav pourrait encourir jusqu’à 16 ans de prison.

Qu’un homme de pouvoir ait violé des femmes n’est pas une nouveauté. Cela relève même d’une triste banalité. Le viol est un acte de domination, l’expression ultime du système patriarcal. Et nous savons bien que des hommes abusent de leur situation de pouvoir pour commettre ce type de crimes, et que les violeurs se recrutent bien plus qu’on ne le pense parmi les classes dominantes. Ce qui l’est moins et apparaît même comme assez étonnant, c’est que des femmes osent porter plainte contre un président de la République. Elles brisent des tabous à l’œuvre partout à travers le monde et osent affronter les sommets de l’Etat. Ce fait est inédit par son ampleur, mais pas isolé : il fait suite au scandale créé par les révélations d’une jeune soldate israélienne, accusant le ministre de la Justice de l’avoir embrassé de force sur la bouche aux premiers jours des opérations militaires d’Israël au Liban.

Devant les démentis répétés du président, qui n’est plus aujourd’hui en mesure d’exercer ses fonctions, pourtant purement honorifique : il a par exemple renoncé à ouvrir la session d’hiver de la Knesset, le parlement israélien :, une procédure de destitution pourrait être lancée. Le maintien de Moshé Katsav : malgré son refus répété de démissionner : à son poste paraît de jour en jour plus illusoire, et les observateurs dressent déjà la liste de ses remplaçants éventuels. Plusieurs noms circulent déjà, neuf mois avant l’échéance normalement prévue de son mandat. Parmi eux figurent ceux de deux Prix Nobel de la Paix : l’écrivain américain Elie Wiesel et l’actuel vice-premier ministre Shimon Pères, que Katsav avait battu lors de l’élection présidentielle.

Dans le concert de réprobations qui entoure désormais Moshé Katsav, on distingue toutefois quelques esthètes qui trouvent matière à s’extasier, et illustrer du même coup la permanence et la prégnance de certains stéréotypes, où le cynisme le dispute à l’odieux. Vladimir Poutine a ainsi chaleureusement félicité le premier ministre israélien de la vigueur et de la « puissance » de son président : « Il a violé dix femmes ! On l’envie tous ! » Si le porte-parole du Kremlin a tenté de minimiser l’ampleur des propos de Poutine en déclarant que « parfois la traduction du russe vers l’anglais ne reflète pas l’essence d’une plaisanterie. C’est le cas ici », il reste que la réflexion sur l’exercice du pouvoir et de ses effets reste aujourd’hui encore un exercice essentiel d’expression de la démocratie.

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