Accueil > Société | Par Nicolas Kssis | 1er février 2007

Le sportif est un people comme un autre...

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D’un certain point de vue, celui du sport qui nous intéresse ici, nous vivons un vrai changement d’époque. Désormais, dans le diptyque sport-spectacle, le show l’a définitivement emporté sur la performance. Les sportifs professionnels s’apparentent de plus en plus à des stars du cinéma ou de la télé et ils empruntent chaque jour davantage leur mode de vie. Pour suivre ses athlètes préférés, il ne faut plus hésiter à parcourir les pages de Voici (qui a soufflé les bougies de son millième numéro) ou de Closer. Histoire de ne pas manquer les péripéties du couple du moment : le basketteur tricolore en NBA Tony Parker et l’actrice Eva Longoria, la bombe latine de la série Desperate Housewife, leurs apparitions dans les soirées mondaines ou branchées : Djibril Cissé, l’avant-centre de l’OM, qui publie sa compilation perso, Music and me, chez Wagram (avant d’aller jouer au DJ lui-même) et autres défilés de mode (cf. les photos glamour de Christine Arron dans la presse féminine).

Bref, le sportif est devenu un people comme un autre. Plus seulement l’objet d’une passion populaire à l’état brut, qui partageait avec le petit peuple son mauvais goût vestimentaire, gardait toute sa vie la femme qu’il avait épousée à 18 ans pour gérer l’intendance et finissait par ouvrir un commerce dans sa ville natale. Il sait maintenant comment s’habiller (même les tatouages n’expriment plus les stigmates d’un passé de mauvais garçons, mais juste un gadget pictural du dernier chic), se promener devant les caméras et choisir ses compagnes (ou compagnons) en fonction de l’actu du moment. Et si leurs obligations professionnelles semblent les contraindre à limiter les excès de la vie nocturne, le dopage leur donne largement l’occasion de goûter aux paradis artificiels (mesure-t-on le nombre de pros qui basculent, une fois leurs carrières terminées, dans la toxicomanie « classique », au point qu’un service s’est spécialement ouvert à leur intention ?)

Dans le domaine du football, les Bleus de 1998 avaient entamé le processus de transformation. Fini les survêtements du dimanche et les coupes de cheveux à la Platini ou Giresse. Le gotha se bouscule autour des nouveaux dieux du stade et les starlettes du petit ou grand écran, voire des mannequins, se déposent à leurs bras le temps de poser pour les paparazzi. Si l’histoire fut traversée de quelques amours légendaires (tragiques comme il se doit), par exemple Edith Piaf et Marcel Cerdan, cela restait de l’ordre de l’exceptionnel. De nos jours, la mise en scène de la vie privée représente le pendant inévitable de la renommée, y compris pour nos gloires du muscle. Et le conjoint offre un espace marketing supplémentaire pour exister dans l’univers médiatique.

L’addition se présente pourtant assez vite. Même dans des sports secondaires, le confort douillet de la célébrité et de l’« encadrement » disparaît dès que l’on se retire du circuit. Les reconversions qui préservent le même niveau d’exposition, une fois les crampons raccrochés (comme l’a réussi Eric Cantona) demeurent rares. La décompression peut s’avérer douloureuse. Les dégâts individuels d’un système « du tout ou rien » (le cas, maintes fois utilisé dans les émissions télé, de José Touré, mais aussi, d’une certaine façon, du rugbyman Marc Cécillion, assassin de sa femme après une longue dépression post-sportive) remplissent aussi les pages des faits divers. La célébrité est une drogue, et aucune commission antidopage n’a su en désigner les dealers qui, d’une certaine manière, tuent aussi parfois.

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