Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er janvier 2009

Le sportif est citoyen ?

Voilà un type de fait divers

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guère habituel dans les colonnes des rubriques sportives de nos quotidiens et encore moins celles de l’Equipe , plus habituée aux cas de dopage et autres rugbymen dépressifs qui assassinent leur femme. La championne française d’heptathlon et de saut en longueur, d’origine du Sierra Leone, Eunice Barber, a été condamnée par le Tribunal de Bobigny à 5000 euros d’amende pour refus d’obtempérer, rébellion et outrage. Elle devra en outre dédommager les policiers et payer leur frais de justice. L’athlète qui se rendait chez le coiffeur avec sa mère voulait emprunter une allée près du stade de France exceptionnellement fermée. L’altercation déboucha sur une interpellation musclée, la vidéo largement diffusée sur le net (y compris l’Equipe tv ) témoignant de la violence de son immobilisation par pas moins de six agents (pour une seule femme, certes sportive de haut-niveau, mais quand même... ), suivie d’une garde à vue de 28 heures. Et donc cette plainte et cette condamnation. Entre-temps, l’accusation émise par certains policiers d’une tentative d’écrasement et d’homicide involontaire avait été abandonnée en cours d’instruction, sans conséquence pour les affabulateurs en bleu, preuve que l’on peut faire autant de faux témoignages qu’on le désire en uniforme.

Cette affaire, un peu à l’instar du cas de Vittorio de Filippis, démontre que désormais plus personne n’est véritablement à l’abri d’une pratique policière courante qui consiste à « mettre à l’amende » le citoyen ordinaire lors de la plus banale procédure, c’est-à-dire le contrôle d’identité ou de la circulation. Avec, comme arme ultime de sécuritaire massif, l’« outrage », une accusation difficile à récuser (parole contre parole), avec des conséquences essentiellement financières et en bonus une « petite vengeance » symbolique pour les forces de l’ordre. Car même si certains beaux esprits olympiques continuent de penser que le stade s’avère un îlot dans la société, encore faut-il s’y rendre et en partir indemne. Les deux jeunes de Clichy-sous-Bois, Zyed et Bouna, ne revenaient-ils pas d’un match de foot avec leur sac sur le dos ?

Depuis longtemps, les logiques sécuritaires qui servent de fonds de commerce conservateurs pour transformer la peur sociale en réflexe électoral se sont déployées aussi dans l’univers sportif. Si le hooliganisme constituait et constitue un véritable problème, l’attirail qui s’est construit en Europe pour y répondre s’est réalisé en dépit du respect des droits élémentaires. La tragique histoire de Santos, supporter marseillais condamné à trois ans de prison pour avoir poussé un policier espagnol illustre jusqu’où cette logique peut mener (cela dit, chacun ses priorités, rien de tel outre-Pyrénées pour les cris de singes et les bras tendus). Comme avec le journaliste de Libération , la médiatisation et le chauvinisme ont permis une pression « extra-sportive » qui explique grandement sa remise en liberté sous caution. Combien reste à l’hôtel des verrous faute d’une telle exposition ?

Le sportif est un citoyen comme un autre, c’est dire si le soutien de l’OM pèse aujourd’hui davantage que la protection de la loi et de la constitution, fût-elle européenne...

N.K.

Sur le banc de touche

C’est l’histoire d’un footballeur de gauche qui rencontre un artiste aussi de gauche. Et le simple fait que cela puisse énerver les apolitiques de droite qui servent la soupe journalistique à la mode Pierre Ménès dans « 100%foot », suffit à nous rendre tout cela fort sympathique. Pour une fois qu’un livre sur le ballon rond raconte les impressions qu’un marginal ressent sur le banc de touche et pas seulement une longue litanie de banalités sur la gagne... Est-ce que Ségolène l’a reçu pour Noël ?
Vikash Dhorasoo & Fred Poulet , Hors Champ, Calmann-Lévy, 14,90 euros

Le viagra est-il un dopant ?

L’AMA, l’Agence mondiale antidopage, finance en ce moment des études très poussées pour déterminer s’il faut inscrire le viagra dans la liste des produits dopants, au regard de son potentiel à augmenter les capacités pulmonaires (le fameux second souffle utile en toute circonstance). On savait les sportifs capables de se déclarer, avec l’aide d’un médecin conciliant, asmathiques pour bénéficier de la ventoline (surtout chez les skieurs), beaucoup se demandent à quel sacrifice d’image se livreront les prochains concurrents du Tour de France.

Paru dans Regards n°58 janvier 2009

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