Accueil > politique | Analyse par Roger Martelli | 13 novembre 2012

François Hollande, le réalisme de la rupture

Six mois à peine après son arrivée à l’Élysée, François Hollande donne un coup de barre à droite et met le cap sur l’austérité. Ce soir, lors de la conférence de presse tant attendue, il devrait expliquer au Français sa nouvelle feuille de route. Décryptage.

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La politique des sommets est une bien curieuse chose. Au début de l’année, les socialistes choisissent François Hollande comme candidat, parce qu’il est le plus « soft », le plus flou, celui qui ne fait peur à personne, celui qui n’est ni Manuel Valls – le social-libéral affiché – ni le quasi-chevènementiste du verbe, Arnaud Montebourg, ni même la « Madame 35 heures », Martine Aubry. Le bon score de Montebourg à la primaire et le dynamisme de la campagne Mélenchon à la présidentielle l’ont pourtant tiré vers un discours d’apparence plus gauche, célébrant les vertus de la volonté et de la régulation et vitupérant son ennemi juré du moment, la finance. En ce temps-là, Montebourg parade, Aubry s’efface et Valls, muet, se met au garde-à-vous.

Il n’a pas fallu six mois pour que toutes les cartes soient redistribuées. Les patrons ont tonné, l’Allemagne a sermonné, les marchés financiers se sont contentés de grogner. Assez pour que, sans barguigner, le pouvoir socialiste décide de changer de cohérence économique. La finance n’est plus l’ennemie, l’entreprise privée est redevenue le pivot de la croissance, le travail est un coût exorbitant, l’État est trop dépensier, les charges sociales sont exagérées. Le rapport Gallois, de l’avis de beaucoup, c’est du social-libéralisme à la Schröder et le Medef s’est dit satisfait. Mais, allez savoir, Arnaud Montebourg lui-même ne jure plus que par Gallois et la baisse des charges… François Mitterrand avait mis un an avant de commencer à louvoyer et deux ans avant de changer franchement de cap. François Hollande a dû penser que cinq ans font deux ans de moins que sept : il n’a donc mis que six mois pour tourner complètement le dos au discours de campagne. Fin de la « normalité »…

Le problème est désormais simple dans son énoncé. La politique suivie en France aura les mêmes résultats que partout ailleurs. De l’austérité salariale, du retrait de l’État, pas de « régulation » financière sérieuse, des désastres sociaux, une société déchirée, pas de développement humain durable et sans doute même pas de croissance. Ni l’argent du beurre ni le beurre… Sur cette base, les libéraux les plus conséquents vont relever la tête. Aujourd’hui Manuel Valls se rengorge, demain ce sera le tour d’une droite calamiteuse à la Fillon ou d’une droite honteuse à la Copé. Et, derrière, on attend les ramasseurs d’amertume populaire à la Le Pen.

Que les socialistes au pouvoir fassent le contraire de ce qu’ils ont promis n’est pas à proprement parler une surprise. Qu’ils fassent volte-face si vite, cela s’est déjà vu dans l’histoire. Le problème est que, jusqu’à ce jour, le pire est sorti de cet exercice. Inutile de se le cacher : une gauche de pouvoir qui capitule, c’est le pire du capitalisme qui en tire l’avantage et c’est la démocratie qui recule de façon absolue. Au fond, il ne sert à rien de clamer ce qui est pourtant la vérité : ce sera pire encore avec la droite. Mais ce sera pire demain, parce que la gauche au pouvoir fait aujourd’hui ce qu’elle fait. Et il ne sert à rien de tourner autour du pot : il faut taper sur la droite et le patronat, mais ce que fait cette gauche est inadmissible. La seule réponse possible est le non.

Et pourtant toutes les conditions existent pour qu’il en soit autrement. Les points d’appui pour contrer les choix financiers s’observent, en France et ailleurs. La crise du système est telle que le réalisme est désormais du côté de ceux qui cherchent à faire autrement, comme beaucoup (et pas tous de rouges révolution aires…) se sont mis à dire, entre les années trente et la Libération, qu’il fallait changer radicalement de méthode. Tout ce qui va dans cette direction novatrice, tout ce qui refuse l’inacceptable, tout ce qui expérimente des voies nouvelles, tout cela doit être soutenu, valorisé, promu publiquement. Et, en opposition absolue à toute cohérence libérale, à rebours de toute cohérence sociale-libérale, c’est une autre cohérence qu’il faut chercher à valoriser, avec ses maîtres mots, les plus simples et les plus beaux du monde : égalité, partage, régulation par les droits, appropriation publique, implication citoyenne.

Le socialisme au pouvoir ne peut plus s’opposer à la droite, car il ne sait plus combattre, ni ses maux, ni ses mots. Or la gauche, en France, n’est pas prête à capituler. Rien ne sert de manger du socialiste à tous les repas ; rien ne sert non plus, en clamant que la droite revient, de ménager ceux qui portent une lourde responsabilité dans ce possible retour. Ne pas nourrir la désespérance ; mais ne pas sous-estimer la rupture politique et morale qu’implique le sursaut. Aux socialistes, dès lors, de dire et de montrer s’ils veulent être du côté du désastre ou du côté de la relance. Quand l’incendie est dans la maison, ce n’est pas à celui qui crie au feu qu’il faut jeter la pierre.

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